PROGRAMME POUR LA CONSTRUCTION DE NOUVELLES CASERNES DE GENDARMERIE
Le bâtiment doit offrir autant de logements qu’il y a d’hommes dans la brigade. Chacun se composera au moins de deux pièces, d’un cabinet et d’une cuisine; celui du maréchal des logis doit avoir. une pièce de plus pour y établir son bureau; chaque pièce aura 4m,50 environ sur chaque face et sera munie d’un poêle; celui de la cuisine sera en fonte et aura la forme dite potagère,
La hauteur des chambres sera au moins de 2m,60; l’une d’elles sera munie d’un râtelier d’armes placé à demeure et fixé solidement; chaque cuisine aura une pierre à laver, un foyer avec deux réchauds; ces cuisines peuvent avoir des dimensions moindres que celles des autres pièces. Le bureau du maréchal des logis doit avoir des rayons pour y placer les registres et pièces de comptabilité; toutes les fenêtres doivent être garnies de persiennes; les chambres seront tapissées, mode qui est préférable à la peinture.
Il sera affecté à chaque logement un grenier et une cave, fermant à claire-voie et ayant une porte avec serrure.
On établira : un bûcher, divisé en compartiments à claire-voie, fermant à clef.
Un jardin potager, partagé en lots, affecté à la brigade.
Une buanderie munie d’une chaudière, ainsi qu’un four à cuire le pain, fermant à clef.
Une chambre de sûreté, avec lit de camp, une planche et une fenêtre grillée.
L’écurie aura 4m,00 de hauteur, 6m,30 de largeur, et 13m,30 de longueur; elle sera divisée en huit stalles rangées sur une seule ligne, de lm,6G chacune de largeur et longue de 3m,30. La séparation ou clôture de chaque stalle sura lm,80 de hauteur à la tête et lm,20 à la queue; elles seront établies en fortes planches de chêne. Derrière chaque atalle on placera des crochets pour la suspension des bridons d’abreuvoir, musettes, etc.
Les mangeoires seront en bois de chêne, ou en pierre dure ou en fonte; leur arête supérieure doit être à lm,10 de hauteur au-dessus du sol, elles doivent avoir 20 centimètres de profondeur, 30 centimètres de largeur en haut et 24 au fond; elles seront séparées par cheval, et éloignées de 15 centimètres du mur.
Leurs bords doivent être arrondis en haut comme en bas ; une tringle ronde, en fer, sera fixée au sommet de la mangeoire et scellée en bas dans un massif en maçonnerie ; elle sera munie d’une chaîne en fer de Go centimètres, y compris l’anneau destiné à glisser le long de la tringle; elle aura à son extrémité un T destiné à recevoir l’anneau du licol.
Les râteliers seront en bois, ou mieux en fonte, en forme de hottes ou corbeilles; le pied des fuseaux à 0m,50 au-dessus du plan supérieur des mangeoires. Séparés l’un de l’autre de 8 à 10 centimètres à peu près, ils peuvent être mobiles, c’est-à-dire tournant sur eux-mêmes quand le cheval attire le fourrage à lui. A une extrémité de l’écurie se trouvera le coffre à avoine, divisé en deux compartiments dont Fun plus petit que l’autre ; il sera en chêne et se fermera à clef ou au moyen d’un fort cadenas.
L’écurie doit être pavée en pierres dures ou ciment, d’une manière unie et régulière; la pente du sol aura 3 cen. timètres. L’écurie sera plafonnée. Elle sera éclairée par quatre fenêtres au moins, et plus si c'est possible, se mouvant par bascule, de bas en haut, au moyen de cordes et de poulies.
La fosse à fumier sera placée près de l’écurie, le plus au nord possible, loin des logements et de la porte d’entrée. La sellerie placée à portée de l’écurie, mais sans communication avec elle; elle doit être claire, bien aérée, munie de chevalets fixés dans le mur pour y placer les selles, et de crochets ou pitons pour y suspendre les brides ; deux chevalets mobiles destinés à servir au nettoyage des harnachements y seront placés. Le magasin à fourrage devra être établi de manière à contenir au moins six cents bottes de foin et autant de paille ; il doit être suffisamment éclairé. Le magasin à avoine doit être plafonné, le sol carrelé, les ouvertures garnies d'un treillage en fil de laiton dont les mailles ne permettront pas aux oiseaux de passer.
