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crée pas un style : le style, bien qu'ayant sa genèse dans une tradition, est constitué, non par des innovations de toute pièce, niais par des modifications typiques à un étal de choses existant. Ainsi, à l'époque de la Régence, les lignes s'amincissenl et le décor s'allège : le rythme des lignes n'est pas sensiblement différent du rythme des lignes de l'époque précédente; mais ce rythme, porlanl sur des éléments d'une signification moins pompeuse, en reçoit plus de gaîté, plus de chaleur : là où les symboles ne visaient qu'à exprimer l'orgueil d'un glorieux ou la gloire d'un orgueilleux, on trouve, pendant la Régence, des figures souriantes, des formes aimables; après la
FijT. f». — DosiNS ni. MKMISKIlli: f'OUH LA DECORATION DES APPARTEMENTS. — LOUIS XV.
raideur surchargée, la grâce presque élégante ; après les exubérances massives, une mesure distinguée et un tact extrême. Nous verrons plus loin à l'aide de quels éléments — et de quelles volontés — s'opéra cette révolution; ce que nous voulons dans ces lignes, c'est marquer la nécessité de distinguer le style Régence du style Louis XV; confondre les deux serail vouloir partager l'ignorance fréquente des gens qui nous parlent du style Renaissance, sans se douter (pie, pendant les cent cinquante années qu'embrasse celte époque de la Renaissance, plus de cinq styles différents se sont affirmés en des œuvres dont la dissemblance est flagrante : mais les gens n'ont pas toujours des yeux pour regarder et il est plus aisé d'ailleurs d'accepter les formules toutes faites, même au risque de se tromper : il y aura toujours des petits esprits pour vulgariser l'erreur. Le style Régenc3 est d'ailleurs assez précis, pour
fournir une tradition sur laquelle.évoluera le style Louis XV. Il y avait pour cela une raison sociale : l'ère îles spéculations continuait : chaque jour des parvenus nouveaux éprouvaient le besoin de se manifester par quelque coûteuse excentricité, où leur amour-propre puisât quelque gloriole aveuglante : mais le besoin de paraître n'était pas encore tel, qu'il annihilât le besoin du bienêtre : on voulait que l'existence trouvât pour se dépenser un milieu formé de tout le confortable imaginable; et comme ce confortable avait été inauguré au temps de la Régence, dès les premières années de réaction et de relâchement, on sut l'envelopper d'un luxe plus accentué, plus affiné, plus inquiétant.
D'autre part, les importations d'Extrême-Orient étanl devenues plus fréquentes, on connut des objets de Chine, meubles et produits céramiques, qui firent sur le goût public une vive impression.
De là deux styles qui occupent le règne de Louis XV : le style Louis XV, proprement dit, qui est émané de la tradition, et évolue vers une inspiration efféminée, où la ligne ne se défend pas d une certaine contorsion, où le décor exubérant ne se refuse pas à sentir l'effort, où la volonté s'applique au mesquin et au mièvre, raffinant sur le fin du fin ; et le style Pompadour, qui est spirituel, sans cesser d'être une affaire de mode, et demeure, en dépit des ferveurs qu'il éveille encore aujourd'hui, une formule de transition, qui ramena, plus rapidement peut-être qu'on ne l'eût cru, en considérant ses truculences un peu folles, l'expression assagie et élégante, fine et légère du style Louis XVI.
Le style Pompadour, qui exagéra l'horreur du style Louis XV pour la ligne droite, et ne se servit de la rocaille que pour multiplier sa fièvre du chantourné, ne fut, il faut le déclarer, qu'une mode raisonnée, un marivaudage de bon sens avec le mauvais goût, une neurasthénie qui força la sensibilité à trouver de l'agrémentlà où, en d'autres temps, elle se fût déclarée offensée ; et des hommes d'humeur calme eurent h1 courage, au temps de la pleine vogue des folies rocailleuses, de dire le danger qu'il y avait à s'y abandonner. t J.-F. Dlondel, dès 1750, disait, dans son cours d'architecture :
« La mode est ordinairement considérée par les grands maîtres comme la source de toutes les vicissitudes de l'art; c'est elle qui, tour à tour pesante, frivole ou délicate, se plie à l'opinion de l'artiste et «tu goût souvent mal assuré du propriétaire; c'est elle qui ne montre rien de constant dans ses règles, de certain dans ses formes, ni de véritablement intéressant dans ses détails; l'architecture qui lui est soumise n'est que trop ordinairement dépourvue de la vraisemblance qui lui est nécessaire, et ne laisse à l'esprit
XVIIIe SIÈCLE. -
RÉGENCE ET LOUIS XV
de l'examinateur qu'une idée vague des beautés de l'art, qu'il voudrait admirer, pendant qu'il ne peut tout au plus que sourire de la singularité du génie de l'artiste, parce qu'il ne remarque «la us ses productions que les
objets futiles, dignes à peine du thé:Vtre. La mode est le tyran du goût, el ne peut être que le partage desartistes subalternes ; mais malheureusement ce sont ceux-ci (|ui, se trouvant en plus grand nombre, contribuent par leur exemple à détruire, ou au moins à éloigner les jeunes esprits
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de l'imitation des chefs-d'œuvre des anciens, de ce qu'ont produit de plus excellent nos modernes, el de ce que produisent encore de mis jours nos plus habiles architectes. Ces artistes, peu instruits, manquant du génie propre de Part, asservissent leurs productions aux productions d'autrui, et ne nous présentent que des compositions froides et stériles. »
Toutefois, sans rien reprendre aux propos si sages de Blondel, il faut bien convenir que les artistes, qui amenèrent le goût public à la mode du rocaille, furent doués d'assez de talent, pour que leur fantaisie parfois se revêtit d'une séduction heureuse, et telle qu'à toute époque peut-être on s'y serait abandonné. Ce qui reste la loi fondamentale de ce style, c'est la volonté formelle de rompre avec la symétrie : l'axe traditionnel disparaît: il y a enjambement continuel du décor sur la ligne imaginaire qui précédemment en réglait le rythme: mais, — et c'est en quoi les décorateurs de l'époque Louis XV ont été d'une extraordinaire habileté, — en dépit de cette asymétrie systématique, le décor retrouve son équilibre : dans la distribution des masses, il y a une adroite mesure de pondération : l'expression est instable, mais elle ne boîte pas : ce ne sont pas des mouvements, mais des ondulations, des frissons, des soupirs : on met du sentiment aux choses qui semblaient devoir en comporter le moins, et en haine de tout ce qui est plat et rigide, on courbe, on bombe, et parfois, — c'est là l'écueil dont la mode ne sait pas se garder, — on va jusqu'à la boursouflure. Ces quelques observations n'étaient peut-être pas inutiles, avant d'étudier les divers éléments qui entrent dans la décoration au temps de la Régence et de Louis X\ .
!']<:. 7. — Molli UK DÉCORATION, PÀB C. ElSLX.
Kg. 8.
— SURTOUT DE TABLE ET TERRINES SCCM'TÉS EN ARGENT. COMPOSITION DE J.-A, MeISSO.NNIER.