Cf. Bahntje (U.), Quaesliones arc]ùlocIieae
général pris cette langue pour modèle, quitte à la modifier çà et là dans quelques détails, ou au contraire n'a-t-il retenu du chant des aèdes que le souvenir du fond, sans rien leur emprunter dans la forme? Nous ne parlons ici que de la langue, et non du vocabulaire ni du style d'Archiloque; mais, dansées limites mêmes, la question est des plus complexes ; car il s'agit de comparerentre eux deux objets, la langue d'Homère et celle d'Archiloque, qui nous sont également mal connus, du moins dans leur forme primitive ; or cette forme primitive serait la seule qu'il nous importât de connaître, pour apprécier sûrement l'originalité de notre poète.
Faut-il donc renoncer à reconstituer par hypothèse, au seuil de cette étude sur la poésie d'Archiloque, les éléments, en quelque sorte matériels, de cette poésie? Faut-il désespérer d'entrevoir jamais, au-delà de l'édition alexandrine dont nous avons reconnu précédemment l'existence, l'aspect extérieur de cette langue poétique dont nous voudrions pénétrer le sens profond, goûter la saveur intime et originale? Disons mieux : pouvons-nous renoncer à prendre parti entre les différents auteurs qui de nos jours ont publié les fragments d'Archiloque? Et, si un devoir s'impose à nous, avant d'aborder la critique d'une œuvre poétique, n'estce pas celui d'en établir le texte sur une base raisonnée et rationnelle? Ce travail d'un éditeur d'Archiloque, nous ne le poursuivrons pas ici dans le détail; mais nous en fixerons du moins les principes, en nous attachant aux faits essentiels que l'étude de la tradition nous paraît mettre suffisamment en lumière.
C'est, en effet, de la tradition elle-même qu'il faut partir, à condition d'en peser au juste et d'en discuter
la valeur, suivant la méthode que nous avons appliquée à la chronologie et à la biographie du poète.
Considérons donc à ce point de vue l'œuvre d'Archiloque, telle qu'elle se présente à nous, soit dans le texte des auteurs qui l'ont citée, soit dans les documents, inscriptions ou papyrus, qui nous en ont transmis une connaissance plus directe; et demandonsnous si quelques faits certains ne s'en dégagent pas, qui permettent de juger du reste d'après une règle sûre1.
Il est naturel de commencer parle seul phénomène dialectal qui soit, ce semble, tout à fait indépendant de la métrique et de la prosodie : je veux parler de la forme des pronoms et adverbes interrogatifs dont la racine est -z- dans Homère, dans la langue attique et en général dans tous les dialectes grecs, et xo- en ionien. S'il peut sembler indifférent, en soi, qu'Archiloque ait écrit tuw ou vm, otcoîoç ou ôxcïcç, peut-être l'emploi de l'une ou de l'autre de ces deux formes, ou de l'une et de l'autre à la fois, nous fournira-t-il une indication caractéristique de l'attitude prise par le poète à l'égard des variantes dialectales qui s'offraient à lui. Or, sur ce point, les données des manuscrits sont les
1. Nous avons utilisé pour cette étude, outre les grammaires générales de la langue grecque et des dialectes, les ouvrages suivants, spécialement consacrés au dialecte ionien :
Uenner (J.-G.), Quaestiones de dialecto antiquioris (iraecorum poesis elegiacae et iambicae. dans le tome I des Etudes de G. Curtius (Studien zur grieehischen und lateinischen Grammatik), 1868, p. 133 à 237.
Kick (G.), Die Sprachf'orm der altionischen und altallischen Lyrik, dans Bezzenberger's Beitraege zur Kunde der Indogermanisclien Sprachen, t. XI (1886), p. 242 et suiv., t. XIII, p. 173 et suiv., t. XIV, p. 2S2 et suiv. — Fick (G.), Zur ionischen Mundart unit Dichfersprache, dans Nette Jakrbîicher, 189>S, t. I, p. 601 et suiv.
Smyth (II.-W.J, Theionlc dialect, Oxford, Clarendon, 1894.
Hoffmann (0.), Die grieehischen Dialekte, t. III, Der ionische Dialekt, Quellen und LauUehre, Gottingen, 1898.
suivantes : dans cinq fragments d'une authenticité incontestable, la leçon unanime des manuscrits donne les formes zoj1, ~r,~, t:ou3, tcoïov4, -w;5, et chacun de ces témoignages dérive apparemment de l'édition alexandrine : Plutarque, Héphestion, Clément d'Alexandrie, Erotianos, appartiennent à une période de l'histoire encore assez rapprochée d'Aristarque (iBr et uc siècle de notre ère). En face de ces données concordantes, un fragment unique, mais cité, il est vrai, par différents auteurs, donne deux fois, en deux vers, les formes Sxovrjv, ôxoioiç °. Tel est l'état de la tradition, et c'est entre ces deux témoignages que nous avons à choisir. Que faire? Faut-il supposer que la forme en xo-, primitivement adoptée par le poète, ait été méconnue de bonne heure, et transformée, sous l'influence attique, en la forme -o-, ou bien que la forme tco-, seule originale, et conservée dans le plus grand nombre de cas, ait été une seule fois, à tort, corrigée en -/.;-, sous l'influence d'unedemi-science, c'est-à-dire d'une conception fausse, qui aurait attribué au vieux poète ionien une forme usitée seulement chez les Ioniens du vie et du ve siècle? La première de ces hypothèses a été de notre temps, depuis Ahrens et Schneidewin, défendue par plusieurs linguistes, et en dernier lieu par MM. Fick et 0. Hoffmann, qui partout restituent y.oj, -/.?;, xcu, y.oîov, y.wç. Quelle garantie particulière présente donc le fragment 70 de Bergk, pour qu'on lui sacrifie tous les autres? Ni M. Fick ni M. 0. Hoffmann ne s'expliquent à ce