CHAPITRE f
Les Styles de la Régence et de Louis XV.
Quand on étudie attentivement l'art du xvm" siècle, on s'aperçoit rapidement que c'est une erreur de n'accorder pas àJa Régence l'importance que méritent ses manifestations esthétiques (l'une expression toute spéciale. Michelet, avec celle langue toute d'élan, d'image et d'éloquence <[ui esl la sienne, ne semble pas avoir usé d'exagération quand il écrivait : « La Régence est tout un siècle en huit années ». Il déclare qu'elle fut une création el il ajoute : « Des arts charmants naquirent à celle époque, lous ceux qui font l'aisance et l'agrément de l'intérieur. »
La fin du règne de Louis XIV avait été trop attristée, pour que, du vivant même du roi soleil, on n'eût pas mesuré toute la pesanteur du joug qu'une discipline austère imposait à la société. Aussi lorsqu'on apprit la mort du roi, il y eut du soulagement par tout le royaume : on était las de celle solennité, qui avait eu sa raison d'être, aux heures du plein midi, aux heures éclatantes de gloire, mais qui ne se défendait pins qu'avec aigreur, contre l'impatience montante d'un chacun, dans la mélancolie du crépuscule. Et la cour, qui succédait h la précédente, ne fil rien pour maintenir le rigorisme religieux dans lequel Louis XIV, affaibli, s'était enfermé : le Régent laissa l'abandon voisiner avec le relâchement : il trouva plaisant de répudier
toul ce qui était solennel cl empesé; il s'appliqua à annihiler les Iraditions revêches de l'étiquette ; il voulut participer davantage à la vie de la nation : ce laisser-aller eut d'ailleurs de rares facilités pour s'acclimater : les caprices d ■ la spéculation avaient ici causé des ruines, là élevé des fortunes : la n (blesse, pour se maintenir en un rang d'apparat nécessaire, avait trafique parfois heureusement, parfois aussi avec malechance; et parmi les bourgeois, certains s'étaient haussés, sur des richesses rapidement accumulées, à des aspirations nobiliaires : l'achat d'un titre était le couronnement de ces montées insolentes et le moins que pouvaient faire ces parvenus, c'était dé jouer les Mécènes : quelques-uns en eurent non seulement les allures, mais aussi
Vlg. 4. — lll SSINS DE MKMISKIUKil'OlU LA DÉCORATION DKS APPARTEMENTS. — RÉGENCE.
l'autorité, émanée d'un goût sûr et d'une générosité adroitement manifestée.
C'en était fait des palais somptueux : on préférait les petits hôtels, à la ville ou aux champs, offrant des commodités inconnues jusqu'alors, et recevant un décor plus élégant que luxueux, cossu sans prétention, aspirant aux joies de la vie intime [dus qu'au retentissement des fêles officielles.
C'était là une disposition excellente pour éveiller chez les artistes des idées originales : el l'époque justement cul la bonne chance de posséder quelques maîtres capables de personnalité : de là une formule très définie qui imprima son cachet à tout ce qui se créa pendant la Régence, et nous offre les éléments d'un style, non pas un style de transition, mais un style ayant sa technique propre, el son inspiration parfaitement une.
Il ne faudrait pas cependant refuser Ions liens de filiation, entre le style Louis XIV et le style Régence. Nous avons dit et répété qu'on ne