‹ Archéologie du sud de l'IndeChapitre 82 sur 85 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Pi .ANCHE XL

B. — Base du char de Con)eeveram.

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2° Depuis le xv® siècle seulement on voit représenté le foulard appelé « vastram » qui, passé autour du cou, pend de chaque côté du corps au-dessous des bras.

3® De nos jours les divinités portent des sortes d’épaulettes appelées « boudjakiroudou ». Avantlexii® siècle on ne voit rien de pareil, l’épaule étant tout à fait nue. C’est à la fin du moyen âge qu’apparaît un petit ornement qui a pris successivement des proportions de plus en plus grandes.

Le coutume féminin. — Autrefois les divinités féminines étaient presque complètement nues ; mais leurs seins étaient retenus par un ruban (katchou ou kanjagam), leurs bras étaient couverts d’anneaux depuis le poignet jusqu’au coude. De nos jours les déesses son tpresque complètementhabillées : leurs jambes sont couvertes d’un pagne ; leur buste est serré dans une sorte de petit corset d’origine musulmane appelé « ravoukaï », laissant le ventre nu. Enfin l’extrémité du pagne est passé en écharpe de gauche à droite. Elles portent des anneaux au nez (natou, pilakou) et aux pieds (padagam).

Les bras multiples. — La multiplicité des bras est peut-être la particularité la plus remarquable de l’iconographie hindouiste.

Au point de vue artistique, cela n’est pas toujours disgracieux. Le sculpteur peut ainsi augmenter le nombre de gestes et donner plus de vie et de mouvement aux personnages.

11 ne s’écarte pas en somme beaucoup de la réalité physique. Le mouvement d’un seul bras qui se meut d’un geste rapide et violent peut produire l’effet d’une multitude de bras par suite de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine. Remarquons en effet que les divinités brahmaniques n’ont que quatre bras quand elles sont en repos ; dans ce cas, lesdeuxbras supplémentaires ne sont là que pour exprimer la force et la divinité et servent en outre à porter les insignes distinctifs du dieu.

Le nombre des bras n’est supérieur à quatre que lorsque la divinité est représentée en mouvement (Siva dansant ou

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se précipitant sur un ennemi ; Trivikrama ; Dourga luttant contre Mahichasoura ; Râvana luttant contre Ràma, etc.), il y a là une sorte de cinématog'raf)liie, et cette conception n’est pas dépourvue d’intérêt au point de vue de la philosophie de l’art.

M. Rurgess a cru trouver dans le nombre des bras un caractère chronognomonique ; selon lui un nombre de bras supérieur à quatre ne se rencontrerait pas dans les temples les plus anciens : « We hâve on this rath (il s’agit du Dharmarâjaratha aux sept Pagodes) many of the gods of the Hindù Panthéon, but in forms more subdused than are to be found elsewhere. The one extravagence is that tbey generally bave four arms-never more to distinguish them from morlals ; but none of those conbinations or extravagances we find in the caves at Elûra, Elephanta and elserwhere. It is the sober and most reasonable version of the Panthéon yet discovered, and, consequently, one of the most interesting, as well probably, as the earliest. »

Nous ne partageons pas l’opinion de M. Burgess.

11 est vrai que les divinités sculptées sur le Dharmarâja ratha n’ont jamais plus de quatre bras, mais les bas-reliefs célèbres de Vamana Trivikrama et de Dourga combattant Mahichasoura sont assurément de la même époque, elles divinités ont bien plus de quatre bras. Les sculptures deMavalipuram datent de 725 environ (1).

Nous conclurons doncau contraire que, depuis l’époque la plus reculée (vu® siècle) de l’iconographie du Sud de l’Inde, les divinités brahmaniques sont représentées avec un nombre de bras souvent considérable.

Les deux bras de devant s’appellent kayi (main), les bras d’arrière n’ont pas de noms spéciaux, mais portent ceux des insignes qu’ils tiennent.

Les bras de devant font ordinairement des gestes très particuliers : la main est ouverte en présentant la paume.

Dans le geste appelé « abbaya bastam », qui est toujours

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fait par la main droite, l’extrémité des doigts est en haut. Le geste semblerait vouloir dire : « N’approchez pas », mais les Hindous l’interprètent au contraire par : « N’ayez pas peur, je vous protégerai » (a — bhaya, c’est-à dire : non crainte).

