DIGRESSION SUR L AUTHENTICITÉ DÉSAVOUÉE
Second Livre d’Horapollon.
En faisant, à la page 348, le triage des symboles d’Horapollon qui se retrouvent sur les monumens, Mr. Champollion reconnaît l’authenticité de tout le livre I de l’écrivain niliaque;
mais quant au livre II, il n’en admet „ qu'une ,, partie qui lui semble la plus authentique. “ (i ) Cette opinion sur V authenticité partielle du second livre d’IIorapollon , empruntée a Paw, est fondée par ce dernier sur une considération assez spécieuse, savoir celle des étymologies grecques, par lesquelles Philippe, le traducteur d’Horapollon , explique par fois les motifs de ses symboles. Ainsi Paw donne pour exemple le ch. 100 de ce livre, où, parlant du Chameau , Philippe dit: Exeivq y an uovq tlov dXXcov Çajwv rov prjqov xd/HTcrei, dio xai xà ptjXo ç Xtytzai ; et après un autre exemple , tiré du ch. 108. Paw dit: ,,Ad haec symbola sunt plura „in principio libri secuudi, quae ex aliorum ,,scriplis collegit Phi-lippus , et Horapollineis ,, attexuit, ut testis est ipse. “ C’est ce que Paw essaie d’établir à la page 350 et suiv. de ses annotations ad lihrum secundum , en commentant ces mots de Philippe au sujet des symboles de ce livre : ci âi xal ti; dXXcov avriygcicpcov, o v x è'% o vv a nvà èÇrjyrjo iv, dvayxauoç vtts— t a^a. La traduction latine rend la phrase d âè ymi dXXcov à vt i y Qcicp co v par quae et cum ah aliis auloribus ; mais avec y q d q> co v signifie ici
(1) Précis, page 348. No. 62.
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copies , exemplaires et non ailleurs, écrivains ; et Paw, qui rend ce mot par scripla, Écrits, est également inexact ; car le mot scriptum répond \\ ovyyxtauua , et non à uvviyQuqov du texte de Philippe, mot, dont la préposition âvvi , signifiant ouolov , ifiov , identique , atteste qu’il s’agit ici de transcriptions , de copies', et il résulte des paroles de Philippe , qu’ayant sous les yeux plus d'une copie du petit traité d’Horapollon , et désirant offrir au lecteur un recueil complet, il a été obligé de réunir, dans son second livre, ceux des hiéroglyphes, dont la plupart se trouvaient sans explication. Cet avertissement ne prouve -t- il point d’une manière évidente que Philippe s’est borné au rôle de compilateur et que les étymologies grecques ont été tirées des copies? Ces étymologies, d’ailleurs, se trouvent également dans le livre premier d’Horapollon. Par exemple, au ch. 17 on lit : ITkioç ô'i n £2 o o ç , cctxo tov twv wqwv ymotcIv. Paw observe, il est vrai que ,,ista non potu- ,, erunt ah erudito Aegyptio proficisci, et dubio ,, procul a Philippo adjecta sunt(i mais, à ce titre, le nom du Nil, vovv, que Philippe dit être égyptien , et qu’il explique par véov , nouveau, ( ininjvcvt^iv ô'è orjpaivei r /toi/,) et autres semblables auraient été également des motifs
d'exclusion du nombre des symboles d'IIorapollon; il en résulterait de rigueur que tous les symboles d’Horapollon, de Plutarque et autres, dont le nom se trouve expliqué par une éty mologie grecque — devraient être considérés comme étant forgés par leurs commentateurs : et par cette conséquence nécessaire, on mutilerait, a force d'exclusions, tout l’édifice symbolique. Voyez, par exemple, avec quelle ruse Philippe aborde le ch. 70 et dernier du premier livre d’Horapollon. Il demande: Hüç oxiuÇov a i Jizotoç? Ce que la version latine rend trèsfidèlement, par: Ouo modo Tenebras adumbrant? Or, le mot oxiàLa), adumbro , employé ici dans le sens d’esquisser, avertit les adeptes a la faveur de son thème oxià, ombre , que le mot xovoç signifie les ténèbres, tandis que les développemeus de ce symbole roule sur l’action de tuer, exprimée égalementpar le mot oxovoç , qu’Hesycliius rend par 6 X e fr q o ç , ÿ àraroç. Voici maintenant les raisons alléguées au sujet de ce symbole: Sxoxoç âè Xtyovxeç y.ooy.oùd'Xov ovnàv Çtoyçacpovoiv ênuôij ovx ciXXmç sic ây av in fi 6v y ai an wXeiav qiéçei 6 xooxoâeiXoç ov tàv Xafiiycai Lioov, d tu) ri] ovoà xrj tavrov â ianXi]Z.x ioaç axonov naqaoxtvà- Oci. Y a-t-il ici un seul mot qui ait rapport
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aux ténèbres? Et y a-t-il du bon sens à soutenir que le crocodile représente les ténèbres, parce qu'il tue l’animal qu’il attrape, après l’avoir réduit à l’extrémité en le frappant avec sa queue ? Que cette bourde soit de Philippe ou d’Horapollon, le crocodile n’en demeure pas moins le symbole des ténèbres. Nous trouvons, en effet, dans Hérodote (II, 69.) la forn'ie plurielle du nom de crocodile , ^au.ifJOA. , pour que les dictionnaires nous donnent sans l’aspiration initiale. Or le mot X^C!k£, khÈmsagii, remplace parfaitement le mot kiiÈms, qui exprime les ténèbres ; et la chose,' comme on voit, se réduit à une allégorie acoustique , c’est-à-dire, à l'homonymie des noms des deux objets mis en contact; et quant à la oueue, khaf, V initiale de
son nom, identique à celle du nom des dits objets, rentre dans la méthode des abréviations , enseignée par Mr. Champollion. Cet exemple prouve la frivolité des raisons de Paw pour n’admettre dans le livre deuxieme d’Horapolloii que ceux des symboles qui lui semblent les plus authentiques, cette authenticité, pour en être une, devant être déduite de l’étude des ambages hiérophanliques.
Tel étant l’état des choses relatives aux sjrm~ boles d’Horapollon , je ferai remarquer ici , que
ces symboles , y compris ceux qui ne se trouvent indiqués qu’occasionellement dans le texte de certains chapitres* se montent à 1 90* et que dans ce nombre, il n’y en a pas un seul auquel puisse rigoureusement s’appliquer la définition que St. Clément donne des tropes* si l’on considère cette définition dans toute son intégrité; or* comme elle porte exclusivement sur les images des symboles* et non sur les objets ou idées qu’ils expriment* la simplicité des images traitées dans l’ouvrage d’Horapollon, ne permet point a la critique de les ranger ailleurs que sous la troisième et dernière espèce de Symboles * qui , dans le texte des Stromates, comprend exclusivement les énigmes.
Mais le célèbre Egyptologue ne s’est point contenté de confondre dans une seule catégorie les signes monstrueux des tropes avec les signes simples des Énigmes, il s’est plu à confondre ces derniers avec les signes figuratifs ou signes directs des objets* en rangeant à côté de ceux-ci les images mystiques et monstrueuses des divinités égyptiennes, images qu’il qualifie de noms figuratifs de ces divinités, ainsi que nous l’avons vu plus haut.
Je vais maintenant examiner la théorie de ces confusions.
Confusion des signes figuratifs, etc»