Chapitre Cinquième « CONFUSION
DES SU. NES FIGURATIFS , Al FC LFS SIGNES TROF/QUES ET LES SIGNES
Énigmatiques.
„ On doit , dit Mr. Champollion , principale- ,,ment comprendre parmi les signes symboliques Énigmatiques ceux qui, dans les textes ,, égyptiens, tiennent la place des noms propres ,, des differentes diyinites, caractères dont la „ valeur est déjà connue d’une manière cer- „ taine. “(1)
Ici Mr. Champollion renvoie , dans la première édition comme dans la seconde, (2) aux pages 104 et 105, et le lecteur qui consultera ces pages, y lira les leçons suivantes:
„J’ai reconnu, dit Mr. Champollion, qu’au
,,lieu d’écrire en signes phonétiques le nom
,, propre d’un dieu ou d’une déesse, ils (les ,, Egyptiens) représentèrent souvent dans le
(1) Page 292 et s. de la première édition et 341 de la seconde.
(i) C’est par oubli que les pages 104 et 105 se trouvent indiquées dans le renvoi de la seconde édition , au lieu des pages 157 et 158 qui y correspondent.
„ contexte de l’inscription, ce dieu ou celle déesse , ,même, orné de ses principaux attributs; de „la même manière qu’au lieu d’écrire phonétiquement les mots pi\)ÂSL^, homme ,
„ femme, UgV., boeuf, LxgCU, vache, après ,, un nom propre d'homme, de femme, delau- „reau sacré, ou de vache sacrée, ils dessinaient „ simplement, comme on a pu le voir, les ,, images d’un homme, d’un e. femme, d’un boeuf „ou d’une vache. “
,,CeS CARACTERES HIEROGLYPHIQUES, pOUr- „ suit Mr. Champoîlion, qui ne sont que des „ représentations véritables de chaque dieu , tel „que les Egyptiens le concevaient matérielle- ,,ment, doivent donc être considérés connue ,, étant les noms figuratifs de ces dieux, et ,, sont pour cela même, dit -il, les caractères „ qui les désignaient de la manière la plus „ simple et la plus claire pour tous. 66
,, Je donne, continue l’auteur, à la suite des „ noms phonétiques des dieux, gravés dans le „ tableau général, une série de ces caractères „ images des dieux, employés dans le courant „ des textes hiéroglyphiques à la place des noms „ mêmes de ces dieux écrits phonétiquement. „ On y retrouvera , dit-il , le dieu Ammon avec 3, sa face humaine, la tête ornée de ses deux
Confusion des signes figuratifs, etc. 281
„ grandes plumes; Amon-Cnèph , Cnouphis ou „ Chnumis, avec sa tête de Bélier; Phtha, „ dans la forme précédemment décrite ; Anubis „ avec sa tête de Schacal; Tlioth , avec celle „ d’un Ibis ; Pliré ou le soleil , avec sa tête ,, d’Épervier et son disque ; Osiris avec sa „ mitre ordinaire, Isis avec son disque et ses „ cornes , et ainsi de tous les autres. J’ajoute „ encore, observe Mr. Champollion, qu’il n’est „ point rare de trouver dans les textes et les ,, inscriptions hiéroglyphiques, les noms phonétiques des dieux, accompagnés immédiatement ,, du nom figuratif lui -même, et plus souvent „ aussi de ranimai sacré , symbole du dieu , et „ dont le dieu lui -même empruntait souvent la
„ TÊTE, “(l)
Pour épargner au lecteur la peine de revenir lui - même à la leçon qui précède ces exemples
des HIEROGLYPHES FIGURATIFS des dieUX , je
vais reproduire cette leçon oui Mr. Champollion nous enseigne que ,,Ces caractères hiéroglyphiques, qui ne sont, dit-il, que des repré- ,, sentalions véritables de chaque dieu, tel que „les Egyptiens le concevaient matériellement,
(l) Pages 158 de la seconde édition , et 105 de la première.
