HÉRACLÈS ET DÉJAN1RE DANS ARCH1L0QUE
tement tous les sujets héroïques. Mais cette transformation ne saurait avoir ses racines jusque dans le temps d'Archiloque, et, chez notre vieux poète, l'invocation directe à Dionysos, dieu de la vigne, ne permet pas de douter que la pièce ne fût tout entière d'inspiration hachique.
C'est donc hien, selon le témoignage d'Eustathe, sous la forme de trimètres ou de tétramètres (on sait que les deux expressions s'employaient indifféremment l'une pour l'autre) que dut se présenter dans Archiloque le récit des aventures d'Héraclès, en particulier la lutte du héros contre le fleuve Achéloos et le Centaure Nessos.
Le texte qui nous autorise à rapprocher ces fragments les uns des autres se trouve dans un discours de Dion Chrysostome1. Ce rhéteur imagine une interprétation rationaliste et morale du mythe de Nessos ; mais, comme prélude à cette fantaisie philosophique, il expose la double objection qu'on faisait au récit de cette légende, dans Sophocle et dans Archiloque : Sophocle, disait-on, avait eu tort de montrer Héraclès tirant de l'arc et frappant le Centaure pendant la traversée même du fleuve ; forcément le Centaure devait lâcher Déjanire, et celle-ci se noyer. Quant à Archiloque, « c'était folie de sa part que de représenter Déjanire, dans le temps même où le Centaure lui faisait violence, s'entretenant du passé avec Héraclès et lui rappelant les poursuites d'Achéloos, avec les événements qui avaient suivi : n'était-ce pas laisser à Nessos tout le temps d'arriver à ses fins? » La valeur littéraire de cette critique nous échappe, puisque le poète avait pu sauver par l'habileté de son art l'invraisemblance de la situation ; mais
1. Dion. Chrysost., Or., LX, t. II, éd. L. Dindorf, p. 190. — Arcliil., fr. 147.
ce qui ressort, en tout cas, de ce témoignage, c'est le développement assez ample de la légende dans la poésie d'Archiloque ; c'est aussi l'artifice de composition qui mettait dans la bouche de Déjanire le récit du combat d'Héraclès et d'Achéloos. La mort de Nessos faisait naturellement partie de la même description, et le scoliaste d'Apollonius de Rhodes s'exprime formellement sur ce point : wç z.x! 'Àp^iXo^oç taropeï1. On peut même se demander si ces mots visent seulement la dernière partie du récit, le passage tragique du fleuve Evénos, ou s'il faut les entendre aussi des événements antérieurs, brièvement rapportés par le scoliaste. Du moins, l'une et l'autre des deux scènes principales du drame ont-elles laissé quelque trace dans nos fragments. Pour l'Achéloos, on nous dit qu'Archiloque n'avait pas osé, comme avait fait Homère pour le Xanthe, lui laisser sa forme de fleuve; il l'avait représenté sous les traits d'un taureau2, et d'un taureau sans doute furieux, comme le lion ou le sanglier homérique qui écume de rage :
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Deuticke 4 rapproche ce fragoient de la description de Sophocle : « De sa barbe épaisse l'onde coulait à grands Ilots 'r'», et nous pouvons croire, en effet, qu'Archiloque avait emprunté à Homère les termes de sa description