‹ Architecture communaleChapitre 11 sur 66 · DE L’UNITÉ · texte numérisé non relu

DE L’UNITÉ

TOTAL

Zo^.00

Total 7509,43

Honoraires de l’architecte, 5 p. 100 375,40

Total général

MAIRIE ET ÉCOLE MIXTE A SAINT-PARDOUX-LES-CARDS (creuse)

(Planches XXIV et XXV)

Il y a quelques années, l’administralion de l’instruction publique lit rédiger un certain nombre de projets de maisons d’école, qui par leur réunion devaient offrir tous les types de construction à élever dans les communes de France. Cette tentative n’eut pas le succès qu’on en attendait ; les projets restèrent à Paris et chaque commune demeura libre d’élever son école suivant son goût, ses besoins et les exigences de sa population. A l’époque de l’Exposition universelle, une commission, nommée par M. le ministre de l’instruction publique, fut chargée d’étudier l’Exposition au point de vue de l’instruction publique ; elle dut à ce titre s’occuper de la construction des écoles, voir ce que nous présentaient à ce sujet les autres nations, et quel parti il était possible de tirer des exemples mis sous nos yeux.

Cette commission rendit compte de ses travaux dans un rapport très-détaillé et qui contient une foule de documents utiles; le tout forme une étude très— intéressante à consulter, mais dont il nous est impossible d’accepter toutes les conclusions, par exemple, lorsque la commission présente des modèles de maisons d’école ou propose que les habitations économiques ouvrières, construites sans V intervention d'un architecte et dont un certain nombre de types figuraient à l’Exposition, soient converties en maisons d’école.

En ce qui concerne la transformation des maisons d’ouvriers en maisons d’école, nous ne croyons pas que cett' proposition puisse supporter la discussion. Le manque de hauteur des étages, l’insuffisance de l’aération, 1 absence d une grande salle, conditions qui ne pourraient être obtenues qu’en modifiant la construction des

HOTELS DE VILLE. — MAIRIES. — MAISONS D’ÉCOLE, planchers, amèneraient de tels changements, que de la maison ouvrière il ne resterait rien qu’une fâcheuse disposition, une regrettable et coûteuse combinaison.

Quant à se priver du concours des hommes de l’art, nous ne voulons pas aborder cette question : nous aimons mieux renvoyer le lecteur à l’excellent rapport présenté en 1864 par M. Charles Robert, conseiller d’État, sur la situation des écoles communales en France. Nous voyons que presque partout les instituteurs se plaignent de la mauvaise construction de leurs écoles, de l’état où elles se trouvent, à peine achevées, et des dépenses auxquelles elles ont donné lieu. Que sera-ce donc quand les travaux seront abandonnés sans contrôle aux mains d’entrepreneurs, parfois incapables et souvent désireux de réaliser le bénéfice le plus élevé possible?

Notre dernière objection porte sur les modèles tout faits proposés par la commission : il faudrait les mettre sous les yeux du lecteur pour les lui faire apprécier. Les modèles ne sont pas accompagnés de devis, parce que, dit la Commission, « il n’en est pas des devis comme des plans; un plan modèle est exécutable « partout, tandis qu’un devis varie suivant les prix de main-d’œuvre, les usages du pays et les matériaux qu’on « a sous la main. » C’est précisément le contraire qui arrive : un devis n’est que le résultat du projet; si le projet ne change pas, le devis change moins encore ; mais le projet, lui, doit changer suivant le climat, les matériaux et les habitudes locales. Pour en revenir aux projets mis en avant, nous demanderons de quelle manière les toits en zinc pourraient être employés dans les communes rurales; comment se construiraient des planchers de 0m,20 de hauteur (en fer, sans doute) dans les localités qui n’ont pas encore de chemins, quels sont les matériaux économiques qui permettraient de construire un mur pignon en lui donnant 0m,20 d’épaisseur; enfin si les ravalements en plâtre, dont sont revêtues les façades, pourraient sagement être employés dans les départements où cette matière est sinon inconnue et de mauvaise qualité, du moins hors de prix? Si on nous objecte que suivant les localités on modifiera les combles, les planchers, les murs et les ravalements, nous chercherons alors ce qui restera des projets présentés.

Ainsi, supposons que le maire de la commune de Saint-Pardoux-les-Cards, voulant faire construire une maison d’école, ait reçu les projets dont il s’agit. Il n’a à sa disposition que du bois et de la terre ; le manque de chemins, ou le mauvais état dans lequel ces chemins se trouvent, ne lui permet pas d’aller chercher les matériaux nécessaires à l’érection du modèle prescrit; il en sera donc réduit à se consumer en efforts impuissants, en dépenses stériles, jusqu’à ce que, mettant de côté les exigences officielles, il trouve enfin un architecte capable de tirer parti des ressources dont il peut disposer.

Ayant en abondance des bois à un prix peu élevé, l’architecte en a profité : tout le gros œuvre, toute l’ossature de la construction est en charpente; les intervalles entre les bois sont remplis en torchis, mélange de terre mouillée et de paille coupée, fort en usage dans la Marche et le Limousin ; la couverture est en tuiles plates qui se fabriquent dans le pays.

Après avoir ainsi réuni ses matériaux, le goût particulier, les aptitudes spéciales de l’artiste lui viennent en aide et lui font donner à cet assemblage des proportions heureuses, un aspect agréable. A force de soins et de travail il fait une œuvre utile, réussie et autrement plus sérieuse et plus économique que celle qui aurait été obtenue si, après bien des sacrifices de temps et d’argent, la commune avait pu réaliser la construction d’un des modèles en plâtre, préconisés par l’administration.

Nous n’avons pu joindre l’évaluation des travaux à cette monographie, parce que la dépense n’a pas été fixée au moyen d’une série de prix ou d’après des bases ordinaires; les bois provenaient des forêts communales, la main-d’œuvre de prestations des habitants; les ouvrages spéciaux n’offraient plus par suite aucune importance.

Page 1