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HISTOIRE DU TEXTE DE CES POÉSIES

En cherchant à reconstituer, dans notre premier chapitre, la biographie d'Archi loque, nous avons dû souvent fonder nos hypothèses sur les trop rares débris que nous possédons de son œuvre. L'insuffisance de cette tradition manuscrite se fait sentir à nous plus vivement encore au moment d'aborder l'étude directe de notre poète, de son art et de son génie. Mais, pour cette raison même, il importe de marquer exactement la nature de cette tradition, et, sans en dissimuler les lacunes, d'en maintenir aussi, contre les tentations d'un scepticisme assez naturel,. la valeur après tout encore inappréciable.

Dans la 4e édition des Poetae hjrici graeci de Bergk (1882), les poésies diverses d'Archiloque s'élèvent à un total de 240 vers environ, auxquels il faut ajouter une

soixantaine de citations isolées, je veux dire de mots, ou gloses, empruntés à notre auteur1. Depuis l'année 1882 trois fragments nouveaux ont pris place dans le recueil de M. 0. Crusius (1901) 2, et, plus récemment encore, un papyrus de Strasbourg nous a fait connaître 24 vers, à peu près entiers, du recueil des épodes3, tandis qu'une inscription de Paros. habilement déchiffrée, rendait à la lumière 5 tétramètres trochaïques du même poète, avec de nombreux morceaux mutilés, écrits dans le même mètre 4. De nouvelles trouvailles peuvent encore, nous l'espérons bien, se produire. Mais les fragments mêmes que nous avons offrent une ample matière à notre étude, pourvu que l'authenticité en paraisse incontestable. C'est sur ce point qu'il faut porter d'abord notre attention : l'histoire du texte des poésies d'Archiloque, retracée depuis l'origine, nous apprendra d'abord comment cette œuvre a vu le jour, comment elle s'est transmise et répandue en Grèce ; puis, comment

1. Avant Bergk, il faut citer, parmi les éditeurs d'Archiloque, Liebel ei Schneidewin. — Liebel. en 1812, réunit pour la première fois, en un volume à part, les fragment? d'Archiloque : Archilochi iamboc/rapltorum principes reliquiae. Vindobonae, 1M2. Une seconde édition du même livre parut en 1^18. revue et augmentée. Le commentaire de Liebel est encore utile à consulter aujourd'hui. — Schneidewin a publié les plus importants fragments d'Archiloque dans son beleclus poesis Graecorum elegiacae, iambicae, melicae, Gôttingen. 1S3S-1839. — Depuis la quatrième édition de Bergk (1882). mentionnons les deux éditions de Fick (Be/.zenberger's Beilrâge zur Kunde der Imloyermanisrhen Sprachen. t. XI 1*86;. p. 242 et suiv.. t. XIII (1888), p. 113 et suiv.. t. XI V (1889), p. 252 et suiv. . et de 0. Hoffmann (Die griech. Diulekte, t. III. Der Ionische Dialekl, 1898, p. 91-119), intéressantes surtout pour la forme du dialecte ionien dans Archiloque.

2. Anthologie, lyricu. éd. Hiller-Grusras, Teubner, 1901. Ce sont les fragments 101, 109 a et 112 a.

3. Reitzenstein, Sitzungsber. Preuss. Akodern., 1899. p. 837 et suiv.

4. Hiller von Gàrtringen. Archilockosinschrift, Mitth. desathen. Inst., t. XXV (1900;. p. 1 et ?uiv. — Inscriptiones Graecae, vol. XII, fasc. V, pars I, Inscr. Cycladum praeler Tenum. Berlin. 1903, n° 44o.

80 II. — LES POÉSIES d'aRCHILOQUE

cette tradition, orale et manuscrite, a servi de base à une édition proprement dite, accompagnée de commentaires savants, au temps d'Aristophane de Byzance et d'Aristarque ; comment enfin l'édition alexandrine a été utilisée par les écrivains postérieurs, avant de disparaître et de se perdre durant la période byzantine.

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