‹ ArchiloqueChapitre 177 sur 258 · Archil., fr · texte numérisé non relu

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La môme indépendance apparaît dans sa vie privée et dans ses goûts. Un amour profond a pu lui faire souhaiter un jour de se créer un foyer, une famille ; mais son existence antérieure, ses habitudes, ses besoins d'aventures, devaient être, de sa part même, un obstacle à ce projet. A cet égard, le témoignage de Critias ne saurait être sérieusement contesté1. Si le fait seul d'avoir eu partout des ennemis ne porte pas une atteinte grave au caractère moral d'Archiloque, on n'en peut pas dire autant des aveux qu'il faisait lui-même de ses passions, de son emportement dans la débauche (ktxyvoç v.y.1 iSpum/jç), de ses attentats coupables (i/ct/ôç). Ces désordres privés répondent trop bien, pour qu'on en doute, aux conditions de son existence vagabonde, à son caractère vif et passionné. Mais, sur ce point même, il nous parait juste d'observer deux choses : c'est d'abord qu'il ne faut pas confondre cette licence des mœurs dans Archiloque avec le vice trop fameux qu'Homère semble avoir ignoré, mais qui dans les siècles suivants s'est développé si rapidement en Grèce ; ensuite, c'est que nous ne savons pas sous quelle forme Archiloque avait parlé de ses désordres personnels, et que, selon toute apparence, cette peinture n'avait rien de la complaisance raffinée qui transforme en une poésie lubrique l'expression brutale de sentiments violents.

L'absence de toute allusion aux erreurs de l'amour grec est particulièrement significative dans le riche vocabulaire erotique que présente la poésie satirique d'Archiloque : c'est un trait de mœurs qui vaut la peine d'être noté, à une époque où déjà d'autres contrées de

1. jElian., Var. Irist., X, 13. — Cf. ci-dessus, p. 42, n. 2.

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