CHAPITRE II
Le Nàmam a une certaine importance dans l’histoire de l’iconographie comme caractère chronognomonique.
Dans les temples Pallavas le front de Vichnou est toujours absolument lisse.
11 en est toujours ainsi jusqu’au xv' siècle. Il .semble que le Nàmam ait apparu à l’époque de Bijanagar. 11 est de rigueur aujourd’hui. Ce signe est donc relativement récent.
En tous les cas, nous croyons pouvoir aflirmer que toutes les fois que l’on voit le nàmam sur une image, cette image est postérieure au xv* siècle (à moins que le signe ait été ajouté ultérieurement sur l’image).
La figure de Vichnou est toujours imberbe. Ses yeux sont pareils à des fleurs de lotus, d’où les épithètes de Poundarîkâkhca et de Jalajalotchana (le Dieu quia des yeux de lotus) Vichnou a toujours quatre bras, d’où son nomde Catur-bliuja. Fréquemment il est représenté faisant les gestes abhayahastam et varada-hastam, dont nous parlerons plus lard.
Quelquefois, il tient à la main une fleur de lotus (Padumam (du sanscrit Padma) Tamarasa ou Kamàla). 11 a cinq armes (pancàyudha) : l’arc, l’épée, la massue, la conque et le disque :
1° L’arc (en sanscrit Sârhga, d’où le nom de Vichnou : Sârngapâni) appelé Kôdanda (aussi Ràma est-il appelé Kodandarâma).
2® L’épée (en sanscrit Khadga) nommée Vidyàdhara.
3® La massue (gadà) nommée Kaumodakit
4“ La conque appelée Pànchadjanya connue sous le nom tamoul de changoii (du sanscrit Çankha), qui est un coquillage de l’espèce Murex Tritonis et qui peut servir de trompette.
5® Le disque (Sudarçana ou Vajra-nàbha) connu sous le nom tamoul de Chakram (du sanscrit cakra), qui est
(1) Il en est de même dans tous les temples anciens à Ellora, à Badami, etc...
l’oME H
I’lanciie XX i
A. — Sri-ranga-nàtha (image moderne! .
B. Ranganàdha à Mavalipuram iVIl" siecle!.
To.mi; Il
Plaxchiî
A. — Odéyavar (Image moderne).
B. Varadaràja à Chidambaram iXIII'- siècle). (On remarquera la forme du cbakram de Vichnou).
l’iconographie vichnouïte 63
une arme (Vichnou est appelé Nêmiyon, celui qui porte le disque).
Ces deux derniers insignes, Sankha et Cliakram, sont caractéristiques du Dieu ; eu outre, ce sont de précieux caractères chronognomoniques. Ils méritent donc une étude spéciale.
Il est facile d’apprécier l’âge d’une sculpture par la considération de ces emblèmes, et ce sera une manière de dater non seulement les statues de Vichnou, mais encore celles de Kâlî, puisque, comme nous l’avons vu, dans les anciennes sculptures comme dans les nouvelles, Kâlî porte toujours « sankha » et « chakram ».
Fig. n. — Evolution du « cüakram » disque de Vichnou.
La figure 1 7 montre la loi de l’évolution du Chakram. Dans tous les bas-reliefs de iVlavalipuram (vu' siècle) et du temple de Kaïlâsanâtha à Kahchîpuram, le « chakram » est un disque, absolument dépourvu de flammes, que le Dieu tient entre le pouce et l’index (1 ).
(1) Dans le temple de Kaïlâsanâtha à Kanchlpuram (vin* siècle), on voit fréquemment Vichnou portant le chakram orné de flammes, mais
CHAPITRK II
Quelques siècles plus tard, ou orne cette roue de flammes appelées Soudar, placées les unes sur les bords du disque, les autres sortant des deux extrémités de l’essieu.
En outre, cette roue n’est plus tenue entre le pouce et l’index, mais se trouve comme en équilibre au bout de l’index et du majeur. La roue est encore vue généralement dans le sens de sa tranche.
A Tanjore, la niche la plus méridionale de la façade occidentale contient une statue de Hari-Hara, et du côté qui représente Vichnou, se trouve un « chakram » de ce genre.
La figure B, Pl.XXll, représente une statue de Vichnou dans une niche de gopuram de l’est à Chidambaram (xiii' siècle) ; le chakram est tel que nous venons de le décrire tout à l’heure. Le musée de Madras possède plusieurs statues de Vichnou montrant des flammes sortant de l’essieu du -chakram vu de face.
Pendant l’époque de Bijanagar les flammes qui sortent de l’essieu disparaissent. Enfin, à l’époquede Madura, on ajoute autour de la roue un foulard (Vastram) dont les deux bouts pendent au-dessous des deux flammes qui sortent de chaque côté de la roue (fig. 1 7).
De nos jours, le disque chakram est un cercle, quatre flammes (soudar) sortent de ses bords, et autour du cercle est passé le foulard vastram (fig. 18). C’est une arme tran- ■ chante : nous verrons le Dieu s’en servir pour délivrer le roi j des éléphants (Gajendra-mockcha). j
Ce que nous avons dit de l’évolution du « chakram » s’ap- j plique aussi à <( çahkha ». Au vu" siècle, il est tenu entre le i pouce et l’index, il est dépourvu de flammes. A partir du 1 X* siècle, il s’orne de petites flammes. Enfin, au xvii' siècle, , on ajoute un foulard (fig. 19).
ces flammes ne sont jamais sculptées dans la pierre ; elles ont été ajou- f tées avec du ciment, lorsqu’on répara le temple, à une époque plus récente.