‹ ArchiloqueChapitre 27 sur 258 · LES MALHEURS DES MAGNÈTES · texte numérisé non relu

LES MALHEURS DES MAGNÈTES

contre leurs voisins d'Ephèse, et cet épisode consistait, non pas en une destruction de la ville, mais en une bataille et même en une victoire des Magnètes : des deux mots employés par Pline, un seul, proelium Magnetum, répondait à peu près à la réalité; l'autre, Magnetum exitium, provenait d'une confusion. Ces deux explications exigent, on le voit, le sacrifice de la moitié au moins du témoignage de Pline. Ne pourraiton pas conserver intact ce témoignage, en disant qu'il s'agissait d'une bataille et d'un désastre des Magnètes dans le temps même du roi Candaule? Et ne serait-ce pas là un épisode de la lutte séculaire engagée entre les deux villes voisines, Ephèse et Magnésie?

Cette guerre n'a laissé dans l'histoire que des traces peu profondes; mais les « malheurs de Magnésie » n'étaient pas attribués par tous les auteurs, comme on semble le croire, à une invasion barbare, et le plus ancien historien qui nous en parle. Aristote. dans le résumé d'Héraclide', ne fait aucune allusion aux Cimmériens ou aux Trères. Voici le texte même de cet extrait des IIoXiTStca d'Aristote- : Ma^urceç ci1 o-icepéoX-ijv y.-.j'/rl\).7.~M't r.z/'/rx àxaxwOr^crav , xai t.z'j xat Xzyj.zyzz oijat' KXatd) OaÀaotT&v 1. -y. 8autwv), z'j ~.x Mx/v^tiov taxi. D'après l'explication de Schneidewin, le mot y.--jyr,j.y-y. doit s'entendre comme une expression atténuée pour y-izij.y.-y. : « Les Magnètes ont payé par de nombreux malheurs l'excès de leurs impiétés. » Et c'est la même idée que reproduit Suidas, en donnant le sens tradi-

1. Depuis la découverte de I'AOTjvaécov -o'/:r£:'a d'Aristote,ons"accorde à reconnaître dans l'ouvrage d'Héraclide un abrégé des QoXrcetai d'Aristote. Cf. Wilamowitz-Môllendortl' T. von. Arulot und Athen.t. I, p. '292.

2. Heracl. Pont.. De reb. publ., XXII, dans le tome II des Fragm. histor. graec. de Mùller. p. 21 s.

tionnel du proverbe : Ta Ma-fvnTwv -/.axa, kr.l tôv [AeYwrcwv ■/.al «XYSivotaTcov y.ay.wv, Trap' 'issv cutct âffsê^aavceç eiç Oeov -caacov y.ay.wv i-s'.pâOr^jav '. Or envers quelle divinité les Magnètes avaient-ils commis des fautes? Le mot de Suidas, à<re6ifaavTeç scç Oesv, a pu signifier de bonne heure une offense à la divinité en général; mais, à l'origine, on peut croire qu'il rappelait plutôt une atteinte à la puissante divinité d'Ephèse, un empiétement impie sur le territoire sacré de la déesse. Et de fait, la prise même de Magnésie parles Ephésiens est expressément signalée par Athénée, saXwcrav yàp tao 'Eçeaiwv 2. Est-il vraisemblable que, dans le temps même où Magnésie était dévastée parles Trères, Ephèse, attaquée elle aussi par Lygdamis et les Cimmériens, ait réussi à prendre possession de sa rivale ? Strabon, du moins dans le texte non corrigé que présentent tous les manuscrits, dit que ce furent les Milésiens qui occupèrent alors la cité ravagée3. C'est bien là le texte qu'il faut conserver, et dès lors on peut supposer que le témoignage d'Athénée vise une défaite antérieure de Magnésie, celle peut-être dont Boularchos avait consacré le souvenir par un tableau.

Les rois de Lydie contribuèrent-ils, eux aussi, à cette chute de la puissance des Magnètes? Si Candaule avait eu plaisir à contempler leur défaite dans le tableau de Boularchos, Gygès put bien s'attaquer directement à eux, comme il s'attaqua à d'autres villes ioniennes, Smyrne, Colophon, Milet4. Ses liens d'amitié et d'al-

Page 1