Chapitre Premier
DE LA DISCUSSION RELATIVE A LA METHODE HIÉROGLYPHIQUE, DÉSIGNÉE DANS LE TEXTE
de St. Clément par les mots:
JévqioXoyixi ) âià voir tcqoizmv ozoï^eitoi'.
Je remarquerai d’abord que, dans la première édition du Précis de l’Egyptologue, Mr. Letronne avait rendu l'indication de Clément: rjç 1) fièv (fi, t d- o ô' o ç) èozl y.vQioloyiy.rj âià züv TtQMzœv ozoi/eûov , par : ,, L’un (des deux genres ) ,, exprimant cm propre les objets par les lettres Cette première version donna lieu à l’observation consignée dans mes Opuscules , ( 1 ) savoir : Que le concours des mots exprimer au propre
(1) Opuscules archéographiçues, page 8. No. 3.
Discussion sur le mot ^voi/ùa de Clem. 5
les objets, n’offrait point une analyse rigoureuse. Exprimer au propre les objets, c’est, nommer chaque chose par son nom. Je remarquai qu’une telle leçon faussait complètement la pensée de Clément et le sens du texte où il est question : de considérer dans les images, les objets memes qu elles représentent , de considérer par conséquent les images au propre, et non pas: d’exprimer les objets au propre par les lettres. Dans la nouvelle édition du Précis, Mr. Letronne, au lieu de relever ma méprise sur l’objet du mot févqioXoyiztj , traduit la définition grecque par:
L'un cyriologique emploie les premières lettres alphabétiques. (1)
Et dans son ,, Examen particulier des expres- ,, sions (i relatives au passage qui va nous occuper, Mr. Letronne dit: ,, les premières (ou ,, primitives) lettres alphabétiques. i(
§. II
EXAMEN
O ES üÉlELOPPEME.XS DE 31 R- LETRONNE CONCERNANT LE MOT: ^TOL/^ïa.
,, On a fait à cette version, dit le savant hellé- „niste, plusieurs objections, auxquelles je vais
(t) Page 379.
SECONDE PARTIE
„ répondre, avec un soin proportionné à l'ex- „ trême importance du passage. “ (i )
,, La principale (objection), poursuit Mr. Le- ,, tronne, c’est que J£r oiytïa signifie et émeus, ,,non pas lettres alphabétiques , dont le 110m en „grec est, dit-on, yqâuua.66 Et le commentateur renvoie à la page où je disais :
Oue le terme JZvoiyüa n’a jamais été et ne saurait jamais être considéré comme le mot propre, qui désigne en grec les caractères alphabétiques ; attendu que le ternie ^voryda est l’expression cÉnerale de toute espèce d’élémens; et que, dans le texte, il 11e peut indiquer que les elemens de la parole.
J’ai cru devoir faire cette observation a la suite de la leçon de Mr. Letronne, qui enseignait „ que le terme JS’r oiyeïa était le mot propre en „grec, pour désigner les caractères alphabé- „ tiques; qu' ainsi la traduction littérale de „la phrase KvQioioyixij ôià tüv tiqojtwv orotydcov ,, serait: servant à exprimai • au propre les ob- 9, jets par les caractères alphabétiques: que „ cette analyse était rigoureuse. “(2)
(1) Page 387.
(2) Page 404 de la première édition du Précis,, e I page 8 de mes Opuscules.
Discussion sur le mot ^roiyda de Clém. 7
Dans son nouveau commentaire, que nous allons examiner, le savant helléniste réplique que mon objection a lieu de le surprendre: „Je sais fort bien, dit-il, que JEvoiydu signifie „ élémens ; je sais encore , que yoduuaia est „le mot propre pour dire les lettres alpliabé- „ tiques ; mais cela n’empêche pas, ajoute Mr. ,, Letronne, que ovoiyda , employé absolument „ comme il l’est ici, et à propos d'écriture , „ n’ait le même sens propre et techmoue. “
Je remarquerai d’abord que l’assertion du commentateur ,,que le mot Jïioiyda est employé ,, ici absolument n’est point exacte, puisqu’il est employé à propos d'écriture. Or, le mot —rotyda, étant employé par St. Clément « propos d’ écriture, ne peut avoir qu’un sens relatif; et ce qui est relatif n'est point absolu. Le mot ZZcotyda ne peut avoir un sens absolu que dans le cas, où il serait question üelemens des choses en général : ü^roiyda rcir Tinayucttiov. Par tout ailleurs il est toujours relatif, et jamais absolu. Le mot ^voryda ne saurait donc avoir dans la phrase en question un emploi absolu, et ù la fois un sens propre et technique. Cependant le savant commentateur, persistant dans son opinion, observe que: ,,il avait cru suffisant ,, dénoncer le fait et qu’il va l'établir, puisqu’on
SECONDE l’ARTIK.
„le juge nécessaire. “ Il importe donc d'apprécier ses considérations.