„ doivent être considérés comme étant les inouïs ,, figuratifs de ces dieux, et qu’ils sont, pour „ cela-même , les caractères qui les désignaient ,, de la manière la plus simple et la plus claire ,,pour <oils.“(i)
Revenant maintenant à la page 341 du Précis, (1) d’où Mr. Champollion nous renvoie aux indications qui précèdent , quel sera l’étonnement du lecteur lorsqu’il verra (pie „les „ noms figuratifs des dieux , tracés en caractères hiéroglyphiques de la manière la plus „ simple et la plus claire pour tous sont identiques aux signes que Mr. Champollion appelle indifféremment symboliques, tropiques ou Énigmatiques, et dont les monstruosités renferment les plus profonds mystères et forment le système des anaglypiies, essentiellement distinct de celui des hiéroglyphes , et dont la connaissance était, selon Mr. Champollion, exclusivement réservée à la caste sacerdotale !
„ On doit, dit l’Egyptologue , principalement „ comprendre parmi les signes symboliques ,, énigmatiques, ceux qui, dans les textes „ égyptiens, tiennent la place des noms propres
(1) Supra y page 280.
(2) Page 292 et suiv. de la première édition.
Confusion des signes figuratifs, etc. 283
,, des différentes divinités , caractères dont la ,, valeur est déjà connue d’une manière cer- ,, taine. “
Ici, comme je Fai dit plus haut, (1) Mr. Champollion nous renvoie aux exemples des noms divins figuratifs tracés selon lui en caractères hiéroglyphiques, et il reproduit ces mêmes signes ou caractères comme exemples des noms divins symboliques, tropiques ou Énigmatiques. Ecoutons. „Les noms divins „ symboliques sont de deux espèces. “
,, Les uns se forment d’un corps humain avec „ou sans bras, assis, mais dont la tête est ,, remplacée par celle d'un quadrupède , d'un ,, oiseau, ou d’un reptile , etc. Ces têtes ,, d’animaux, ainsi ajoutées au corps d’un ,, homme ou d’une femme , caractérisent, dit-il, ,, spécialement chaque divinité égyptienne :
,, Un homme à tête de bélier exprime l’idée ,, d ’Amon - Cnouphis ;
,, Un homme a, tête d épervier surmontée d'un ,, disque, celle du dieu Phré ;
,, Un homme à tête de Schacal , celle du dieu ,, Anubis ;
,, Un homme à tête d'ibis celle du dieu Thoth ;
(1) Page 280 suprà.
PEF.3I1F.RE PARTIE.
,, Un homme à tête de crocodile , colle du dieu ,, Snchus ou Sewech , etc. “(1)
Pour compléter ces exemples de Va première espèce des signes symboliques ou Énigmatiques, Mr. Champollion renvoie, en note, aux numéros (38, 69, 72, 76, 77, 78, 80, 81, 82 et 83. du tableau général des signes, qui accompagne son Précis. Or, le lecteur en recourant à ces numéros, les cherchera naturellement sous la rubrique des noms divins symboliques; mais ce sera envahi; car tous ces numéros se trouvent parmi ceux qui composent la planche des noms divins figuratifs. Il ne faut point que le lecteur s’imagine qu’il y a ici faute d’impression ou inadvertance de l’auteur ; car Mr. Champolliou nous prévient dans les deux éditions de son Précis, qu’il ,, donne, a la suite des noms „ phonétiques, gravés dans le tableau général, ,, une série de ces caractères I3iages des dieux , ,, employés dans le courant des textes hiérogly- „ phiques ...“ et il nous y avertit qu'on y trouvera entr’autres, le dieu Amon-Cncph, A nubis, Thoth, Phré, etc.
Ayant ainsi donné les exemples, placés sous la rubrique des noms divins figuratifs, Mr.
(1) Voyez page 343. JNo. 53.
CoiNFUSIOX DES SIGNES FIGURATIFS, ETC. 285
Champollion nous assure aussitôt après, que ,, ces caractères ne sont en réalité ( 1 ) que les ,, images symboliques des dieux eux -mêmes, ,, introduites dans l'écriture, et telles qu’on les „ voyait en grand dans les temples, les basreliefs et les peintures religieuses. “(2)
„ Ces alliances monstrueuses , poursuit Mr. ,, Champollion, (3) étaient motivées sur les si- ,, militudes que les Egyptiens avaient établies „ entre certains dieux et certains animaux, dont „les qualités dominantes ou les habitudes leur ,, parurent propres à rappeler à la pensée les ,, qualités ou les fonctions des personnages my- „ thiques. (i
Ce sont pourtant ces mêmes alliances monstrueuses, que Mr. Champollion donne, a la page 158, comme signes figuratifs des dieux et qu’il considère comme des caractères qui les désignaient de la manière la plus simple et la plus claire pour tous. (4)
(1) L’expression „en réalité “ caractérise fort mal une fiction .
