Plut., De Musica, 4 (g il de l'édition Weil-Reinach
4. Nous empruntons ces textes à l'ouvrage de Rossbach et de Westphal (Grieckiscke Metrik, 3° édition, par Rossbach, Leipzig, 1889), p. 84, note.
LE DlSTKjLE ÉLÉGIAQUE 137
la naissance de l'élégie proprement dite ; mais cette élégie même, quand elle devint un genre littéraire, dut conserver d'abord son trait essentiel, son caractère thrénétiquc. Il est vrai que M. Usener rejette, sur ce point aussi, l'opinion traditionnelle1 : contrairement à toutes les étymologies anciennes et modernes (étymologies toutes également douteuses, mais unanimement fondées sur l'identité de l'élégie et du thrène), il rapproche le mot IXsfoç du verbe IXe-faiveiv dans le sens de îcapaçpcvîïv, et ce verbe même, de la forme connue xaekfaivzw : il rappelle en outre le nom d"EX£*pj que porte la fille de Prœtos, frappée de délire par Aphrodite 2, et celui d"EXsYr(iç donné à une fille de Nélée dans des circonstances analogues 3 ; il en conclut que l'élégie primitive est née, comme l'iambe, de certains cultes populaires, qui comportaient une sorte de délire obscène. Nous ignorons si cette étymologie a rencontré dans le inonde savant un accueil favoable ; mais, sans entrer dans la discussion des textes invoqués par l'auteur, nous ne concevons pas, dans cette hypothèse, comment jamais, non pas même chez Archiloque, son prétendu fondateur, l'élégie n'aurait revêtu ce caractère obscène que l'on suppose en elle primordial. Non, les anciens n'ont pas fait erreur, quand ils ont considéré l'élégie primitive comme un chant funèbre, et, si Archiloque. en adoptant le mètre élégiaque, a chanté d'autres sujets que le deuil, c'est qu'il trouvait dans ce rythme déjà existant une forme bien appropriée à l'expression de la vie individuelle et de la passion.