Muros ecclesiæ pro maiori parte fabricari fecit
sylvestres1. Ce travail exigea des terrassements considérables.
On entoura ensuite le monastère d’une muraille de pierre, on édifia le réfectoire des frères, le réfectoire des laïques, le cellier, les cellules des hôtes. La sacristie se trouvait entre le chœur et la maison du chapitre. On consacra le nouveau cimetière.
Cette année si laborieuse fut marquée par l’entrée au monastère du pieux Thomas, qui raconte avec cette simplicité son arrivée : « Cette même année, moi Thomas A-Kempis, né et élevé à Deventer, du diocèse de Cologne, je vins à Zwoll pour gagner des indulgences. Puis j’allai plein de joie au Mont-Sainte-Agnès. »
Les constructions laissaient, je crois, à désirer comme solidité; en 1408, le prieur fut obligé de refaire le toit de l’église, il orna le chœur de nouvelles stalles, fabriqua des ornements sacerdotaux ; il élargit le mur d’enceinte du monastère, ouvrit des étables et des maisons de ferme, planta de nouveaux arbres, orna les autels de peintures.
En 14 r 2, l’église fut de nouveau consacrée par Mathias, suffragant de Frédéric de Blanckenkem, évêque d’Utrecht. Le maître autel fut dédié à la Trinité, à la Mère de Dieu, à sainte Agnès, vierge et martyre, et aux apôtres. En dehors du chœur, vers le nord, la grande chapelle eut un autel en l’honneur de la sainte croix et des bienheureux martyrs. Au milieu de l’église, à gauche du chœur, un autel en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Augustin, le patron de ces moines ; à droite, un autel à sainte Marie-Madeleine, à sainte Catherine, à sainte Cécile, aux onze mille vierges, ces deux autels sans doute appliqués contre la clôture du chœur. Les susdits autels n’étaient pas les seuls; il y en avait un au midi dédié à saint Jean- Baptiste, aux apôtres Pierre et Paul, un autre aux saints Jacques et Jean, apôtres.
En 1440, une grande maison fut édifiée à l’ouest du monastère pour recevoir les hôtes
En 1442, on consacra le cimetière dans sa partie ouest et dans sa partie nord, laquelle était réservée aux étrangers. Il y eut un passage2 devant le réfectoire des frères et les cellules du couvent
1. Hortum pomiferum in australi parte claustri plantare cœpit et in circuitu ejus arbores silvestres statuit.
2. Transitum ante refectorium fratrum a transitum in parte occidentali ante cellas conversorum usque ad introitum ecclesiæ.
SAINTE AGNES
jusqu’à l’entrée de l’église. On consacra alors une belle Madone placée sur l’autel de la Sainte-Vierge et, une autre, devant la porte du monastère.
En 1455, consécration de quatre nouveaux autels, au nord, de Saint-Michel, de Saint-Grégoire, Ambroise, etc.; au milieu de l’église, celui de Saint- Martin Willibrod, etc. ; au midi, celui de Sainte- Anne, Elisabeth, etc. Il y avait une image de la croix sur la porte du chœur.
On songea enfin à peindre l’église; en 1459, on couvrit la voûte et les murailles de belles couleurs; on y représenta sainte Agnès, et tous ceux qui entraient dans l’église pouvaient lire facilement, en grandes lettres noires sur fond blanc, ces noms : Jésus. Maria. Agnes.
Nous avons vu dans notre station à Utrecht que les reliques de sainte Agnès, en 1421, avaient été changées de reliquaire et transférées de l’arche primitive en bois dans une belle châsse d’argent. En 1461, le prieur Georges obtint des chanoines d’Utrecht lâchasse de bois qui avait si longtemps abrité les restes de la vierge, et qui était ainsi, pour ainsi dire, devenue elle-même une sorte de relique. Deux frères furent députés pour la rapporter, ils s’acquittèrent de leur mission après avoir couru des dangers sur mer; on la plaça dans le chœur de Sainte-Agnès, près du maître autel l.
Un des derniers travaux signalés par Thomas A-Kempis est le toit de la cuisine, que le prieur Georges en 1467 fit changer, et sur lequel il remplaça par des pierres les joncs et le chaume qui le couvraient et qui présentaient trop de dangers d’incendie.
