VÉRITABLE MERCENAIRE
On lui a souvent attribué, avant et après son séjour à Thasos, des voyages et des aventures purement hypothétiques. Gomme il parle quelque part, dans une
1. Cf. Croiset (Alfred et Maurice), Histoire de la littérature grecque, t. II (2e édition . p. 178, n. 3 : « L'erreur serait singulière de la part de Critias. qui n"était pas un sot grammairien ni un scoliaste. » Pourtant. MM. Croiset cherchent à concilier le témoignage de Critias et l'hypothèse de "Welcker : « Pourquoi le nom d'Enipo ne serait-il pas un sobriquet réellement donné à la mère d'Archiloque? La malignité du poète, en ce cas. aurait eu son principe dans l'hérédité. »
pièce écrite à Thasos, du pays charmant qu'arrose le Siris ', on veut qu'il ait visité la Grande-Grèce avant les îles et les côtes septentrionales de la mer Egée, et on imagine qu'il s'était joint aux émigrés de Colophon dans Fessai malheureux que firent ces Ioniens, au temps de Gygès, pour coloniser les plaines du Siris2. La tentative ayant échoué, on voit dans cette expédition manquée l'apprentissage des épreuves et des misères qu'il devait subir toute sa vie. Par malheur, les deux vers qui ont suggéré cette hypothèse peuvent s'interpréter autrement : depuis les premiers établissements grecs en Italie, les riches campagnes de la Grande- Grèce n'avaient pas cessé d'attirer les peuples de l'Orient hellénique; de nombreuses colonies, fondées dans le cours du vme siècle, avaient rendu familiers, dans le monde insulaire surtout, les charmes et les grâces de cette région bienheureuse.
Un autre vers adonné à penser qu'Archiloque, avant de quitter Paros, avait parcouru déjà les mers, pour gagner sa vie dans le commerce :
sa Ilâpov x al aCxa /.sïva /.al ÔaÀâas'.ov [îîov 3.
M. 0. Crusius4 se demande si ce vers ne reproduit pas un appel entendu par le poète lui-même : « Quitte Paros, lui disait un ami, quitte ce métier de marchand