(2) Page 341 de la seconde édition, et 293 de la première.
(3) Ibid, pages 342 — 294.
(4) Voyez suprà, page 282.
J'ai dit plus haut que ces alliances monstrueuses , figurant les images mystiques des divinités égyptiennes, étaient également reconnues par Mr. Champollion pour des élémens du système des anaglyphes, essentiellement distinct du système hiéroglyphique. ( 1 ) Pour se convaincre de cette nouvelle confusion, on n’a qu’a lire l’assertion de fauteur consignée à la page 427 de son Précis. (2) „ O11 peut dire , que les émarges des dieux exposées dans les sanctuaires ,,des temples, et ces personnages humains à ,, tête d'animal , ou ces animaux avec des mem- „ lires humains, ne sont que des lettres de cette ,, écriture cachée des anaglyphes, etc. C’est „ probablement dans ce sens que les prêtres „ d'Egypte donnaient à l’ibis, à Vépervier et au „schacal 3) dont ils portaient les images dans ,, certaines cérémonies sacrées, le nom de lettres, ,, comme étant de véritables élémens d’une sorte „ d’écriture allégorique. “
Mr. Champollion, constamment en contradiction avec sa doctrine , n’a pas manqué pour-
(1) Suprù , page 282.
(2) Page 361 de la première édition.
(3) Animaux dont les tètes, placées sur le corps humain, symbolisaient les dieux Thoth , Phre et yinubis. Suprà, page 283.
Confusion des signes figuratifs etc. 287
tant de faire, dans le texte de son Précis , un triage des signes qu'il confond dans son tableau général sous la rubrique des noms divins figuratifs.
Ainsi nous avons vu , qu’en traitant des divers caractères figuratifs, qui offrent une image plus ou moins précise des objets, Mr.Champollion enseignait que :
„ D’autres caractères, plus éloignés encore ,,de la nature réelle, peuvent cependant „ être compris au nombre des caractères figuratifs, parce qu’ils ont, disait -il, les for- „ mes que les Egyptiens, d’après leurs idées ,, particulières , attribuaient a certains objets: „tels sont, d’abord, le caractère ciel I\y,(i) ,,ou firmament (tableau général No.
,,234) qui est représenté comme un véritable
(1) Mr. Champollion était si peu en peine des inconséquences de ses leçons, qu’en signalant dans les deux éditions de son Précis le caractère ciel ou firmament comme un signe figuratif du ciel ou du firmament , et en l’excluant ainsi de la catégorie des noms divins figuratifs , il n’en fait pas moins, de ce caractère tel qu’il le décrit, avec ou sans étoiles , l'image de la déesse Tpé, V Uranie égyptienne, sur laquelle il fait une longue dissertation sous les numéros 20, 20 a et 20 b de son Panthéon.
„ plafond de temple, tantôt couvert d’étoiles, „ tantôt peint seulement de couleur bleue ; et en „ second lieu, les caractères cpii rappellent à „eux seuls l’idée des dieux Ammon, I’htiia, ,, Sme, Netphé, Osiris, Isis et Hercule. Ces „ caractères, dit l’Egyptologue, ne sont en effet, „ que de véritables représentations de ces divinités, telles que la masse des Egyptiens les ,, adorait dans les temples , et se figurait qu’elles „ existaient dans les régions célestes ; aussi ces ,, caractères -images à tête humaine portent -ils „ les attributs et souvent les couleurs des personnages dont ils expriment l’idee. ee (i)
Quoi qu’il en soit de cette inconséquence arbitraire, Mr. Champollion a pris soin non seulement de spécifier les numéros des noms divins figuratifs, mais d'avertir, en lettres italiques, que ces caractères -images, portant les attributs des personnages dont ils exprimaient l’idée, étaient, tous sans exception, à tête humaine , ce qui les distingue nécessairement des images des divinités à tête d’animaux. Malgré cette distinction fondamentale, les numéros indiqués dans la note de Mr. Champollion, n’en forment
(1) Page 326 et suiv. de la seconde édition et 277 et s. de la première.