Archil., fr. 66, v
LES IDÉES MORALES d'aRCHILOQUE 185
qu'il ne faut se laisser ni emporter par une confiance excessive dans le bonheur ni abattre par l'infortune1, une patience virile est le remède aux maux les plus incurables - ; laissons gémir les femmes3, et plutôt que de nous enfermer vaincus dans la solitude et le désespoir, relevons la tête : « 0 mon cœur, mon cœur, agité par d'inextricables soucis, redresse-toi, repousse les embûches de tes ennemis; oppose à leurs coups une poitrine assurée! reste ferme, inébranlable4.» Cette attitude est bien celle d'Archiloque dans toutes les circonstances de sa vie: s'il refuse de se livrer à un long chagrin, ce n'est pas indifférence ou légèreté, comme paraît le dire Plutarque •"', c'est par un sentiment profond de l'inutilité des larmes, par un besoin insatiable d'action. Loin d'accepter le mal avec résignation, il ne ccnsent à l'oublier que si la cause en est hors de son atteinte; mais la même disposition d'esprit le porte à se défendre lui-môme ou à se venger, toutes les fois qu'il connaît l'auteur de son mal. Ainsi la philosophie du poète, si l'on peut donner ce nom à une conception toute spon-