La pompe aura une auge en pierre aux angles arrondis pour servir d’abreuvoir. La cour sera assez spacieuse pour que les hommes et les chevaux puissent y évoluer facilement, et y être exercés; des anneaux en fer seront fixés dans un mur pour y attacher les chevaux, lorsque le pansage pourra se faire en plein air. Des latrines divisées en trois compartiments, dont Fun fermant à clef, destiné au maréchal des logis, seront établies dans le lieu qui paraîtra le plus convenable.
La façade extérieure du bâtiment doit porter eu gros caractères les mots : Gendarmerie nationale. Un drapeau sera fixé à l’endroit le plus apparent du bâtiment du côté de la rue.
g 2. NOTICES DESCRIPTIVES
CASERNE DE GENDARMERIE A PIED A STAUFFEN (Allemagne)
(Planches LXXXIII, LXXXIY et LXXXV)
Les briques sont des tablettes en terre séchée, puis cuites; elles étaient communes dès la plus haute antiquité, et, dans les pays où ils ne trouvaient pas de pierre, les Romains les employaient comme parements en l( j alternant avec de petits moellons ; au moyen âge la brique fut employée seule et non plus concurremment avec d autres matériaux; à la Renaissance, au contraire, l’emploi combiné de la pierre et de la brique obtint une immense faveur qui s’est conservée de nos jours.
Lesservicesquepeutrendre la brique dans nos constructions sont très-variés et très-importants; soitseule, soit
CASERNES
isolée, elle offre une ressource précieuse dont un constructeur intelligent sait tirer parti. Dans les contrées où la pierre manque, circonstance qui se présente souvent, dans le Nord par exemple, les constructions en briques ont pris un très grand développement : elles se prêtent facilement, grâce à leur petite dimension, à leur forme régulière, à une foule de combinaisons originales et ingénieuses.
La maçonnerie de briques ne diffère en rien de la maçonnerie ordinaire de pierres; toutefois il faut avoir soin de donner aux lits en mortier formant joints une épaisseur assez considérable, parce que la brique, étant très-sèche et très— poreuse, absorbe rapidement, au moment de la pose, toute l’humidité du mortier qui, par suite, ne fait plus corps et s’en va promptement en poussière.
Les dimensions des briques diffèrent beaucoup suivant les pays et les moyens de fabrication, leur couleur est aussi très-variée, on en voit de rouges, de jaunes, de brunes ; c’est la combinaison de ces tons qui donne lieu à ces arrangements bizarres qu’on aperçoit sur les parements des murs, indiqués au moyen de losanges et de dessins en compartiments de toute couleur.
Grâce aux effets, aux contrastes qui s’obtiennent facilement avec la brique, son emploi est très-répandu, et il est nécessaire à un architecte de connaître tout le parti qu’il peut en tirer.
La gendarmerie de Stauffen est un intéressant exemple des constructions de cette espèce. Elle est élevée au moyen de deux espèces de briques, l’une de qualité inférieure, qui doit être recouverte d’enduit pour pouvoir résister aux influences atmosphériques, l’autre au contraire qui peut rester apparente. Les angles, les rampants des pignons, l’avant-corps de la façade principale, les encadrements des ouvertures et les bandeaux sont construits en briques de cette dernière espèce, les remplissages, au contraire, sont recouverts d’enduit.
La pierre de taille n’est employée qu’en quelques rares endroits, où elle contribue à éviter la monotonie et égaye un peu l’aspect général: elle sert de retombée aux lignes diagonales en briques qui n’auraient pu recevoir des coupes aussi aiguës que celles nécessaires. Toute la décoration est uniquement formée par l’appareil des briques, qui toujours satisfait les raisons de la construction.
