LES MALHEURS DES MAGKÈTES
liance avec la puissante famille des Mêlas à Ephèse, ne lui offraient-ils pas une raison pour envahir le territoire de Magnésie? Aussi reconnaîtrions-nous volontiers la même ville du Méandre dans cette Magnésie que nomme Nicolas de Damas parmi les conquêtes de Gygès1. Ce serait là encore un de ces « malheurs des Magnètes » auxquels l'invasion cimmérienne devait enfin mettre le comble
Si cette argumentation ne nous trompe pas, nous en déduirons qu'Archiloque a pu parler des « Mavvifacov jumâ » avant le temps de l'invasion des Trères, et que par suite il y a lieu d'imiter la réserve de M. 0. Crusius à l'égard d'une donnée chronologique aussi vague.
Ainsi les allusions historiques contenues dans les fragments d'Archiloque ne nous obligent pas aux conclusions rigoureuses qu'on en a récemment tirées : nous ne considérons pas comme avéré que le poète aitvu à Thasos l'éclipsé de l'année 648, ni qu'il ait dans le môme temps déploré le sort des Thasiens, en opposant leur infortune à la destruction récente de Magnésie du Méandre. Pour être en apparence négatifs, ces résultats ne laissent pas que d'avoir une certaine importance au point de vue chronologique : si l'on se représente Archiloque comme vivant encore à Thasos après l'année 650, c'est presque toute la carrière du poète qu'il faut placer après cette date; car ses aventures et ses poésies thasiennes ne peuvent guère appartenir, nous le verrons plus tard, qu'à la première période de sa vie : elles répondent à un développe-
1. Nicol. Damasc. Fragm. hisl. graec.,t. 111, p. 396, fr. LX1I. — II. Radet. ouv. cité. p. 171, n. 1. ne met pas en doute que ce texte ne vise la Magnésie voisine de Sardes, Magnésie du Sipyle. La question, cependant, est tout au moins contestable.
ment encore incomplet de son caractère et de son art. Dans ces conditions, l'activité poétique d'Archiloque, le point de maturité de son génie devrait être reporté aux environs de l'année 640, ou même plus bas encore. Or rien n'est plus contraire aux données unanimes de la chronographie ancienne. Peut-être aurons-nous chance d'atteindre plus sûrement la vérité, en nous rapprochant davantage de la tradition.
3. EST-IL VRAI QUE LES DONNÉES TRADITIONNELLES RELA- TIVES A LA CHRONOLOGIE D'ARCHILOQUE REPOSENT UNIQUE- MENT SLR DES COMBINAISONS ARBITRAIRES?
Cette tradition ancienne a été l'objet d'une critique fort subtile de la part de Rohde, dans le même article que nous avons déjà signalé à propos de Gygès. Comme les vues développées dans ce travail se sont imposées depuis lors à tous les biographes modernes d'Archiloque, nous devons en montrer ici le caractère hypothétique, et, pour dire toute notre pensée, arbitraire1.
Rohde part de cette vérité, tenue pour un axiome, que les anciens n'ont eu, pour déterminer l'âge d'Archiloque, aucune donnée traditionnelle ~, et qu'ils ont dû recourir à des combinaisons, dont un texte de Clément d'Alexandrie nous fournit l'exemple le plus typique : ZàvOcr oà : ÀuScç rcept tyjv ôxTtoxaiSsxaTYjv oX'jy.-iâoa, wç es Auvjîj'.sç, ~zpl tyjv 7:sv7r/.:z'.o£-/.:x7Y;v 0auov èy.T'^Oa'., wç eîvat
1. La critique de M. 0. Crusius sur la chronologie d'Archiloque (art. Archilochos, dans Pauly- Wissowa. Real-Eitcyclopaedie,t. II, p. 488-489) repose tout entière sur l'argumentation de Rohde.