Le geste appelé « Varada-hastam » se fait toujours avec la main gauche, le bout des doigts étant en bas.

Le mot « Varada » signifie acte de donner des faveurs.

§ 3. — Les statues.

Les statues qui sont au fond des sanctuaires sont en pierre; mais celles qui sont transportées dans les fêtes sont en cuivre. Suivant le Sastram, les statues doivent être faites d’un alliage de cinq métaux, d’où le nom de Panlchalôgam. Le cuivre doit prédominer ; le zinc, le plomb, l’argent et l’or existent en moindres proportions.

Derrière les statue.® se trouve toujours une sorte d’auréole appelée Tiroualchi (fig. 40).

L’origine de cet ornement est certaine : le tirouatchi n’est autre chose que l’ornement architectural appelé « coudou », qui tire son origine du « fer à cheval » bouddhique. On re- ' connaît d’ailleurs au sommet du tirouatchi la tête de lion î (simha-mougam), et des deux côtés les Makaras dont la longue queue empanachée s’appelle « caroukou ».

Le piédestal des statues est analogue à la base des monuments.

Il est percé de deux trous où on passe des barres de fer ! afin de soulever la statue sans la toucher Dans les statues ! anciennes il y a des anneaux placés assurément dans le même but.

g 4. — Les chars.

A l’époque Pallava les chars (ratha) étaient supportés généralement par deux ou quatre roues, et traînés par des chevaux (voir par exemple A. Rea, PaJlavn Architecture, plate

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LUI). Il est probable qu’on se servait de semblables chars pour transporter les statues des dieux pendant les processions.

Fig. 40. — Tirouatchi et piédestal.

De nos jours, les chars (en tamoul : têr) sont remisés en dehors de l’enceinte du temple, et en face de l’entrée principale, sous d’immenses cônes de paille.

Le char (PL XLIV, fig. A) est construit sur le modèle du Vimâna, mais ce temple de bois est supporté par un tronc de cône placé sur des essieux. Les roues qui ont ordinairement trois mètres de hauteur, sont pleines, et formées par des poutres énormes. La base du char (PL XLIV, fig. B) est composée de plusieurs parties qui sont de bas en haut: « poudapar », « nagapar », et « poussandrin ». — Chacune de ces parties est ornée de panneaux sculptés. Ces panneaux,

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comme d’ailleurs le char tout entier, sont sculptés dans du bois (.< d’iloupé (1 ) '> et jamais dans une autre sorte de bois. — Ces panneaux sont fixés avec des tenons (deux tenons en haut du panneau et un seul en bas). Leurs dimensions moyennes sont .30 et 40 centimètres. Les panneaux des plus grands chars n’ont pas plus de 45 centimètres de largeur et 90 centimètres de hauteur. Les sculptures sont en hautrelief. Toute l’iconographie de Thindouïsme moderne s’y étale ; même les sujets — empruntés àlalégendede Krichna — qui sont les plus risqués. Ces derniers occupent d’ailleurs une place spéciale, aux angles de la base carrée du char. Tous les ans, avant la fête, on badigeonne cette base avec de Thuile, — et comme on n’a pas soin d’enlever préalablement la poussière qui la recouvrait, il se forme avec le temps, une couche si épaisse de ce mélange d’huile et de poussière, que les sculptures disparaissent presque complètement au-dessous.

Le sanctuaire où le Dieu est placé pendant la procession, est un pavillon carré, avec quatre ouvertures (une à chaque face). 11 est orné de dvârapâla et de lions cabrés. Au-dessus le dôme est ordinairement un simple cône de toile peinte. Théoriquement il devrait imiter la tour d’un vimàna et être orné de petits pavillons superposés et séparés. C’est ainsi qu’est construit le char de Conjeeveram (PL XLIV, fig. A .

La pointe du cône est formée par un stoubi. Mais, chose étrange, placé en dehors de l’axe central et de manière à abriter ce stoubi, on place un petit parasol (poussakaracodê).

Enfin autour du char on suspend des cylindres décoratifs en toile (tombé) et devant, suspendus sur des ressorts, des chevaux de bois peints semblent traîner le char en caracolant. Leurs rênes sont tenues par un personnage de bois, richement enluminé. Ce rôle de cocher est rempli par Brahma

(1) Bassia (vulg. bassie) sapotacée.

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