,,Le mot ot%tlov, dit Mr. Letronne, a le ,, sens radical de principe (i) constitutif des ,, choses et, conséquemment, est susceptible ,, de sens très-divers , selon les mots auxquels ,, il est joint; ou, quand il est employé d'une ,, manière absolue, (2) selon la nature du „ sujet dont il s’agit. “
„ Ce mot, que Platon le premier prit dans le sens ,, philosophique d’ élément naturel (la terre, l'air, „le feu et l’eau) se trouve dans le Politique, le Sophiste, et en vingt endroits du Théététe, avec „son acception générique d’ÉlÉ31ENt constitu- ,, tif] de quoi que soit ; et , appliqué au langage, „avec celle d’élément constitutif des mots, ,, c’est-à-dire, des lettres alphabétiques , en tant ,, qu elles représentent les sons élémentaires de
(1) Le mot principe offre plutôt une idée abstraite , rationnelle, tandis qu'il est question ici (V élémens matériels , de parties intégrantes des choses.
(2) Je le répète: le mot -roi/ùor , considéré ,, selon „lu nature du sujet dont il s’agit(< 11e saurait y offrir un sens absolu, par cela même que son sens est relatif à la nature du sujet oh il est employé. Nous verrons que le commentateur confond toujours le sens relatip du mot ^roi/dor avec son sens absolu.
ÜlSCUSSION SUR LE MOT XzoryÙa DE ClKM. 9
chaque syllabe: aussi, observe Mr. Letronne, ,, oppose-t-il sans cesse JEzoryeîov à JZvXXaftrji
r£2ç yiv Xzo lyzïa, àyvioga , r 6 ât züv N^vX- X a (ï V) v ytvoq yv(oav6v.
Aq ai fùv NivXXa(3 ai Xôyov t%°v<n , zà âè ^zoiyela âXoya.
<Pti)£ â>), zt)v XvXXa (3 ijv , nozeçou Xtyofuv zà àu([ôz£Qa ozo lytïa.
HooyiyvMOy.tiv zà 2lz o f/eta unaoa àvàyxtj roi f lÔlovzi noze yvokfsa&ai 2-vXXa(3iji/.
,,Et d’autres passages de ce genre, dit Mr. ,, Letronne, où Xzoryùov désigné les sons des ,, lettres , qui forment chaque syllabe, et c’est „ ainsi , ajoute-t-il , que Platon dit ailleurs , rà ,, zm> r P AMM AT [IN 2TOIXEIA ze mi ZvX- ,, Xa[3ai. <( ( 1 )
Jusqu'ici les données de Mr. Letronne rentrent, comme on voit, dans ma manière de considérer le mot azoïyjîoi que je prends pour element des mots , et qui, selon la leçon du critique ,, désigne les sons des lettres. “ Poursuivons.
,,Dans la pensée de cet auteur (Mr. Lelronne „ parle au sujet du dernier exemple de Platon) „ Xzor/ùov s’applique non seulement au son
(1) Paires 3S7 et 3S8.
SECONDE PARTIE
„ articulé , mais encore à la Jignre tjui le repré- ,, sente, étant, l’un, l’élément du discours ,, parlé, l’autre, celui du discours écrit. 1) J’oserai dire que dans la phrase en question;
Ta xiùv yoatiuâzwv ax o l%8Ï a xe rai a v lafia i.
Le mot oxoïxeïa est employé, non comme expression de sons articules, mais simplement comme parties intégrantes des syllabes par opposition aux syllabes mêmes, ovXXafiai, formées d’élémerts réunis.
Mr. Letronne poursuit ses exemples :
,, En apprenant les lettres (tv rëj x«iv yçauuâ- „xo>v [iad-> jon) dit Socrate, tu n’as fait autre „ chose que t'exercer à distinguer les élÉmens „ ( oxorxtia ) soit à la vue , soit à l ouie ( ëv xe ,, r »] owu rai ëv n] àroëj , etc. ) (2)
Ici le mot axor/da signifie tour-à-tour ÉlÉmens de Vécriture, ou lettres, et Élf.mens de la parole ; c’est-à-dire: parties intégrantes des 7nots écrits, et parties intégrantes des mots articulés.
,, Aristote, continue Mr. Letronne, prend ce „mot de la même manière quand, parlant de „ diverses parties du discours, il oppose oror/ttov
(t) Page 389.
(2) Page 389.
Discussion sur le mot oryüa deClem. 11
„a ov)la(h) , l’un étant un son simple, l’autre „ un son coaiPOSE ; et il distingue , dit-il , dans i9oxoiysïuv 1° la voyelle (ipcuvrjev), comme « ,, et (o , 2° la demi-voyelle (ijuixpoivor), comme „() et o, 3° la non-voyelle ( acpiovov ) comme et
Ici Mr. Letronne plaide encore pour l’acception cpie j’attribue au mot oxoryela.
,,Le mot oxoryéïov, sans rien perdre de sa ,, signification générale d'élément constitutif \