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TITRE VI

LAVOIRS

g i. RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Le lavoir le plus simple est une pierre placée au bord d’une nappe d’eau. Cette construction un peu primitive est encore et sera toujours sans doute très en faveur à cause de sa simplicité même. Ces pierres isolées ont été rapprochées les unes des autres, puis les eaux conservées dans un bassin. Cet ensemble forme le lavoir tel qu’on le retrouve dans la plupart de nos communes rurales. Mais les laveuses étaient exposées à la pluie, au soleil, au froid ; il a donc fallu abriter l’emplacement qui leur était destiné. Mais les eaux gelaient en hiver, tarissaient en été ; alors on a recouvert le bassin et amené les eaux par des conduites souterraines. Enfin la construction des lavoirs répondant à un besoin, à une nécessité première, l’industrie est bien vite venue les perfectionner et les améliorer avec le secours de l’étude et de l’expérience. C’est ainsi que nous avons vu s’élever dans tous nos grands centres manufacturiers, dans toutes les villes de quelque importance, des lavoirs, il y a peu de temps encore inconnus, où se trouvent réunis tous les moyens dont l’emploi peut être avantageux et profitable sous le rapport de l’économie de temps et d’argent et de la facilité du travail.

Dans les lavoirs de cette nature, le linge apporté sale se trouve lessivé, rincé, blanchi, séché, cylindré ou repassé et livré peu après à la consommation ; ces différentes opérations se font dans un espace souvent assez restreint. La classe ouvrière surtout a trouvé de grands avantages à l’emploi de ces améliorations ; mais si elles sont d’un usage facile, économique pour une nombreuse population, elles deviendraient impraticables dans une petite commune, à cause des dépenses de première installation et d’entretien qu’elles occasionneraient et de l’usage relativement rare qui en serait fait.

Il fallait donc, pour donner pleine satisfaction à cette importante branche de l’économie et de la santé publique, conserver où ils existaient et créer là où ils étaient nécessaires des lavoirs plus simples, moins coûteux, n’exigeant ni surveillance ni entretien onéreux, ouverts à tous, et qui, s’ils ne donnaient pas des résultats aussi favorables que les précédents, répondaient toutefois pleinement à ce qu’on était en droit d’attendre et d’exiger.

Les lavoirs à eau chaude sont en général construits par l’iniative de l’industrie privée. Le nombre de places de cuves à laver, à rincer ou à essorer est donc limité seulement par le plus ou moins d’importance que le propriétaire veut donner à son établissement, dont l’entrée est assujettie à une rétribution. La place nécessaire à chaque ouvrière lavant debout est, en général, de lm.00. A ses côtés se placent le petit établi qui supporte le linge, les outils et le cuvier alimenté d’eau chaude et d’eau froide et pourvu d’un robinet de vidange. Puis, comme le travail se fait souvent le soir, un appareil d’éclairage est nécessaire. Une machine à vapeur distribue l’eau dans toutes les parties du bâtiment. Le linge se sèche dans des séchoirs à air libre ou à air chaud, et parfois un établissement de bains est annexé au lavoir. Les eaux sales sont entraînées dans les égouts, et, sous

le rapport de la propreté, de la facile et prompte exécution du travail, la construction de ces lavoirs est un véritable bienfait pour la classe ouvrière.

Les lavoirs à eau froide et courante ont des dispositions très-variées; tantôt ce sont des constructions d’une extrême simplicité, ou bien au contraire des établissements d’une certaine importance, parfois aussi des bateaux flottant sur un cours d’eau. Ils appartiennent, en général, aux communes, et se trouvent alors, régis par des règlements administratifs que nous allons reproduire.

1° Ils doivent être assez vastes pour pouvoir être occupés par un nombre de laveuses égal à 6°/0 du chiffre des habitants.

2° Le volume d’eau nécessaire doit être au moins de 5 litres par minute et par habitant.

3° La laveuse, lavant à genoux ou debout, doit occuper un espace de 0m,90 ou lm,00.

4° Le bassin d’un lavoir occupant deux rangs de laveuses parallèlement doit avoir 2m,00 de largeur au moins.

5° Enfin la profondeur de l’eau ne doit pas être moindre de 0m,50.

