B. TRIBUNE DE LECTURE
La règle de Saint-Benoît impose la lecture pendant le repas des moines. « Mensae fratrum edentium lectio déesse non débet. « Aussi voit-on dès le ixc siècle une tribune établie dans le réfectoire de l'abbaye de Saint-Gall; çlle est située vis-à-vis la porte d'entrée, au milieu d'une des grandes faces. De là le lecteur pouvait être entendu de toutes les parties de la salle, d'autant plus qu'on cboisissait parmi les moines ceux qui par leur belle voix pouvaient fixer l'attention de leurs frères : « Fratres autem per ordinem non legant, sed qui aedificent audientes. » (Règle de saint Benoît.) Dans ce plan la tribune de lecture semble avoir été plutôt un meuble en bois, comme dans les monastères orientaux, qu'une construction en pierre appartenant à l'architecture même du réfectoire. Les tribunes construites pendant la période romane paraissent avoir été fort simples, mais celles de l'architecture gothique prirent un développement remarquable; il nous suffira de citer la belle tri-
bune construite au réfectoire de Saint-Martin-des-Champs à Paris, par P. de Montcreau, et qui existe encore. Elle forme à l'extérieur, ainsi que l'escalier qui y conduit, une saillie exprimée à la planche 488.
N° /192. Plan de la Iribune de leclure, à Saint-Martin- des-Cha mps.
La place occupée par le lecteur, faisant saillie à l'extérieur, forme dans le réfectoire une ouverture vaste, décorée de colonnes et de chapiteaux portant les moulures de l'arc aigu; le devant fait un balcon dont l'appui découpé à jour est porté par une console ornée de riches feuillages. Une voûte décorée de nervures, et peinte comme tout le reste, surmonte la place qu'occupait le lecteur. (Voir la planche 493.)
L'escalier qui conduit à cette tribune est très-ingénieusement construit dans l'épaisseur du mur; une galerie évidée, que forment des colonnettes placées sur les marches, éclaire l'escalier dans toute sa longueur; un arc rampant qui la surmonte décharge le poids du mur supérieur.
Ces tribunes de lecture n'étaient pas toujours construites avec l'édifice, on les faisait quelquefois en bois comme des chaires d'église; celle qui se voit dans le réfectoire de la
Sainle-Laure, au mont Athos, est faite de la sorte; un dôme la surmonte comme tous les meubles orientaux.