‹ Architecture, décoration et ameublement pendant le dix-huitième siècle, Régence - Louis XV. Symétrie et asymétrie proportions légères et courbes capricieusesChapitre 15 sur 49 · GILLE-MARIE OPPENORT · texte numérisé non relu

GILLE-MARIE OPPENORT

Architecte et décorateur. « Directeur général des bâtiments et jardins de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, régent du Royaume. » D'une extraordinaire fécondité, il a créé d'innombrables modèles, et fut un des principaux stylistes de la Régence. On lui doit de nombreuses publications où tous les professionnels de son temps, et même du notre, ont puisé : le livre des fragments d'architecture recueillis et dessinés à Rome d'après les plus beaux monuments ; des suites de dessins pour pendules, frises, pilastres, cartouches, grilles d'àtre, gaines, profils de moulures, fontaines, consoles, agrafes, cartels, portes, porches, autels, chandeliers, lutrins, tombeaux, cheminées et lambris, obélisques, documents d'architecture générale, religieuse et civile, etc.

En tête du troisième volume de son œuvre, gravé par Huquier, se trouve un avertissement élogieux qu'on ne lira pas sans intérêt :

« On ne peut refuser à Monsieur Oppenort la justice que lui rend l'auteur des Observations sur les arts, imprimées à Leyde, chez Elias Lusac junior, 1748, page loi, lorsqu'il l'appelle le Lebrun de l'architecture; il donne une véritable idée des ouvrages de ce grand homme en disant qu'il les a composés dans un goût tenant de l'antique, mais plus riche. Lorsque cet auteur désirait de voir mettre au jour un ouvrage qui lui paraissait enseveli dans l'intérieur des cabinets, l'éditeur, qui possède environ deux mille de

ses plus beaux dessins, était occupé à graver la collection qu'il donne à présenl au public. Il a tout lieu d'espérer qu'il le recevra favorablement, ce qui l'engagera d'en donner une seconde partie qui, ensemble, avec les cent soixante-huit morceaux de ses plus belles études d'Italie et soixante-dix-huit autres de sa composition qu'il a déjà donnés, seront à jamais une source inépuisable pour ceux qui veulent se distinguer dans la grande décoration de l'architecture.

« L'abondante variété dont cet ouvrage est composé fait connaître un homme profond dans son art, et. qui a mis à profit, dans le plus haut degré de perfection, l'élude qu'il a faite pendant environ dix années en Italie, d'après les plus beaux monuments anciens et modernes. Aussi ce rare génie fut-il choisi, à son retour, par Mgr le duc d'Orléans, régent du royaume, pour être le directeur de ses bâtiments.

« Rien n'en fait plus l'éloge que le choix qu'en fit ce grand Prince, connu dans toute l'Europe par la protection distinguée qu'il donnait aux arts, dont il connaissait parfaitement le mérite et auxquels il n'avait pas dédaigné de s'appliquer lui-même avec succès. On sait qu'il était toujours saisi de la beauté des abondantes productions de notre auteur, dont la manière aisée et le goût séduisant feront dans tous les temps le plaisir et l'admiration des habiles gens. »

CRESSENT (1689-1765).

Ebéniste, fils d'un ébéniste, il avait commencé par être sculpteur, mais revint rapidement au meuble. Il avait un litre officiel : ébéniste des palais de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, régent du Royaume; et il faut lui rendre celle justice, que toute sa vie il demeura attaché aux formules par lesquelles il mérite d'être considéré comme l'un des créateurs du style Régence. Ses meubles sont d'une beauté majestueuse, sans solennité. Les courbes qu'il y a appliquées sont pondérées : il a su varier très heureusement les essences des bois dont il fait ses marqueteries, cl il a prouvé qu'il savait emprunter ;i la matière brute les éléments décoratifs qu'elle devait offrir à son œil exercé : le citronnier, l'amaranlbe, le bois de rose, la racine de noyer, d'autres bois frisés et satinés, ont rendu, sous sa main, des effets séduisants. Les bronzes dont il décore; ses meubles sont finement ciselés, s;iiis mièvrerie : il mêle adroitement aux rinceaux des figures de femmes souriantes, où le statuaire se retrouve ; têtes jeunes et espiègles qui pré-

XVIIIe SIÈCLE. — RÉGENCE ET LOUIS XV

parent la venue de Fragonard, et dont le corps se perd avec adresse dans la ligne des gaines. Cressenl a été un maître, un de ceux dont le nom est justement assuré de vivre.

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