Le plus souvent les lavoirs ruraux sont très-peu compliqués; l'eau entre par une extrémité et sort par l’autre au-dessus d’un petit empellement destiné à retenir et à élever l’eau du bassin ; le courant s’effectue dans le sens de la longueur. L’eau sale produite par une laveuse passe donc devant chacune de celles placées audessous, et l’eau propre n’existe en réalité que près du robinet de conduite. 11 en résulte ainsi que l’eau de savon, ayant une densité plus forte que l’eau pure, descend au fond du bassin et ne s’écoule jamais par le déversoir de l’extrémité ; la surface seule se renouvelle. De temps à autre, il est vrai, on lève l’empellement et on opère la vidange du bassin, dont on nettoie le fond. Mais cette opération exige un certain temps, d’abord pour le nottoyage, ensuite pour remplir de nouveau le réservoir ; aussi se fait-elle rarement et l’eau de lavage n’est-elle pas souvent suffisamment claire.

Différents moyens ont été essayés jusqu’à ce jour pour remédier à cet état de choses. Un des plus ingénieux a été employé par M. Demoget, ingénieur civil, dans la construction du lavoir de Neuville-sur-Orne, que nous publions et que nous décrivons à cette occasion.

L’exposé succinct que nous venons de faire ici suffit pour expliquer ce qu’est un lavoir et les conditions générales à adopter pour leur construction. Nous examinerons plus en détail ce qui se rapporte à chacun d’eux, au fur et à mesure que nous les présenterons au lecteur.

LAVOIR A NEUVILLE-SUR-ORNE (meuse)

(Planches XCII, XCIII et XCIY)

Le lavoir de Neuville-sur-Orne est couvert et à eau courante, mais son installation est telle et le système employé est si heureusement combiné, que les inconvénients dont nous avons déjà parlé ont tous adroitement été évités.

Le bâtiment qui renferme le lavoir se compose d’une grande salle au milieu de laquelle se trouve le bassin de rinçage; à l’entrée, deux essoreuses pour sécher le linge ; au fond, une cheminée et deux cuves pour la lessive.

LAVOIRS

A droite et à gauche, deux constructions en ailes contiennent chacune un bassin de lavage pouvant occuper ensemble 60 laveuses environ.

Les façades sont percées de nombreuses ouvertures, placées aune grande hauteur du sol et dont la décoration est d’une sobriété bien àsaplace.

La charpente des combles est apparente ; elle donne ainsi à l’intérieur une hauteur fort utile et très-profitable à la salubrité.

Le moyen employé par l’architecte pour avoir des eaux de lavage toujours claires et propres, est fort ingénieux en même temps que d’une application facile et peu coûteuse, comme on peut en juger par l’examen du décompte des dépenses.

Voici comment a été installé ce système :

Les eaux prises à 1700”, 00 du village sur le versant d’une colline qui a été drainée, ont été recueillies en deux points placés à 14m,03 au-dessus du sol du lavoir. La conduite a été établie en tuyaux de terre cuite d’Ollwiller (Haut-Rhin) ; ils sont vernissés à l’intérieur et s’assemblent au moyen de manchons également en terre cuite. Bien que cette conduite, établie en 1856, résiste à une forte charge, aucun accident sérieux n’a encore été signalé. Elle traverse le canal, un chemin de fer, deux routes et une rivière dans de petits aqueducs en maçonnerie ; partout ailleurs elle est posée à 0m,90 sous le sol.

Arrivée près du lavoir, l’eau monte dans une colonne verticale élevée contre la cheminée et qui porte à son sommet une boîte en fonte divisée en trois compartiments par des cloisons. La répartition de l’eau dans chaque compartiment se fait naturellement au moyen d’échancrures rectangulaires, calculées suivant les débits, en sorte qu’il n’y a pas de robinets et que la division de l’eau se fait seule malgré scs variations. L’eau est reprise dans une colonne de tuyaux en fonte qui l’amène à un bassin de rinçage circulaire placé au milieu du lavoir. Elle s’élance en gerbe et retombe dans ce bassin, autour duquel les femmes rincent debout le linge qu’elles viennent de laver à genoux dans les réservoirs.

