le témoignage de cp.1tias slr la vie
d'arcbiloque.
Une question préliminaire se présente à nous : toute recherche qui entreprend de découvrir sur Archiloque des données biographiques antérieures au début du ive siècle, n'est-elle pas d'avance condamnée, s'il est vrai que le fameux sophiste et homme d'État Critias n'ait eu lui-môme d'au Ire ressource, en pareil cas, que d'interroger les œuvres de ce poète? Si un contemporain de Socrate a dû recourir à cette méthode, n'est-ce pas la preuve que toute autre tradition faisait alors défaut, ou paraissait du moins dénuée d'autorité? N'est-ce pas la condamnation décisive des données qui pouvaient avoir cours avant cette époque, de celles surtout qui se répandirent plus tard en Grèce?
Cette objection ne serait valable que si nous connaissions assez exactement la nature du travail attribué à Critias, pour pouvoir affirmer qu'il avait voulu faire la biographie d'Archiloque : mais que savons-nous sur ce point ? Une hypothèse toute gratuite, dans les Fragmenta historicorum graecorum de C. Millier, classe quatre fragments sous la rubrique lhp\ ttciyjtôv %ù icoôv ! : en réalité, ces fragments peuvent avoir appartenu à des œuvres fort différentes les unes des autres, à des discours en prose aussi bien qu'à des élégies ou autres pièces littéraires, du genre de cet éloge d'Anacréon en vers hexamètres que nous a conservé Athé-
I. Fragm. histor. f/raec. t. I. p. 70-11. — C'est avec raison que M. Diels (Die Fragmente der Vorsokratiker, Berlin, 1903; range le fragment de Critias relatif à Archiloque dans la catégorie suivante : Aus unbestimmten Prosaschriften. p. 575.
née1. Le plus long de ces quatre fragments de Critias a trait à Archiloque. Mais que nous apprend-il? Qu'on en juge par la traduction du passage où Elien nous l'a rapporté-. « Critias reproche à Archiloque d'avoir fort mal parlé de lui-même. S'il n'avait pas, dit-il, répandu en Grèce de pareils bruits sur sa personne, nous ne saurions pas qu'il était fils de l'esclave Enipo, ni que des embarras et des besoins d'argent lui avaient fait quitter Paros pour se rendre àThasos,ni que. parvenu dans cette île, il s'y était fait beaucoup d'ennemis, poursuivant de ses méchants propos indifféremment tout le monde, amis ou ennemis. En outre, continue Critias, nous ne saurions pas, s'il ne nous l'avait dit lui-même, qu'il était adultère, débauché, lubrique, et, ce qui est le comble de la honte, qu'il avait jeté son bouclier. Archiloque n'a donc pas été pour lui-même un témoin favorable, puisqu'il s'est fait à lui-même une pareille réputation. Ce n'est pas moi qui adresse à Archiloque ce reproche, c'est Critias. » La pensée du sophiste ressort assez clairement de ces paroles : il ne dit pas, et ne donne pas même à entendre, que la tradition ne savait rien de vrai sur Archiloque ; il se borne à relever certains aveux que le poète seul pouvait faire. Sans doute, ces faiblesses et ces fautes d'un grand homme, la tradition les passait sous silence;