‹ ArchiloqueChapitre 94 sur 258 · Clem. Alex., Strom., I. p · texte numérisé non relu

Clem. Alex., Strom., I. p

4. \Vilamo"witz-Mc>llendorlï (U. von), Die Texfgeschic/de der f/riech. Lyriker, Berlin. Weidmann, 1900, p. 51 et suiv.

100 II. — LES POÉSIES d'aRCHILOQL'E

d'indifférence à l'endroit de poètes dont quelques-uns semblent avoir été les maîtres de la sagesse antique la cause en est sans doute complexe; mais on peut en proposer surtout deux explications : c'est d'abord que la langue de ces poètes élégiaques, assez voisine de l'ionien d'Homère et de l'ancien dialecte attique, n'était pasdevenue inintelligible pour leshommes du 111e et du 11e siècle : ni la forme de ces poésies ni le fond ne réclamait un savant commentaire; on pouvait les lire sans les étudier ; — et puis, c'est que le genre élégiaque n'avait pas, comme le lyrisme pur, cessé de vivre au temps des Alexandrins : comme, au contraire, après une carrière ininterrompue de succès, rélégieetl'épigramme avaient retrouvé, avec Philétas etCallimaque, un regain de jeunesse, il neconvenaitpas à des grammairiens d'opposer aux nouveautés du jour l'œuvre de maîtres anciens: en publiant Simonide ou Pindare,les mêmes grammairiens ne faisaient concurrence à personne.

Archiloque fut-il donc traité comme un élégiaque ou comme un poète lyrique? Sa qualité d'iambographe fut, ce semble, ce qui le sauva. La littérature iambique du vne et du vie siècle constituait un genre proprement ionien, étroitement lié à certaines conditions sociales, et caractérisé en outre par ce fait, que, sans disparaître entièrement de la littérature au v° siècle, il avait perdu dès lors sa vie propre, pour renaître sous une autre forme dans la comédie attique. Il y avait là pour les grammairiens d'Alexandrie une matière toute trouvée : ils ne faillirent pas à celte tâche.

Aucun texte, il est vrai, ne nous parle formellement d'une édition d'Archiloque. Mais, indirectement, plusieurs témoignages en attestent l'existence. Ce qu'on appelle, en effet, le canon des Alexandrins, n'est point

l'édition alexandrine 101

autre chose, d'après M. de Wilamovvitz, que la liste des écrivains qui, dans chaque genre, avaient pu être l'objet d'une édition (ex&xnç ou Siipôwaiç). S'il y a eu dans ce canon neuf poètes lyriques, c'est que l'œuvre de neuf de ces poètes avait survécu ; d'autres avaient pu laisser un nom pins ou moins célèbre, peu importe ; les savants d'Alexandrie ne considérèrent que les poèmes conservés. Il ne s'agit donc pas, à proprement parler, d'un choix, sinon dans ce sens que, selon le témoignage de Quintilien, Aristarque et Aristophane de Byzance exclurent de leurs listes les poètes contemporains l. Mais les autres, les anciens, ne furent pas soumis à une sorte de concours littéraire, ni classés par ordre de mérite et admis comme tels aux honneurs dune publication savante ; ils devinrent l'objet d'un travail critique et grammatical du jour où leurs œuvres purent prendre place dans les bibliothèques d'Alexandrie. Or il y a eu, nous le savons, un canon des iambographes, et ce canon contenait trois noms, ce qui équivaut à dire, dans l'interprétation nouvelle, que trois poètes de ce genre avaient fourni la matière d'une ëxScaiç. Archiloque est expressément nommé parQuintilien comme le seul des iambographes que l'orateur doive utilement connaître et étudier; nul doute que les autres ne soient Simonide d'Amorgos et Hipponax'2.

Quel était donc l'auteur de cette édition? et que pouvons-nous savoir de la forme qu'elle présentait, de sa valeur au point de vue de l'authenticité et de la correction du texte ?

Déjà Lysanias de Cyrène, le maître d'Eratosthène,

1. Quintil., X, 1, 54 : Neminem sui tempo ris in ordinem redegerunt.

2. Quintil., X, 1, 59 : Ex tribus receptis Aristarchi judicio scriptoribus iamborum ad zlyi maxime perlinebit unus Arckilochus.

avait écrit un livre rcepi Ia|i.6oTCOiwv [ : les citations que fait Athénée de cet ouvrage se rapportent à Simonide et à Hipponax aussi bien qu'à Archiloque, et c'est la preuve que le groupe des trois iambographes était constitué dès lors, vers le milieu du ni0 siècle. Mais Lysanias ne passait pas pour un éditeur de textes. Aristophane de Byzance et Aristarque, au contraire, ont à cet égard une réputation bien établie. Rapprochés l'un de l'autre par Quintilien, précisément à propos du prétendu canon alexandrin, c'est à eux qu'on attribue assez naturellement l'édition des vieux poètes iambiques. Est-ce à dire qu'ils aient tous les deux entrepris successivement le même travail? La chose est peu probable, si Ton songe que cette édition n'offrait pas les difficultés d'une diorthose d'Homère par exemple ; et il n'y a pas lieu non plus de croire, avec Usener2, qu'ils aient étéendésaccord sur la composition du canon des iambographes. A notre avis, le premier en date, Aristophane, rencontrant surson chemin, dans la publication des poètes lyriques, la question délicate de la division des strophes en *ûXa, ne manqua pas de remarquer que la même question se posait pour Archiloque, dans les épodes et dans les hymnes : ainsi dut-il être amené à prendre parti sur un point essentiel, la co/ométrie, et c'était déjà pour un éditeur la moitié de sa tâche. Rappelons-nous aussi le jugement qu'inspirait à Aristophane de Byzance la lecture d'Archiloque : « Le plus long de ses iambes, disait-

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