PAVÉS
Le pavé des églises abbatiales de la période gothique était de plusieurs natures. Le dallage en pierre fut le plus généralement adopté; on le mit en harmonie avec l'ensemble de l'édifice en y gravant de larges ornements, rehaussés de mastics de diverses couleurs. L'abbatiale de Saint-Denis, la cathédrale actuelle de Saint-Omer, ancienne église monastique, présentent de beaux exemples de cette riche décoration.
Ces deux édifices nous montrent aussi des types précieux de pavés en terre cuite émaillée; mais en général ce second système était employé dans le chœur et les chapelles closes,
plus que dans les nefs, parce qu'on ne le considérait pas comme de nature à résister au frottement continu causé par l'afïîuence des fidèles. Ce pavage offrait les dessins et les tons les plus variés. L'abbatiale de Saint-Denis en possédait de curieux par leur fabrication : ils se composaient de cubes de 3 centimètres de côté, couverts d'une couche brillante d'émail, et qu'on plaçait au centre d'un carreau de dimension beaucoup plus grande, présentant un ton différent, et percé d'un trou égal au cube; c'était une transition entre la mosaïque ancienne et le pavage en carreaux émaillés de diverses couleurs.
A une époque avancée du moyen âge, on fabriqua des pavés qui étaient de véritables peintures et devaient conduire les artistes de la renaissance aux beaux résultats qu'ils obtinrent dans ce genre : l'abbaye de Fontenay, auprès de Caen, présentait un pavé en terre cuite, sur lequel était figuré un chevalier de grandeur naturelle; tableau composé de treize carreaux peints isolément pour former un ensemble; la chapelle d'Ecouen contint plus tard deux remarquables tableaux en pavés, fabriqués à Rouen en i548. Ce genre de pavage serait-il encore au nombre des inventions septentrionales?
Les dalles tumulaires, contenant des inscriptions, des emblèmes et plus généralement des ligures gravées et rehaussées de mastics et de marbres, formèrent en grande partie le pavage des églises monastiques. Dans nos contrées elles étaient ordinairement en pierre dure, quelquefois en ardoise; en Italie, le marbre, plus commun, était souvent en usage. Le cuivre était une matière dont on .faisait aussi grand emploi pour représenter sur le sol des édifices religieux les personnes de marque ensevelies au-dessous; on y joignait les richesses de l'émaillerie. La nature du métal, la facilité avec laquelle on le grave, admirent plus de finesse de burin , plus de précision
dans les détails que la pierre et le marbre; ce fut l'un des degrés qui devaient conduire un jour à la gravure moderne.
Le pavé des églises monastiques présentait des labyrinthes ou méandres, qui étaient considérés comme des emblèmes du Saint-Sépulcre; aussi étaient -ils généralement circulaires comme lui. On en fit encore en polygone; celui de l'abbaye de Saint-Bertin , à Saint-Omer, était carré, et, au lieu d'occuper la nef principale, il était situé dans l'un des transsepts. On y faisait des stations, et on en parcourait à genoux tous les contours, pour simuler le pèlerinage à Jérusalem.