VI AVANT-PROPOS
celui d'Homère, on ne s'étonnera pas qu'elle nous ait paru mériter une étude spéciale et approfondie : c'est le travail que nous offrons aujourd'hui au public.
Cependant les restes, malheureusement trop rares, de cette œuvre poétique n'auraient pas fourni peutêtre la matière de tout un livre, si nous n'avions eu pour objet que de l'étudier en elle-même. Le titre que nous avons donné à ce volume, Un poète ionien du vne siècle, indique de notre part une autre intention. Nous avons voulu considérer Archiloque, non pas seulement dans l'histoire générale de la littérature comme le créateur de l'iambe et le maître d'un genre cultivé encore de nos jours, ni même, dans le domaine plus restreint de la littérature grecque, comme le précurseur de la comédie ancienne, mais, dans la période archaïque de la civilisation hellénique, comme un des premiers représentants de cet esprit et de cet art ioniens qui ont joué un si grand rôle dans la formation du génie grec.
Cette Grèce ionienne, Ernest Curtius, en dépit de son hypothèse, aujourd'hui abandonnée, sur les origines de la race, en a jadis tracé magistralement le tableau. Mais, depuis une quinzaine d'années environ, elle a pris une place prépondérante dans les préoccupations des historiens modernes. La découverte, chaque jour plus étendue, de la civilisation dite mycénienne a montré l'étroite parenté de ces populations achéennes, égéennes ou Cretoises, avec les Ioniens de l'Asie Mineure et des îles; et cette vue