TITRE XI
FONTAINES
Nous trouvons encore aujourd’hui, dans un certain nombre de villes d’origine ancienne, les traces des aqueducs qui, sous l’occupation romaine, allaient cliercherparfois très-loin les eaux nécessaires à la consommation publique ; ces constructions considérables montrent quels soins apportaient les Romains à résoudre une question dont ils comprenaient bien toute l’importance et dont l'heureuse solution intéressait non-seulement la prospérité, mais l’existence même de leurs cités.
Au moyen âge les fontaines étaient en grand nombre, répandues dans les villes et dans les villages, et même en rase campagne, partout enfin où elles se trouvaient nécessaires.
Quelques villes de France, des bords du Rhin, de Suisse et d’Allemagne ont conservé leurs fontaines de cette époque ; mais ces constructions sont malheureusement presque toujours trop dénaturées pour permettre de reconnaître au premier abord, d’une façon précise, ce qu’elles étaient autrefois.
De nos jours, la nécessité de donner aux villes une distribution d’eau potable et abondante a été comprise, et partout, avec un développement toujours croissant, s’étudient et s’exécutent les projets conçus dans ce but ; les eaux sont détournées des sources les plus proches, conduites et distribuées dans l’intérieur des villes au moyen de bornes-fontaines monumentales de toutes formes et de toutes dimensions.
Les fontaines ne sont pas seulement des monuments utiles, destinés à mettre l’eau à la portée et à la disposition de chacun, ce sont en même temps des monuments décoratifs devant plaire au public; si l’eau qu’elles distribuent est leur première condition à satisfaire, leur première raison d’être, la seconde est de concourir par leur forme et leur aspect à la décoration de l’ensemble du milieu qui les entoure.
A ce double point de vue, nos fontaines modernes affectent les formes et les dispositions les plus variées ; ce sont tantôt des monuments décoratifs représentant des personnages allégoriques, tantôt des monuments commémoratifs avec les statues des personnages célèbres, tantôt enfin des amas de matériaux : pierre, fonte, bronze, dont les coûteuses combinaisons n’offrent aucun intérêt.
Nos planches représentent six fontaines de diverses formes, d’importance différente, et qui, chacune de son côté, indiquent chacune la solution d’un programme différent au point de vue de l’utilité pratique et de l’aspect décoratif.
FONTAINES
FONTAINE A BERNE (suisse)
(Planche CXXXIY)
Berne, bien que capitale de la Suisse fédérale, n’est qu’une modeste petite ville, qui, cachée dans ses montagnes, a pu conserver son originalité propre et les monuments que lui ont légués les siècles passés. — La Renaissance y a élevé les nombreuses fontaines qui occupent toute la longueur de la Kamgrass ; ces fontaines sont curieuses, presque toutes bien conservées, sans détérioration sensible.
La fontaine de l’Indépendance, dessinée sur notre planche, se compose d’une grande vasque dont les bords renflés sont très-saillants; la base, au contraire, se trouve en retraite, disposition facilitant l’accès des robinets placés sur les faces d’une colonne centrale qui s’élève au milieu de la vasque ; par ces robinets toujours ouverts coule une eau claire et abondante ; la colonne est surmontée d’un chapiteau très-orné, servant de base à la statue d’un chevalier porteur de l’étendard national et accompagné de l’ours, allégorie indispensable à tout monument bernois. L’édifice est en pierre du Jura, polie par le temps, et son état de conservation est encore aujourd’hui parfait.
FONTAINE PRÈS FRÉJUS (var)
(Planche CXXXY)
C’est par sa simplicité seule que cette fontaine offre quelque intérêt.
Elle se compose d’une cuve dans laquelle tombent les eaux qui s’écoulent du robinet assez élevé pour laisser la place nécessaire au récipient. Ce robinet est placé au centre d’une dalle découpée et scellée à un grand mur où se trouve logée la conduite qui vient de la source. Ajoutons que la pierre employée est un calcaire très-dur se rapprochant de celui du Jura ; que les nus des parements sont mats et que les profils sont polis.