La corniche de couronnement, combinée d’une façon fort ingénieuse, surmonte les murs et supporte le chéneau soutenu extérieurement, en même temps qu’elle présente uu très-intelligent motif de décoration ; le détail que nous donnons fait comprendre la disposition particulière des briques, placées à angle droit et supportées par un encorbellement dont la première assise est en pierre.
Le premier bandeau est formé de deux rangs de briques en saillie supportés par deux autres rangs placés en retraite. Le second bandeau comprend également deux assises de briques, mais supportées par deux autres briques formant corbeau et coupant régulièrement les joints supérieurs.
Le dernier bandeau est semblable au précédent, seulement les briques inférieures présentent alternativement l’angle qui pénètre celui de la brique placée au-dessus.
La disposition adoptée pour les fenêtres de l’avant-corps est conçue suivant le même principe que celui adopté pour la corniche. Les rampants des pignons sont établis par gradins successifs recouverts d’une dalle en pierre; à la base, c’est-à-dire au niveau de la corniche, se trouvent deux assises de pierre en corbellement qui empêchent le glissement que pourrait produire la pente du toit et servent d’arrêt au chéneau. Enfin le motif central de la façade, portée en saillie sur le mur de face, produit un effet original qui donne une silhouette particulière à tout l’ensemble.
La garnison que reçoit la caserne de Stauffen rappelle complètement, par son organisation et son but, notre gendarmerie française. Nous lui avons donc conservé le nom qui, chez nous, répondait à ses fonctions; mais nous avons fait subir à l’installation intérieure quelques modifications qui, sans altérer son caractère, la mettaient à même de répondre plus complètement aux exigences de nos habitudes et de nos règlements.
CASERNE DE GENDARMERIE A CHEVAL A HAGUENAU ( bas-rhin)
(Planches LXXXVI, LXXXYII et LXXXVIII)
En rapprochant à la fois l’introduction qui précède et les planches de la gendarmerie de Haguenau, le lecteur reconnaîtra bien vite que celles-ci sont l’expression complète et la satisfaction entière du programme imposé. Toutes les conditions exigées sont scrupuleusement remplies, et, comme installation intérieure, cette caserne a été, de la part de l’administration de la guerre, l’objet d’éloges mérités.
L’examen des planches fera comprendre la distribution des logements composés chacun des pièces réglementaires. Nous remarquerons de nouveau le mode chauffage que nous avons déjà eu l’occasion de voir à propos de l’hôtel de ville de Mantzeim ; les cheminées sont remplacées par des fourneaux, immenses poêles en faïence atteignant presque la hauteur des planchers et pouvant, par suite de l’emplacement qu’ils occupent, chauffer chacun trois pièces. Une installation imposée à l’architecte, mais qu’il faut regretter, est celle des privés qui, reportés dans une cour, se trouvent trop éloignés des habitants. Les moyens dont le constructeur dispose aujourd’hui permettent de placer dans l’intérieur de nos logis, même quand il s’agit de casernes, des privés propres et aérés.
Le granit rouge des Vosges est l’unique pierre employée. Cette pierre, d’une taille facile, se débite en morceaux de toutes dimensions et est d’un usage constant dans les départements de l’Est ; par malheur sa mise en œuvre n’a pas toujours lieu d’une façon logique et rationnelle. C’est ainsi qu’on voit fréquemment des plates-bandes cintrées pour simuler un arc, et des pieds-droits avec des joints indiquant les hauteurs d’assises imaginaires, erreurs que ne présente pas la gendarmerie de Haguenau, et on peut sur les dessins de nos planches suivre l’appareil sensé et raisonnable de toutes les parties construites en pierre.
ÉVALUATION DES DÉPENSES Bâtiment principal.
QUANTITÉ
PRIX
DÉPENSES
Déblais et remblais
Béton pour fondations
Maçonnerie de moellons et mortier hydraulique pour
fondations
Maçonnerie de moellons et mortier hydraulique en
élévation
Maçonnerie de briques pour voûtes
Maçonnerie de briques pour cloisons
Maçonnerie de moellons piqués
25mti,00
Maçonnerie de pi erres détaillé, y compris taille et pose
Couverture en ardoises
322mc,00
Charpente en chêne
lm(i,00
Charpente en sapin
50mti,00
Dallages en pierres de taille
Planchers sur lambourdes ....
