Herod., V
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deux personnages, Evalcidès et Charaxos, étaient beaucoup moins connus que Simonide et Sappho. Tout autre est le cas d'Archiloque à l'égard de Gygès : la mention du poète de Paros n'ajoute rien à la connaissance du célèbre roi de Lydie, et n'a aucune raison d'être à la place où elle se trouve; c'est une note additionnelle qui aurait pu figurer partout ailleurs dans l'histoire de Gygès aussi bien qu'à cet endroit, et qui, par là même, se distingue de toutes les autres citations que nous avons relevées chez Hérodote. Aussi nous apparaît-elle, en fin de compte, comme une sorte de scolie marginale, introduite à tort dans le texte, en d'autres termes, comme une interpolation.
Hérodote n'est donc pas l'auteur du rapprochement chronologique entre Gygès et Archiloque : voilà ce qu'il importait d'abord d'établir.
Mais ce rapprochement lui-même, attesté par l'interpolation, à quelle époque remonte-t-il ? et quelle en est la valeur ?
Les chronographes chrétiens l'ont accepté, et nous pouvons croire que cette donnée leur venait des Alexandrins. Mais elle n'était pas isolée; elle n'était pas, pour Archiloque, le seul point de repère de la chronologie alexandrine. Dans la phrase même deTatien (s ce ApyiKzyz: Tjxjjtaas izzp': oXojJWuaSa tpiTYjvxizt eîxcorifjv, xaià rûyYjv tov Auciv, iXiaxôv 3<rrepov eteai ■k£V72z.o<tioiç1), nous avons trois indications chronologiques au lieu d'une : rien n'autorise à penser que les deux chiffres, 23e olympiade et 500 ans après la guerre de Troie, aient été arbitrairement déduits, par hypothèse, de la concor-
1. Tatian., Ad Graecos, p. 124. éd. Otto. — La même donnée est textuellement reproduite dansEusèbe [Praepar. evangel., X. il, 4).
dance entre Archiloque et Gygès. Proclos, il est vrai, dans sa Chrestomathie, se contente de dater le premier des iambographes par ces mots : k~l Tûyou { ; mais c'est là une formule commode, par sa brièveté même, et qui n'exclut pas l'existence d'une chronologie plus exacte. Or nous avons épuisé, dans cette courte énumération, les seuls textes formels qui rapprochent Gygès et Archiloque. Que ce rapprochement date des Alexandrins, nous le voulons bien ; qu'il remonte môme plus haut, nous l'accordons encore, s'il est vrai que déjà le sophiste Hippias avait noté dans Archiloque le titre de lijran attribué pour la première fois à un monarque-, c'est-à-dire sans doute à Gygès ; mais tout cela ne prouve pas que toute autre donnée chronologique ait manqué aux chronographes anciens, et que, pour calculer rà/.;r/j du poète de Paros, ils aient disposé seulement de cette simple citation : « Je ne me soucie pas des richesses de Gygès! »
En réalité, ce vers, considéré en lui-même, ne permettait pas de fixer, même approximativement, une date. Tout ce qu'on pouvait en conclure, c'est que le poète avait vécu entre Gygès et Crésus, puisque la richesse proverbiale du dernier Mermnade avait éclipsé de bonne heure la fortune du fondateur de la dynastie. Mais, par rapport à Gygès, l'homme qui parlait ainsi était-il un
1. Proclos, Chrestomathie, dans l'édition des Scriptores metrici graeci de Westphal, p. 243, 1. 10. — La tradition byzantine attribuait cet ouvrage à un philosophe néo-platonicien du V" siècle ; les modernes tendent à lui assigner une date plus haute (11° ou III" siècle de notre ère).
2. Ce témoignage d'Hippias se trouve dans Yliypothesis de ÏŒdipe-Roi de Sophocle, intitulée Atà TtTupavvoç im^pamai. Voici le passage : "ISiov Ô£ Tt Ti£7rov9a<7iv oî [ae6' "0(iT)pov 7CO(Y)Tac, xoùç 7tpb Ttiiv Tpwïxwv paTt).st? Tupâwovç 7rpo;a*fop£-jovTïç. ô'bi Ttoxe to-jôs to-j ôv6p.aTOÇ eiç to-jç EXXtjvocç 5iocSo6£vtoç, 7.3C7à toÙç '\oyù.6y/yj xpôvouç, v.xby.xzp 'Imna; ô aofiaxi\ç
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contemporain? ou bien appartenait-il à une génération de beaucoup postérieure ? On ne pouvait le dire, et nous sommes aujourd'hui dans le même embarras. Bornons-nous donc à rappeler quel est, sur la chronologie du roi Gygès, l'état delà question.
M. Beloch adopte, sans discussion, les dates de 680- 650 environ \ et M. 0. Crusius se contente d'une approximation plus vague encore, en disant : « Gygès doit appartenir à la première moitié du vuc siècle '2. » Il faut cependant, quand il s'agit de ce personnage, prendre parti sur un point capital de chronologie. Les annales assyriennes d'Assourbanabal :i racontent l'hommage rendu au roi d'Assyrie par un chef lydien dont le nom ressemble fort à celui de Gygès, puis la révolte de ce chef, sa lutte contre lesGimirri (Cimmériens) et enlin sa mort : tout cela ne se rapporte-t-il pas à Gygès ? et, dans ce cas, que valent les données chronologiques de la tradition grecque par rapport à cette histoire assyrienne?
Dans une étude publiée en 1878 et rééditée récemment4, E. Rohde exprime à ce sujet une opinion radicale : quelle que soit, dit-il, la valeur de ces documents assyriens, il n'y a pas d'accord possible entre eux et la chronologie grecque des rois de Lydie; en effet, les textes assyriens relatifs à Gygès sont postérieurs à la quatrième année du règne d'Assourbanabal, c'est-à-dire