‹ ArchiloqueChapitre 68 sur 258 · Aristot., Rhet., I · texte numérisé non relu

Aristot., Rhet., I

ARCHILOQUE, LYCAMBE ET NÉOBOL'LÉ 75

inouïes de sa fille. Plus tard seulement Lycambe aurait changé d'avis, quitte à devenir alors la risée de tous. Voilà donc Archiloque présenté comme un prétendant d'une correction parfaite : jeune, noble, dévoué au parti des hounêtes gens, et, par dessus tout, poète déjà célèbre! En vérité, ce qui nous surprend alors, c'est qu'un homme aussi respectueux, et, si je puis dire, aussi respectable, se soit transformé tout a coup en un adversaire sans pudeur. Car enfin, si dans toute cette affaire une chose est certaine, c'est la conduite du poète après son échec; c'est le débordement d'injures qu'il déversa sur le père et la sœur de sa fiancée, sur sa fiancée même. Une telle attitude ne s'explique guère dans l'hypothèse de M. Jurenka ; elle répond au contraire à l'idée que nous nous faisons d'Archiloque après ses campagnes de Thasos et de Thrace, c'est-à-dire après une vie d'aventures déjà mêlée de misère et de gloire : le prétendant farouche de Néoboulé nous apparaît comme un homme dont l'orgueil ressent les moindres blessures, comme un aristocrate déchu, qui s'est refait à lui-même une célébrité par ses armes et par ses vers, comme un irrégulier enfin aux prises avec les conventions sociales, avec les préjugés de la naissance et de la fortune. C'est à cet ordre d'idées que doit convenir, pour être vraisemblable, toute interprétation du fragment qui nous occupe. Aussi M. Immisch ' nous paraîtil être plus près de la vérité que M. Jurenka dans l'explication qu'il donne du même passage. Selon lui, les blâmes de Lycambe s'adressent, non pas à Néoboulé, mais aux adversaires du mariage projeté avec Archiloque; c'est à ces hommes, amis de la famille, ou

1. Iniinisch (0.), Zu griec/i. Dichtern, dans le Philoloyus, t. XL1X (1890.. p. 193-203.'

rivaux du poète, que le père oppose, pour défendre son futur gendre, l'incertitude de l'avenir et les vicissitudes des choses humaines : « Archiloque est pauvre, sa réputation est douteuse, son existence vagabonde ; mais qui sait ce qui peut arriver? à quoi ne faut-il pas

s'attendre? » A vrai dire, si cette explication n'est

pas certaine, elle est la seule qui nous semble s'accorder à la fois avec le texte d'Aristote et avec l'idée essentielle que nous nous formons d'Archiloque dans ses rapports avec Lycambe et Xéoboulé.

En résumé, le hardi poète, qu'une humeur batailleuse et les nécessités de la vie avaient longtemps retenu loin de son île natale, semble avoir éprouvé, à Paros même, la plus cruelle souffrance qu'il ait jamais connue. Dans la force de l'âge et du talent, il ressentit un amour ardent et malheureux qui ne fit que tourmenter son cœur et exaspérer son esprit. Les détails de ce roman nous échappent; mais il était nécessaire d'en marquer les traits essentiels, afin de mieux apprécier, dans la suite de notre travail, la valeur de cette poésie violente et passionnée.

C'est vers la même époque sans doute, au temps où le poète, en pleine possession de son art et de son génie, tenta de reconquérir, à Paros, le rang et les honneurs de sa famille, qu'il prit part à des concours locaux et alla porter peut-être au dehors, dans les grandes fêtes de la Grèce, sa gloire de poète parien : un hymne à Déméter i, un autre à Héraclès ~, attestaient, aux yeux des anciens, ces épisodes de sa carrière poétique. D'autres souvenirs percent encore dans les fragments

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