‹ ArchiloqueChapitre 219 sur 258 · Bahntjc (U.). Quaestiones archilocheae, p · texte numérisé non relu

Bahntjc (U.). Quaestiones archilocheae, p

3. La forme èpiw qui sert de futur au verbe Xé-fw (Archil., fr. "9 et 89) est confondue avec èps'w, forme ionienne de èpiw (Archil., fr. 23 et 68). — A la p. 106, sous la lettre X. il faut rétablir yoLlzTxf^i devant ôSûvipo-iv (Archil., fr. 84).

a suffi de le compléter par la découverte des fragments conservés dans l'inscription de Paros. L'inventaire ainsi dressé nous éclaire, de la façon la plus précise, sur les éléments qui composent le vocabulaire d'Archiloque. Mais il convient d'interroger ces chiffres avec prudence : une interprétation hâtive et superficielle de cette statistique risquerait, on le verra, de fausser radicalement le résultat de l'enquête.

La liste de M. Bahntje contient 841 mots; nous en avons ajouté 18 d'après le monument de Paros. Soit un total de 859 mots. Dans ce nombre, 680 sont communs à Archiloque et à la poésie antérieure ' ; 179 apparaissent pour la première fois dans la littérature. Voilà le fait qui. à première vue, ne laisse pas que de surprendre. La proportion des mots nouveaux semble énorme, puisqu'elle dépasse le cinquième du chiffre total. Quelle étrange physionomie prendrait à nos yeux une œuvre qui introduirait tout à coup un nombre pareil de néologismes! Quelle révolution littéraire a jamais modifié à ce point le vocabulaire de la poésie? Si Archiloque avait dans de telles proportions rompu avec la tradition épique, comment aurait-il pu compter parmi les écrivains « les plus homériques » à coté d'Hérodote et de Stésichore 2?

1. M. U. Bahntje distingue avec raison, des mots qui figurent dans l'Iliade et dans l'Odyssée, ceux qui apparaissent seulement dans Hésiode et dans les Hymnes : de nombreux fragments hésiodiques et la plupart des hymnes homériques appartiennent sûrement à une époque postérieure à Archiloque; mais le nombre des mots nouveaux qui proviennent de cette double source représente une quantité insignifiante et négligeable (les hymnes en fournissent 6, Hésiode 14). 11 est certain aussi que certaines parties de l'Iliade et de l'Odyssée datent seulement du viie ou même du vf siècle. Mais il ne pouvait entrer dans notre plan de discuter ici ces problèmes.

2. [Longin.], Sublim., XIII, 3 : Môvoç 'HpôSoroç 'OfirjptxwTa-coç âyéveTO ; Sxr)<7tj(opoç ETt ttooteoov. S -t 'Ao/:'/o//;.;. Tcàvrwy ok roûrcav [tâXtora 6 H/.àtwv.

236 IV. — l'art dans la poésie d archiloque

La raison de cette illusion se découvre sans peine : beaucoup de ces mots nouveaux d'Archiloque ont été recueillis, comme des gloses, par les grammairiens et les lexicographes : cités isolément, pour leur nouveauté même, ils représentent un choix de mots rares ou uniques dans la littérature. Bien plus, les citations mêmes qui nous ont conservé des phrases entières ne doivent parfois leur origine qu'à la présence d'un mot nouveau. Cette condition particulière de la tradition est bien de nature à nous tromper sur le caractère véritable de la langue de notre poète.

Mais considérons de plus près la liste des mots que M. Bahntje a marqués d'un astérisque, et qui n'appartiennent pas, en effet, sous cette forme, au vocabulaire homérique. Du nombre il faut évidemment retrancher les noms propres, les noms géographiques, qui se rapportent à des personnages ou à des pays inconnus d'Homère : le nom de Gygès1 relève de l'histoire la plus récente qu'ait pu connaître Archiloque; lesSaïens(I!d:ïsi) 2 et les Sapéens (Sa-rcaïci ou Hà-ai)3 font partie de ces tribus thraces que la colonisation de Thasos mit pour la première fois en contact avec les Grecs de Paros; Salmydessos4 estime côte lointaine dont la renommée fâcheuse se répandit en Grèce à mesure que se propagea la colonisation ionienne dans le Pont-Euxin. Une dizaine de mots rentrent dans cette catégorie5.

Plus considérable est le nombre de ceux qui, ne

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