‹ ArchiloqueChapitre 6 sur 258 · COMPOSÉ PAR LE PARIEN DÉMÉAS · texte numérisé non relu

COMPOSÉ PAR LE PARIEN DÉMÉAS

Lanaturede ce monumentdoitêtred'abord recherchée. Inscription d1 ' Archiloque trouvée à Paros, tel est le nom sous lequel M. Hiller von Giirtringen a présenté sa trouvaille au public1. Mais à quel titre l'inscription appartient-elle, en réalité, au vieux poète parien? S'il saute aux yeux qu'elle n'est ni l'original ni la copie d'une inscription provenant d'Archiloque lui-même, on peut se demander encore, après l'avoir lue, quel a été le dessein de celui qui l'a fait graver vers le ipr siècle avént notre ère; et, ce rédacteur anonyme lui-même ne faisant que transcrire un auteur plus ancien, nommé Déméas, on voudrait savoir ce qu'était l'œuvre de cet écrivain, nouveau venu pour nous dans les fastes de l'historiographie grecque.

A l'une et à l'autre de ces deux questions nous ne pouvons répondre que par conjecture; mais le champ des hypothèses est restreint. De deux choses l'une : ou bien l'inscription du Ier siècle avait, dans son ensemble, le caractère d'une histoire locale, d'une chronique parienne, où les poésies d'Archiloque figuraient seulement à. titre de documents paroii d'autres témoignages anciens; ou bien Archiloque était l'objet propre et le centre du monument tout entier. La seconde hypothèse a pour elle toutes les vraisemblances: dès les

i. Dans les Inscr. Graec, l'inscription est appelée Monumentum Archilochi.

premières lignes apparaît le nom du poète ', et dans la suite, partout où se dégage du texte un sens intelligible, c'est toujours Archiloque qui est en scène; c'est lui le poète par excellence, 5 tcciyjt^ç; aucun autre nom d'auteur ne figure dans tout le reste du document. Sans doute l'inscription n'est pas complète ; d'autres blocs rectangulaires, également couverts d'inscriptions, se rattachaient, en haut et à droite, au morceau qui nous reste, et il n'est pas matériellement impossible d'en supposer un assez grand nombre de semblables. Mais, qu'on y prenne garde : la rédaction même et le ton de l'inscription ne rappellent pas le style ordinaire d'une chronique : les formules qu'on lit au début (1. 3, ei<y(e)Seiaç y.xl -f,: wepl ttjv r.x{~pioy. tnzotôrjç], 1. 5, [zcX]a[w]v [xa]t ;j.[ejYa[X]o)v àya9[w]v), ressemblent plutôt à un éloge, conviennent mieux à un monument honorifique. Aussi M. Hiller von Gartringen a-t-il raison, selon nous, de reconnaître là les vestiges d'un édifice consacré au poète de Paros, d'un 'Ap^iXôyv.zv. analogue au Biàv-swv de Priène2, et à d'autres monuments du môme genre3.

S'il nous était permis de préciser le caractère primitif du culte attaché à ce monument d' Archiloque, nous supposerions, d'après la découverte de M. Hiller von Gartringen, que l'édifice a dû subir, vers le ier siècle, des travaux d'aménagement ou de reconstruction, et

1. Première colonne, 1. 2, tt,ç 'Apy t>.oy[o-j...] : I. 8, imh 'Apy[i]},ô-//j-j.

2. La mention d'un édifice de ce nom s'est rencontrée récemment sur une inscription honorifique de Priène. Cf. Jahrb. des deulsch. arclt. Inst., 1897, Arch. Anzeiger, p. 183.

3. Aristote cite, en même temps que les honneurs rendus à Archiloque dans l'île de Paros, l'exemple d'Homère à Ghios, de Sappho à Lesbos, d'Anaxagore ;\ Lampsaque, de Pythagore en Italie (Aristot., Rhet., 1,23).

<( MONUMENTOM ARCHILOCHI » 5

recevoir alors une inscription, destinée à conserver le souvenir de la vie, des actes et des œuvres du grand poète parien ; mais que cette restauration n'avait fait que transformer un sanctuaire plus ancien, dont parlait, au ive siècle, l'orateur Alcidamas, dans un morceau cité par Aristote : Ylâpiot. yeûv 'Ap^iXc^cv xaixsp (ÎXàff<pï]iwv iivTa TSTi^xaatv1. Ces honneurs, Alcidamas en indiquait bien la nature, quand, dans le même passage, il disait des habitants de Lampsaque : « Ils ont érigé un tombeau àAnaxagore, et lui rendent aujourd'hui encore des honneurs 2. » C'est au tombeau de ces grands hommes que s'adressait le culte qui leur était voué : élevés dès lors au rang de héros, ils devenaient comme les génies protecteurs de la cité. Est-ce à dire que ces honneurs dataient toujours d'une époque voisine du temps où l'homme avait vécu ? Il s'en faut de beaucoup ; et il n'était pas même nécessaire que cet homme fût mort dans sa patrie ; rien n'est plus ordinaire dans l'antiquité grecque que le transfert, réel ou fictif, des restes d'un personnage illustre. Si donc une tradition, que nous aurons à examiner plus loin, fait mourir Archiloque de la main d'un Xaxien, dans une guerre où peut-être son cadavre n'avait pas été relevé après la bataille, rien ne s'oppose pourtant à l'idée qu'un jour les Pariens aient honoré leur poète national en lui dressant aux portes de leur ville un tombeau ou un cénotaphe. Dans cette hypothèse, la pierre qui vient.de nous être rendue appartenait a quelque dépendance de cet hé roon primitif. La même découverte nous apprend que, quelques siècles plus tard, c'en était fait du sanc-

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