AVANT-PROPOS
L'ouvrage que nous offrons au lecteur n'est pas un Traité d'Architecture^ et il ne faudrait point y chercher une théorie originale et personnelle, pas même un enseignement de cet art qui exige, par de longues années d'étude, une lente et progressive assimilation. Nous n'avons guère ambitionné d'autre résultat que le faire aimer, et nous nous sentons encore inférieur à cette tâche, surtout en un temps où le mouvement général des esprits les porte à rechercher en toute chose Futilité immédiate plus que la beauté dont elle est susceptible.
Un intérêt étroit a envahi bien des domaines qui semblaient devoir lui être interdits, et la préoccupation du gain a, sinon détruit, du moins gravement atteint, dans ses sources profondes, Tamour du beau. De plus en plus reléguée dans les sphères inaccessibles, celte grande idée, si bien faite cependant pour se mêler à la vie de tous les jours et lui donner son charme, est trop souvent incomprise ou méconnue. Antipathique à quelques-uns, superflue pour beaucoup d'autres, la beauté est devenue le synonyme de la richesse, et partant exclue de la majorité des œuvres architecturales.
Rien n'est plus faux cependant, et nous nous sommes efforcé de montrer à Toccasion dans cet ouvrage que
le simple el le beau sont choses compatibles et le plus souvent étroitement liées Tune à l'autre. Les plus sublimes spectacles offerts par la nature sont empreints d'une simplicité qui ajoute à leur imposante grandeur et dont on retrouve également la trace dans ceux de ses effets que distinguent leur petitesse et leur grâce. L'art ne saurait avoir de meilleur guide que les principes qui se dégagent des (vuvres de la nature.
La simplicité n'excluant pas la beauté, il devient facile de concilier celle-ci avec l'utilité qui est le point de départ, mais non le but unicjue, de toute œuvre d'architecture, et nous entendons par ce terme, en y insistant, aussi bien la modeste habitation que la demeure somptueuse ou que les grands édifices publics.
Nous n'avons d'ailleurs pas sacrifié l'utile, convaincu autant que personne, de la nécessité pour l'architecte d'y appliquer ses soins dans toute composition. La plus grande partie de ce volume est consacrée à l'analyse des éléments de construction et de décoration envisagés simultanément dans les applications qu'on en peut faire aux édifices de toute nature. Les quelques considérations relatives à la beauté ne s'y rencontrent guère que comme des digressions, amenées naturellement par le sujet et propres à faire éprouver au lecteur le désir de dépasser la préoccupation des besoins matériels et de poursuivre, tout en s'appliquant à les satisfaire, un idéal plus élevé.
Nous avons ajouté à ces études spéciales à l'architecte quelques indications d'un ordre plus utilitaire encore, ayant trait à l'exécution des travaux et au fonctionnement de la comptabilité d'un chantier.
Enfin, de nombreuses figures, représentant presque toujours des édifices ou parties d'édifices anciens et