Ce bassin a au fond un clapet de vidange. Autour de la vasque centrale, quatre tuyaux de fonte prennent l’eau à la surface et l’amènent sous les tables en pierre des bassins à laver, au moyen de tuyaux en fonte percés de trous également espacés. L’eau propre vient donc sortir sous chaque laveuse en un filet clair qui se renouvelle continuellement. L’axe des bassins à laver porte des tuyaux verticaux percés de trous par lesquels l’eau s’écoule dans des aqueducs de vidange. Il en résulte que l’eau sale est toujours poussée en avant vers le centre; à l’extrémité de chaque bassin se trouve un clapet se manœuvrant par une vis qui sert à en vider le fond et même à écouler l’eau trop sale au fond, en le soulevant légèrement.

Ainsi, on le voit, l’eau n’arrive plus que quand elle est nécessaire, la boîte de distribution ne la transmet que par quantités régulières, le lavage s’opère toujours dans l’eau propre, les eaux sales sont rapidement entraînées, et la vidange des bassins se fait sans difficultés.

La construction a été très-soignée et a donné lieu à une dépense totale de 14,103 fr. 70 c., ce qui fait revenir le mètre carré de surface couverte à environ 55 fr. 66 c., chiffre bien modeste, sans contredit, quand on le compare au résultat obtenu.

11 va sans dire que le travail de la conduite des eaux n’est pas compris dans cette évaluation, dont nous donnons un tableau détailllé à la page ci-après.

ÉVALUATION DES TRAVAUX

Art. 1er. — Bâtiment du lavoir.

QUANTITÉ

PRIX

DÉPENSES

Fouilles

Béton

Maçonnerie de moellons en fondation

Maçonnerie de pierre de taille de Savonnières .

Cheminée, son tuyau, consoles, bancs en pierre.

Charpente en sapin

Couverture en ardoises

Ferblanterie, zinguerie et plomberie

Menuiserie, ferrements des portes et croisées .

Ferrements de la charpente, tirants, boulons et vis.

Peinture l’huile

Vitrerie » »

Montant du lavoir .

Art. 2. — Bassin, pavage et aqueducs.

Béton

Quatre aqueducs du bassin de rinçage au bassin

de lavage

Murs des bassins, pierres et briques

Table en pierre, pour le lavage, y compris taille.

Bassin de rinçage

Cordes en cuivre, tuyaux de fonte

Aqueducs divers de vidange

Colonne du château d’eau de distribution, boite de

division, porte de service

Deux clapets de fond à vis

Montant total des bassins.

Honoraires de l’architecte, h 5 p. 100 705,18

Total 14809,50

LAVOIR COUVERT A DARNETAL (seine-inferieure)

(Planche XCV)

Dans la plupart des lavoirs ruraux, les laveuses, pour se livrer à leur travail, s’agenouillent sur les bords du bassin. Cette position est pénible pour elles et il est bien préférable qu’elles puissent, en restant debout, conserver la liberté de leurs mouvements ; mais pour que ce résultat soit possible, il faut que le sol des abords soit baissé de 0m,80 environ, ou que le bassin soit élevé de cette même hauteur, disposition qui oblige à exhausser d’une façon considérable le niveau de la nappe d’eau. Ces deux entreprises sont toutes deux coûteuses, et par suite souvent impraticables.

Le lavoir de Darnetal indique une disposition locale qui remédie à cet inconvénient d’une façon simple et peu compliquée. A la place destinée à chaque laveuse se trouve creusé un trou dont les terres sont maintenues

LAVOIRS

au moyen d’une caisse circulaire en bois : ce trou est assez large et assez profond pour que la laveuse puisse s’y mouvoir facilement et atteindre le niveau de l’eau dans le bassin.

Cette combinaison remédie à l’inconvénient que nous avons signalé, mais elle ne peut être avantageusement employée que dans les lavoirs couverts ; dans ceux laissés à l’air libre, l’eau de pluie remplirait trop souvent la caisse d’où il serait difficile de l’enlever et où par suite elle entretiendrait une humidité nuisible.

Les autres dispositions du lavoir de Darnetal se voient suffisamment dans les planches, sans qu’il soit nécessaire d’y revenir ici. L’eau du bassin a peu de profondeur, mais son courant très-rapide entraîne les eaux de savon, laissant claires et limpides celles du lavage. La construction est économiquement conçue et cependant tous les services nécessaires sont convenablement installés ; mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un lavoir de campagne, ne devant répondre à aucune des exigences imposées à celui de la monographie qui précède.

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