Planchers ordinaires
Menuiserie
Serrurerie
Peinture, vitrerie, etc .
Fumisterie et divers. .
A reporter.
CASERNES
Écuries.
Report. . . 37614,92
Déblais et remblais
64mc,00
Béton pour fondations
Maçonnerie en moellons et mortier hydraulique pour
fondations
42mc,18
Maçonnerie en élévation
Maçonnerie de moellons piqués
Maçonnerie de pierres de taille compris taille et pose.
2mc,59
Couverture en ardoises
Charpente en sapin
Menuiserie
Serrurerie
Peinture, vitrerie, divers
Cabinets d’aisances
Clôtures
Séparations des jardins, porte cochère ....
Pompe
Pavage, rigoles, nivellement
Honoraires de l’architecte, :
ii 5 p. 100.
Total de la dépense 35202,50
CASERNE DE DOUANIERS, LAC DE CONSTANCE (baviére)
(Planches LXXXIX, XL et XL1)
L’union douanière du Zollwerein comprend sous le même régime l’administration des douanes de tous les États allemands; elle forme donc un immense réseau dont les divisions intérieures sont libres, mais dont les extrémités exigent au contraire une surveillance constante et régulière afin de les protéger contre les pays voisins (1).
Les douaniers ne peuvent pas seulement être placés dans les villes, leur protection serait trop incomplète ; il a été nécessaire de disposer de distance en distance des postes de douaniers reliés entre eux et formant ainsi une ligne continue. C’est un de ces postes que représentent nos planches; il abrite une petite garnison défendant contre les contrebandiers suisses la côte de Bavière, près Lindau.
Le programme d’un édifice de cette nature n’est pas très-compliqué, mais il exige une étude toute particulière afin de trouver les dispositions les plus économiques et en même temps les plus commodes pour rendre l’habitation d’une caserne agréable à des gens dontla vie se passe dans un isolement un peu en dehors des conditions habituelles.
La caserne de Lindau est placée dans un repli de terrain qui l’abrite des vents du nord ; elle fait face au lac et regarde latéralement deux routes qui se croisent et passent la frontière.
Au rez-de-chaussée, sont d’abord le hangar qui abrite le canot de la douane, la remise et la salle de visite des voyageurs et des voitures, puis le poste des hommes, le bureau du sous-officier, le dépôt des marchandises
(I) Voir Noies de voyage d'un architecte dans le nord-ouest de l’Europe, par M. Félix Narjoux. — 1 vol. in-8" ; Paris, Ve A. Morel et C‘e.
saisies et celui de la literie remise à chaque douanier lorsque son tour est venu de passer la nuit dans une hutte sur la plage. Les étages sont divisés en trois logements chacun.
Sur les façades, l’attention se trouve appelée par une curieuse applicationde briques qui ne forment pas un placage comme on pourrait le penser au premier abord, mais bien une véritable maçonnerie, un travail fait avec le gros œuvre et monté en même temps que lui. Ces briques ont environ 0,12 x 0,12 de côté, leur queue dans le mur est plus ou moins profonde et suffisante pour parfaitement se lier avec les moellons. Les joints qui les séparent sont très-serrés, mais c’est là, croyons-nous, une erreur ; les joints épais seraient évidemment préférables. Cette combinaison forme un parement très-net, solide, bien supérieur à un enduit et plus économique que le moellon piqué ou la pierre de taille. Il rappelle du reste, jusqu’à un certain point, les anciens parements des constructions romaines.
Le système de chauffage est le mêmeque celui de la caserne de Haguenau,et, pour finir ce rapide examen, nous ferons remarquer qu’outre la menuiserie ordinaire des fenêtres, ces ouvertures sont encore défendues par des châssis vitrés, mobiles, placés sur l’arête du tableau.