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LA FORME ET LE FOND

Nous avons vu, dans un précédent chapitre, les innovations introduites par Archiloque soit dans la langue, soit dans la métrique et la rythmique de la poésie grecque. Il nous reste, dans le même ordre d'idées, à éludier une question qui intéresse au plus haut degré l'art du poète : ce dialecte, ce vocabulaire, ces mètres, qu'Archiloque n'a tout à fait empruntés ni à la tradition épique ni à la langue ou aux usages populaires de son pays et de son temps, mais qu'il a marqués d'une empreinte originale, pouvons-nous reconnaître, ou du moins entrevoir, dans quelle mesure il les a adaptés à ses différents genres de poésie, aux divers sujets qu'il a traites? Nous aimerions à saisir, dans la morphologie dialectale, dans le choix des mots, dans les combinaisons métriques, une convenance particulière de la forme et du fond. L'examen impartial des faits nous dira s'il est possible de pénétrer aussi avant dans l'art de notre poète.

232 IV. — L'ART DANS LA POÉSIE d'aRCHILOQUE

Si le dialecte d'Archiloque affectait une forme exclusivement ionienne (c'est, on s'en souvient, la théorie de MM. FicketO. Hoffmann), un tel parti pris trahirait, à lui seul, une intention ferme, réfléchie : à la langue bigarrée d'Homère, l'auteur des iambes et des épodes aurait opposé un dialecte populaire, vivant, sans aucun mélange de nuances littéraires. Mais cette théorie ne peut se justifier que par des conjectures sans fondement ou des corrections arbitraires : qu'il nous suffise de rappeler l'hypothèse de M. Fick sur la prétendue origine ionienne des génitifs en -oio et les efforts de M. 0. Hoffmann pour supprimer, partout où elles apparaissent dans la tradition, les formes abrégées des datifs pluriels en -oiç, -aiç ou -yjç, à côte des formes ioniennes en -oici, -anat ou -r,Gi. Ramener de force à l'unité les variétés dialectales d'Archiloque, c'est méconnaître, selon nous, une liberté dont Homère avait donné l'exemple, une ressource qui s'offrait naturellement à un poète tout pénétré d'idées et de souvenirs homériques.

Donc, Archiloque a utilisé, nous n'en doutons pas, en dehors de son propre dialecte, des formes que la poésie antérieure avait rendues familières à tout le monde grec. Reste à savoir s'il a usé indifféremment de cette licence dans toutes les parties de son œuvre, ou bien s'il a dans certains genres, plus largement admis, dans d'autres, plus sévèrement exclu ces emprunts à la tradition épique.

C'est à la statistique de nous répondre. Des trois exemples de génitif en -oto qu'offrent les manuscrits, deux ne donnent prise à aucun doute, n'admettent aucune correction ('EvuaXtcio àvay.Tcç1 et TCoXuçXotcrêoto ôaXâao-Yjç2), tandis que le troisième a paru contestable : au lieu de ô>ç Atwvûo-ot' àvaxiroç3, G. Hermann voulait écrire wç Aiwvùoou avax-roç. Mais ce n'est là qu'une conjecture. Dans l'état actuel du texte les fragments élégiaques présentent, à eux seuls, deux fois plus d'exemples de cette forme que tous les autres fragments réunis; or ces vers élégiaques atteignent tout juste le nombre de 40, tandis que 200 vers au moins, conservés en tout ou eu partie, appartiennent aux autres genres. Cette proportion met en lumière un fait déjà certain : c'est que, sur un point essentiel, les mètres dactyliques d'Archiloque se rapprochaient, plus que les autres, du dialecte épique.

Il ne faudrait pas se hâter pourtant de tirer delà une conclusion générale : un autre phénomène étranger aux usages du dialecte ionien se présente encore, il est vrai, dans une pièce élégiaque ; c'est Y apocope de la préposition dans le verbe composé xàXXtxov4; mais le même fait apparaît dans un tétramètre trochaïque, 5txr0avo3<H 5. D'autre part, la forme épique IlcaetSawvoç, au lieu de l'ionien Iloo-eio^tovo^ne ligure elle-même que par conjecture dans une élégie1', et l'unique exemple de la particule v.i (dans ecras) n'est pas d'une authenticité suffisante". En revanche, un fait contraire à l'ionisme

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