Avec les traits que présentent ces détails historiques nous avons cherché à faire un croquis du
1. Sub areu mûri aquilonaris. In hac humili ac lignea area ereis laminis ex auro circumtecta quieverunt sacra ejus ossa CCG annis et fere quinquaginta donec ei fabricaretur nova pulcherrima area argentea auro adornata... (p. 123).
plan de ce vénérable monastère. Il est certain que l’église était orientée. A priori nous devrions le croire, si cette circonstance de la maison des hôtes qu’on rapprochait toujours de l’entrée ne prouvait, par sa position indiquée à l’ouest, que le chœur regardait l’orient. Sur notre ancienne gravure, cette grande maison devant l’église paraît assez clairement dessinée. Elle était isolée de l’église. Il est question aussi des logements des frères convers in parte occidentali , c’est-à-dire peu éloignés de cette maison ; non loin de là encore le réfectoire des frères : « item transitum ante refectorium fratrum et transitum in parte occidentali ante cellas conversorum. » Pour éloigner du sanctuaire l’odeur du réfectoire, ce dernier était généralement placé à l’opposé de l’église; on verra sur notre croquis comment nous avons fait correspondre cette coutume avec le texte. Derrière le réfectoire on est forcé de grouper les services communs, la cuisine, le cellier, etc. De ce côté qui regardait le midi s’étendait le verger entouré de murs.
En avant, au nord et à l’ouest, on traversait le cimetière pour entrer dans la cour du monastère. En y entrant on avait donc à gauche l’église, à droite le réfectoire ; restent à discerner les bâtiments qu’on avait devant soi au fond. Nous y avons placé la salle capitulaire et la maison du chapitre d’après ce raisonnement : nous savons que le côté septentrional du chœur était occupé par la grande chapelle de la Croix, nous savons que la sacristie se trouvait entre le chœur et la maison du chapitre, et, comme forcément la sacristie était contiguë au chœur, nous concluons que cette sacristie et la maison du chapitre étaient rejetées vers le midi, c’est-à-dire au fond de la cour.
D’après la gravure, l’église avait une tour avec flèche, qui s’élevait en avant. Nous avons vu qu’elle était dotée à l’intérieur de nombreux autels le long des murs de la nef, à la clôture du chœur, et parée de riches peintures (pl. XX).
ALLEMAGNE
Agnès vit, en Allemagne, les empereurs, rois, ducs, nobles de tous rangs rivaliser de zèle et fonder des sanctuaires en son honneur; on peut ajouter que son culte compte parmi les plus populaires1 *. Sa fête est portée sur des manuscrits du xe siècle à Aix-la-Chapelle, du xi“ à Hildesheim, à l’abbaye de Sustern près Maestricht, à Paderborn en 1200 3.
H olstein. — Rant\on>. — Des reliques de sainte Agnès nous sont signalées en 1266 3, en 1 283 4.
Doberan (Mecklembourg-Schwerin). — Le tabernacle de l’église de Doberan s’élève en une pyramide de trente-sept pieds de hauteur, une sorte de grand ostensoir pédiculé et une porte fermée à clef; cet édicule est sculpté en bois de chêne et doré sur toute la surface ; il est d’une exécution merveilleuse et doit dater de la fin du xiv° ou du commencement du xve siècle. Il a six faces et plusieurs étages. Chaque face est garnie de figures de saints qui ont trait à l’Eucharistie; celles du bas assises, celles du haut debout, appartiennent à la Bible ou à l’Evangile; on y trouve l’image de sainte Agnès.
Dans le bas : Melchisédech, avec le pain et le vin; David; Debora; sainte Agnès, avec l'agneau; saint Benoît, avec le calice ; saint Bernard(manque).
Dans le haut : saint Jean-Baptiste, avec l’agneau ; sainte Marie; saint Jacques Majeur; saint Jean l’Evangéliste, avec le calice; saint Paul; saint Grégoire le Grand.
Warnemünde. — Le retable de l’ancienne église de Warnemünde doit être rappelé à propos des monuments de sainte Agnès dans le nord de l’ Al—