FONTAINE A CHAULGNES (mièvre)
(Planche GXXXVI)
La fontaine de Chaulgnes s’élève près de l’église paroissiale; c’est ce voisinage qui explique l’emploi de formes que l’habitude a plus particulièrement consacrées aux édifices religieux.
Elle est construite en pierre de Narcy, dont les tons sont variés ; la pile centrale et le fût des colonnes sont en pierre bleue, les vasques, les chapiteaux et les bases des colonnes en pierre blanche, les robinets en bronze; un large trottoir entoure le socle afin de laisser le plus possible les abords secs et faciles.
FONTAINE A CARCASSONNE (aude)
(Planche CXXXVII)
La fontaine de Carcassonne n’est qu’une borne-fontaine placée dans la vieille cité. Adossée au mur d’enceinte, elle se trouve près de la porte Narbonnaise, dans une sorte de carrefour.
La pierre employée est de la pierre dure du pays, les moulures sont des plus simples, et au lieu d’une décoration futile et hors de propos, l’architecte a préféré chercher une forme agréable et d’heureuses proportions.
FONTAINE-ABREUVOIR A SATINGES (niévre)
(Planche CXXXVIII)
Il y a des siècles que les habitants de Satinges se servent de leur fontaine, les services qu’elle leur a rendus s’expliquent par la manière complète et facile dont elle répond à leurs besoins.
Élevée au moyen âge sur le bord d’un chemin autrefois très-fréquenté, cette fontaine est adossée au revers d’une montagne d’où découlent les eaux. A leur arrivée, elles se distribuent par deux orifices et tombent dans une vasque dont le trop-plein se décharge à l’extrémité d’une grande auge servant d’abreuvoir au bétail.
On parvient à la fontaine au moyen de quatre marches qui rachètent la différence de niveau entre le chemin et le sol supérieur; une voûte en berceau forme un abri au-dessus de la vasque ; cette voûte est recouverte en dalles de pierres de taille ; sur le sommet du pignon on voit une petite statue, au fond un écusson avec les armes du donateur sans doute, tout autour un large trottoir qui assainit les abords.
FONTAINE-ABREUVOIR A CHALON-SUR-SAONE ( saone-et-loire)
(Planches CXXXIX et CXL)
Boichot, à la fois sculpteur et architecte, vivait au siècle dernier. Il a laissé plusieurs œuvres d’art d’un certain mérite : une des plus remarquables est la fontaine de Neptune élevée sur une des places publiques de Chàlon-sur-Saône, sa ville naiale.
FONTAINES
Ce monument se compose d’une vasque au milieu de laquelle est placé le fût qui contient les tuyaux d’arrivée et de distribution des eaux. A chaque angle sont des dauphins et, au-dessus du fût servant de socle, un Neptune avec ses attributs.
Cette fontaine sert également d’abreuvoir, et ce double but se trouve intelligemment atteint par la disposition particulière donnée à la forme de la vasque qui, vaste et large sur quatre faces, laisse ainsi une grande place libre nécessaire aux animaux, pendant qu’au contraire un renfoncement , ménagé au droit de chaque angle, permet au public de s’approcher des robinets qui y sont disposés.
Les sculptures sont très-finement exécutées et parfaitement comprises comme motifs décoratifs, chacune suivant la place differente qu’elle doit occuper. Les guirlandes inférieures, le profil de la vasque, exposés aux atteintes des passants, sont fermes et robustes ; au contraire, les consoles qui supportent les dauphins, la statue et les attributs qui l’accompagnent, sont fins et délicats. On pourrait presque reprocher à la statue de paraître maigre à force d’élégance.
La pierre employée pour ce travail provient des carrières de Puligny, aujourd’hui peu exploitées. C’est un calcaire rougeâtre susceptible de recevoir le poli.
Ajoutons, en terminant, qu’il est regrettable que l’administration municipale de Châlon-sur-Saône n’assure pas la conservation de ce petit édifice, au moyens de quelques travaux urgents et peu coûteux.