‹ ArchiloqueChapitre 120 sur 258 · Aristoph., Ran., v · texte numérisé non relu

Aristoph., Ran., v

134 II. LES POÉSIES d'aRCHILOQUE

désigne le dialogue de la tragédie, par opposition aux parties lyriques, [jtiXïj. II ne faut donc pas attribuer au hasard l'absence de citations où figure l'hexamètre daetylique employé y.aTi sxtyov : Archiloque n'avait fait usage de ce vers qu'en l'associant à d'autres, soit du même rythme, soit d'un rythme différent. En cela il rompait ayec tout le passé littéraire de la Grèce ; mais c'était la conséquence naturelle du genre nouveau qu'il inaugurait en poésie.

Le rythme dactylique, pur de tout mélange, ne se présente donc chez lui que sous la forme épodiqne, soit dans la combinaison de l'hexamètre avec une tripodie ou une tétrapodie dactylique, soit dans le distique élégiaque. C'est bien en effet une sorte d'épode que le distique élégiaque lui-môme, puisque le soi-disant pentamètre a exactement la valeur d'une double tripodie catalectiquc. Quelle est donc, dans l'emploi de ces mètres, l'originalité d'Archiloque? Dans quelle mesure en est-il l'inventeur?

Pour le distique élégiaque, la question ne se poserait même pas, s'il était démontré que Callinos eût vécu avant Archiloque, et que l'élégie guerrière d'Ephèse fût antérieure aux distiques où le poète de Paros chantait ses aventures, ses combats, ses campagnes de Thasos et deThrace.Mais l'antériorité de Callinos n'est rien moins que prouvée, et l'argument de Strabon, fondé sur le mot fameux d'Archiloque, -y. Mayv^Twv xaxà, nous est apparu, dans nos précédentes recherches, comme insuffisant1 : nous avons reconnu que les circonstances politiques visées par Callinos se plaçaient à une date bien déterminée, au temps de l'invasion des Cimmériens et

{. Cf. ci-dessus, p. 27-28.

LE DISTKjUE ÉLÉGIAQUE 135

des Trères en 652, tandis que les élégies d'Archiloque, n^ portant avec elles aucune indication semblable, pouvaient aussi bien, et mieux, se rapporter aune époque sensiblement plus ancienne : vingt-cinq ou trente ans peut-être avant Callinos, le poète de Paros avait déjà fait servir l'élégie à l'expression de ses sentiments personnels. A l'appui de cette opinion se présente le témoignage de plusieurs critiques anciens : Plutarque, dans son livre sur la Musiquei1 dit expressément, que. suivant quelques auteurs, le distique élégiaque était attribué à Archiloque ; le pentamètre même était quelquefois qualifié de [j.i-pzv âp^iXo^sicv 2. Faut-il donc traucber aujourd'hui dans ce sens le débat qui divisait, au temps d'Horace, les grammairiens anciens ?

Quis taraen exiguos elegos emiserit auctor, Grammatici certant et adlmc sub judice lis est3.

.MM. Usener, Ed. Meyer et 0. Crusius se sont prononcés récemment en faveur d'Archiloque 4 : à leurs yeux, le puissant initiateur, qui a frayé des voies nouvelles a la poésie grecque, est aussi le maître de l'élégie ; le même poète qui a introduit l'usage des épodes a aussi donné le modèle de la construction épodique la plus simple, du distique élégiaque. L'argument n'est pourtant pas sans réplique : plutôt que de prêter à un seul homme de génie tout le mérite d'une révolution littéraire, ne vaut-il pas mieux chercher la trace d'une

1. Plut.. De Musica. 28 (g 280 de Uédition de Weil-Reinach : •:-" ivîwv os y.ai to i/r/îiov.

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