DU XIU* SIÈCLE A LA RENAISSANCE
louse, au contraire, l’a exaltée et enrichie, c’est alors que le Languedoc, par une adaptation ingénieuse de la brique, trouve le moyen d’élever ces larges nefs et ces jolies tours octogonales qui lui rendent la gloire naguère perdue par l’abandon de sa belle architecture romane. C’est alors pour la première fois que l’architecture civile, jusque-là imitation ou simplification de l’architecture religieuse, sans rompre encore ses liens de vassalité, commence à prendre des allures qui lui sont propres, et, spécialement, crée ces meneaux en croix dont la vogue fut si grande aux xvc et xvie siècles.
La mauvaise politique des successeurs de saint Louis et la guerre de Cent Ans retardèrent un réveil général qui finit par avoir lieu dès que l’heureux succès de la mission de Jeanne d’Arc eut rendu aux cœurs l’espérance et aux armées la victoire. Beaucoup de monuments religieux se trouvèrent à rebâtir, à réparer, à terminer, souvent à agrandir par suite d’accroissements locaux de la population. Le règne réparateur de Louis XI fut très favorable à cette nouvelle levée de truelles, comparable à celle qui avait signalé les grands siècles, et qui ne fut pas stérile. Il en sortit une variété du style gothique, le genre dit flamboyant, genre très injustement décrié de nos jours.
Moins sérieux, moins serein, moins pur que l’art des xne et xiiic siècles, le gothique flamboyant n’est pas pour cela sans valeur, et cela ne l’empêche pas d’être un titre de gloire de plus pour la liturgie catholique et le génie français. Car il procède des trois éléments générateurs du style gothique. Il a fait de ces éléments des applications à lui, il a refondu tous les éléments secondaires, mais en respectant toujours les besoins du culteeten donnant libre carrière au génie national. Non, ce n’est pas une architecture malade, vieillie, décrépite, celle à laquelle nous devons les églises de Caudebec, de Saint-Riquier, de Saint-Nicolas-du-Port, les grandes façades occidentales de Saint-Maurice de Tours, de Saint-Etienne de Toul, les portails latéraux de Saint- Pierre de Beauvais, de Saint-Etienne de Sens, le porche de Sainte-Cécile d’Albi. le clocher Neuf de Chartres, la
tour de Beurre de Rouen, le populaire clocher de Rodez, le jubé de la Madeleine de Troyes, le jubé et la clôture du chœur de la cathédrale précitée d’Albi, et tant d’autres belles choses qu’on ne doit pas craindre de qualifier, elles aussi, de chefs-d’œuvre ! Folies, soit, mais sublimes folies, devant lesquelles, suivant l’expression de Prosper Mérimée, on a honte d’être sage.
Cette puissance qui se gaspillait ainsi en était à se chercher, en attendant, des chemins mieux tracés et non encore battus ; elle ne s’évanouit pas sans les avoir en partie découverts.
La voûte gothique n’avait pas dit son dernier mot. L’art flamboyant l’avait ramifiée et ornée de ces clefs pendantes dont s’empara avec tant de bonheur la Renaissance. Il alla plus loin et fit de cette voûte, au commencement du xvie siècle, un assemblage de nervures se servant réciproquement d’arcs-boutants et portant, sur leurs reins ajourés, des plafonds plats: à peu près ce qu’on réalise aujourd’hui dans les constructions en fer. Les germes de cette transfiguration nouvelle apparurent en Normandie et dans le Maine (églises Saint- Pierre de Caen, de Tillières, de la Ferté- Bernard), et on ne sait jusqu’où ils auraient fructifié dans ce sens, si la Renaissance ne les avait détournés sur une autre direction, qui permit également à la verve gothique de se donner carrière.
La Renaissance n’est italienne, chez nous, que par son écorce ; elle y est gothique, et par suite chrétienne et nationale, par ses fibres et sa sève. Elle est un honneur pour notre pays, en vertu surtout de ce qu’elle fut dans les monuments civils ; elle est un honneur pour le catholicisme, parce que le meilleur de sa force et de sa grâce lui viennent de l’éducation qu’avaient reçue les architectes en bâtissant les dernières églises gothiques. Par elle-même la Renaissance était « antiliturgique » ; elle ramenait les ordres classiques, et elle ne fut guère véritablement religieuse que par certaines productions plus particulièrement sculpturales.
Les règnes des trois derniers Valois ouvrent l’ère moderne, où l’Eglise va demander ses inspirations aux