‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 3)Chapitre 333 sur 343 · Scriptores rerum dan., VI, p. 3y · texte numérisé non relu

Scriptores rerum dan., VI, p. 3y

RESUME

iv* siècle. — Nous devons résumer notre exploration des monuments de sainte Agnès par quelques lignes qui en établissent la chronologie. La mort de l’héroïque enfant qui venait de donner au Sauveur un si éclatant témoignage d’amour dut avoir un grand retentissement dans toutes les chrétientés, mais cette renommée ne prit tout à fait essor qu’après la paix de l’Eglise. La guérison de sainte Constance, l’authentique monumentale de ce miracle attachée à la construction de la première basilique agnésienne, durent accroitre ce mouvement et l’étendre au loin. Les verres dorés multiplient alors son image.

v" siècle. — Dès le Ve siècle, saint Jérôme disait que le nom d’Agnès était dans toutes les bouches, saint Augustin célébrait ses louanges, Prudence faisait l’hymne admirable que nous avons rappelée. Ce nom et cette gloire retentissaient jusqu’au fond de l’Orient où les actes siro-chaldaïques nous en répètent l’écho lointain. Pulchérie demande des reliques de la martyre, élève une statue en son honneur. Son image figure sur une mosaïque de Capoue. Ravenne lui élève une basilique.

Grado garde des reliques sous son autel; Parenzo peint son buste en médaillon.

vie siècle. — Ravenne peint la mosaïque de Saint-Apollinaire où le fidèle compagnon de la vierge, l’agneau, paraît pour la première fois.

Notre Gaule recherche ses reliques. Le pape Symmaque les envoie à Clovis, et le nom d'Agnès pénètre jusque dans les vallées du Jura, substitué par la maternelle sagesse de l’Eglise au culte de Lucine, l’antique Anetis.

Dans le monastère de Sainte-Croix à Poitiers, on semble se rappeler encore la vénération et la reconnaissance de saint Martin pour l’illustre vierge; la compagne de Radegonde porte le nom d’Agnès, qui reçoit sur son front un second nimbe de sainteté. Saint Isidore entretient son culte dans la vieille liturgie mozarabique.

vib siècle. — Les pèlerins d’Angleterre et d’Allemagne vont visiter le tombeau de Rome, ils en conservent pieusement le souvenir, ils le décrivent sur leurs itinéraires. Sainte Adelme, Bède glorifient dans leurs vers cette vierge qu’ils proposent comme modèle. La basilique romaine, par le zèle d’Honorius, reçoit une nouvelle splendeur dont les étrangers conserveront la mémoire.

viii6-ixe siècles. — Après les ravages des Sarrasins et des Lombards, les églises d’Italie se relèvent sous la protection de Charlemagne. Rome, Mantoue voient au vin® siècle édifier de nouveaux sanctuaires; au ixe, les mosaïstes représentent à Rome la bienheureuse dans la tribune de Sainte-Praxède, dans la chapelle de Saint- Zénon. Saint Aldric lui élève en 833 un autel au Mans.

Saint-Gall, en Suisse, reçoit des reliques de sainte Agnès et, dans l’église abbatiale, possède son autel vis-à-vis celui de Sainte-Cécile.

A Constantinople, Basile le Macédonien refait avec un nouveau luxe l’antique basilique de Pulchérie; il fait inscrire son éloge dans son martyrologe.

RESUME

xe siècle. — Roswita, cette virginale rose blanche du Nord, chante ses gloires dans son poème; saint Baldric reçoit les reliques de France qu’on a pu dérober aux Normands, il les dépose dans la cathédrale d’Utrecht comme un germe que le temps devait féconder.

xi ° siècle. — Nous vénérons les traces de notre vierge dans le Jura, sur les bords de la Seine, de la Drôme, de l’Isère, du Rhin, de sa source à son embouchure. Schaffhouse lui élève un monastère de bénédictines, Genève a son autel, Hildebert chante la gloire de l’Agnelle du Christ.

xiie siècle. — Le pape Honorius II fait ciseler un précieux reliquaire pour déposer le chef de la bienheureuse Agnès, dont la France à Cambrai, Rouen, Abbeville, Amiens, Troyes, Auxerre, verra disputer les moindres parcelles.

De nombreuses églises s’élèvent en Toscane; Ferrare montre une église de 1192.

Corwey, Vallerstein en Allemagne offrent des livres sacrés qui sont enluminés de son image; Munich a son image et ses reliques; le monastère de Saint-Biaise, son image brodée sur une chape.

xme siècle. — Le siècle chrétien par excellence' surpasse ses devanciers dans l’amour de sainte Agnès ; saint Thomas d’Aquin porte ses reliques sur lui et guérit un religieux par leur contact; à Paris, Alais lui élève, comme monument de son repentir, une église qui est devenue au xvi° siècle un des plus beaux édifices de la capitale.

xiv° siècle. — L’inimitable école de Giotto ne se lasse pas de la représenter dans ses suaves peintures, que nous admirons à Assise, à Orvieto, à Pérouse.

xive-xve siècles. — A la fin du xive siècle et pendant le xve siècle, les Pays-Bas assistèrent à une magnifique floraison de vie religieuse que devait trop tôt flétrir le souffle desséchant de la Réforme; Dordrecht, Hoorn, Amsterdam, Rotterdam, Delft, Leyde, Goes, etc., etc., voient s’élever des monastères agnésiens dans leurs murs. Van Eyck peignait alors Agnès à la tète des vierges dans son

immortel tableau de Saint-Bavon, pendant que F. Angelico l’introduisait aussi dans le Couronnement de Marie avec son agneau L

Thomas A-Kempis, l’auteur présumé de l’ Imitation, vivait dans le monastère de Zwoll sous le patronage et devant les reliques de sainte Agnès.

En Angleterre, la dévotion pour sainte Agnès pénétrait dans les Cornouailles et le trésor royal de Londres possédait l’admirable coupe d’or que nous avons décrite, un des plus magnifiques monuments de son culte.

xvi° siècle. — Le xvie siècle, auteur de tant de ruines, disperse ses richesses, poursuit les religieuses agnésiennes, profane leurs couvents, arrache l’art des hauteurs de l’idéal pour le jeter dans l’amour sensuel, si indigne de notre vierge.

On a pu, d’après les images que nous avons citées et reproduites, se rendre compte des diverses phases de l’iconographie de sainte Agnès. On l’a vue d’abord figurée en orante sur les verres dorés, plus grande que saint Pierre et saint Paul, presque l’égale de la reine des vierges, entre deux colombes lui offrant les couronnes de la virginité et du martyre, habillée dans le plus riche costume, dans le genre de Marie sur les mosaïques de Sainte- Marie-Majeure et comme on l’a observé au vie siècle sur celles de Ravenne. Là, pour la première fois, on la voit en compagnie de son agneau, délicieuse caractéristique que les siècles ne lui ôteront plus.

On a saisi à Sainte-Agnès hors-les-Murs la première pensée de figurer son martyre dans la mosaïque absidale ou elle foule aux pieds le glaive et les flammes, triomphante et couverte du splendide costume des impératrices de Byzance.

A Saint-Marc, au ixe siècle, elle conserve ces superbes vêtements, elle offre au Christ sa couronne posée sur un domenicale.

Nous suivons, en sortant des symboles primitifs, son histoire dans l’art chrétien qui commence à la figurer d’une manière moins abstraite, comme dans les rudes miniatures de Vallerstein, dans les

Page 1