Cf. ci-dessus, p
aux yeux de tous. Mais la raillerie et l'injure tiennent une large place dans les dialogues qu'Homère prête à ses héros, et la description de personnages grotesques ou odieux dans l'épopée peut bien avoir servi de modèle aux vives peintures d'Archiloque. Dans un autre genre, l'auteur des Travaux et des; jours a fait entendre à son frère Perses des conseils de morale, que relèvent souvent les traits de la plus fine satire.
L'Iliade otfre de nombreux exemples de ces apostrophes injurieuses et de ces répliques virulentes, qui semblent en Grèce comme l'assaisonnement nécessaire des grands coups d'épée et des luttes épiques. Le poème s'ouvre par une querelle que l'intervention d'Athéna empêche de tourner en un duel sanglant ; mais à peine la déesse a-t-elle repris son vol vers l'Olympe que l'impétueux Achille, toujours irrité contre Agamemnon, reprend de plus belle le cours de ses paroles offensantes : « Homme à la lourde ivresse, au regard de chien et au cœur de cerf1...», et, un peu plus loin : « Roi mangeur de peuple, avec ceux-ci qui ne comptent pas, il t'est facile de faire le maître. Sans cela, cette injure eût été la dernière 2... » Venu du plus vaillant des guerriers, l'exemple porte ses fruits : de part et d'autre, à l'cnvi, les adversaires s'interpellent, se menacent, s'accablent d'injures avant de se frapper ; mais aucun n'égale, dans ces dialogues emportés, la violence haineuse d'Achille. « Chien, répond-il à Hector mourant 3, ne me supplie pas par mes genoux ni par mes parents! Ah! que n'ai-je le cœur assez ferme pour dépecer tes chairs et les manger ainsi, après ce
I. Hom., Iliad., 1, 22.J (trad. de M. Maurice Croiset). ■2. Hom., Iliad., 1, 231-232.