‹ Architecture et CatholicismeChapitre 16 sur 24 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

arts mêmes que bien auparavant elle avait dù répudier. On ne consulte presque plus sa liturgie. Les guerres de religion et, plus radicalement, l’influence latente du protestantisme éteignent, dans l’art monumental, le génie celto-chrétien qui, durant six ou sept siècles, l’avait nourri.

Ce génie a-t-il donné toute sa mesure et revivra-t-il ? Dans l’état actuel des esprits et des sociétés, non, et non pour longtemps. Dans certaines contrées africaines et asiatiques, on aurait pu, si on l’avait bien voulu, christianiser et promouvoir à de hautes sphères tel art déjà parvenu à de remarquables manifestations : art musulman, art hindou, art khmer, art japonais, art chinois même. Que serait-il sorti de semblables métamorphoses ? Rien de supérieur, sans doute, à nos architectures des xue et xm® siècles ; quelque chose toutefois de grand et de parfait en son genre. Nos missionnaires n’v ont même pas songé, et c’est du gothique et du roman plus ou moins abâtardis qu’ils amènent d’Europe. Dans les vieilles nations civilisées, les beaux temps du moyen âge ne reviendront, s’ils reviennent, que dans une ère lointaine dérobée aux regards humains. L’Eglise n’a pas perdu, en France plus qu’ailleurs, sa force créatrice ; mais cette force et les temps où il plaira à Dieu de la mettre de nouveau en œuvre sont le profond et inaccessible secret de sa Providence.

Quoi qu’il en soit, la France catholique tient sa gloire : gloire suffisante pour l’avenir comme pour le passé, gloire surabondante, gloire telle, nous l’avions dit avant de le prouver, nous le répétons après l’avoir prouvé, qu’aucun pays et aucun culte n’en peuvent revendiquer une qui lui soit comparable.

« La religion chrétienne, écrivait Didron en 1854(1), a excellé dans l’art, quel qu’il soit, architecture, sculpture ou peinture, musique ou poésie. Ce fait est un des plus beaux de l’histoire du monde. »

Nous terminerons par un témoignage plus précieux

(1) Annales archéologiques, t. XI, p. 229.

encore, et tout récent : celui d’un Juif dont la loyauté égale la haute érudition, M. Salomon Reinach, qui écrivait, en 1904 :

« Au moyen âge, non seulement l’Eglise est riche et puissante, mais elle domine et dirige toutes les manifestations de l’activité humaine. Il n’y a d’art proprement dit que celui qu’elle encourage, dont elle a besoin pour construire et orner ses édifices, ciseler ses ivoires et ses reliquaires, peindre ses vitraux ou ses missels. Au premier rang de ces arts est l’architecture, qui n’a jamais tenu dans aucune société une place aussi grande. Aujourd’hui encore, il suffit d’entrer dans une église romane ou gothique pour recevoir l’impression de là force énorme qui s’y manifeste et qui, pendant dix siècles, a façonné les destinées de l’Europe (1). »

(1) Apollo, p. 117.

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