ASILE
Dans l'antiquité les sanctuaires, les bois sacrés, les autels, les statues des dieux , étaient des asiles auprès desquels on devenait inviolable. Dès le règne de Constantin, les premières églises, et particulièrement l'autel, offrirent la franchise; les ouvrages de Grégoire de Nazianze en rapportent des exemples. Le code théodosien l'étendit aux parvis et aux cimetières; plus tard les cloîtres des chanoines, l'enclos des
' Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, doyenné de Chelles.
5 Bulletin du Comité historique, septembre et octobre 18^9, p. 243.
abbayes, la maison des évêques, les tombeaux des saints, les croix isolées, les écoles, les hôpitaux, jouirent de ce privilège; on l'a vu comprendre toute la superficie d'une ville et même de sa banlieue; il y en avait des exemples en Bretagne. Ce droit s'étendait aussi sur certaines propriétés des moines : on lit dans les archives de l'abbaye de Bussière, en Bourgogne, qu'en 1 2 35 le curé de Quincey ayant fait arrêter un criminel dans une propriété de cette abbaye, fut condamné à le remettre au lieu où il l'avait pris1.
On nommait asile et même sanctuaire, dans les abbayes, le lieu où l'on recevait les coupables qui demandaient l'asile. A Durham des hommes couchaient dans deux chambres placées au-dessus de la porte du nord pour faire entrer les coupables toutes les fois qu'ils frappaient et à quelque heure que ce fût; après avoir ouvert, ils sonnaient la cloche du galilée pour avertir de l'événement. Le prieur, ainsi prévenu, envoyait des ordres afin que les réfugiés se tinssent dans l'asile ou sanctuaire, dans l'église ou dans le cimetière, et prissent une robe noire avec une croix jaune appelée de saint Cuthbert, comme un témoignage du privilège dont jouissait le tombeau de ce saint. Ensuite ils se couchaient sur une grille disposée à dessein et qui était près de la porte méridionale du galilée. On leur donnait à boire et à manger pour trente-sept jours, ce qui était jugé suffisant; après ce temps, le prieur et les religieux avisaient aies faire conduire hors du diocèse. Les portes de Saint-Jean-de-Latran étaient fermées seulement d'un voile pour que l'église fût toujours accessible à qui demandait l'asile. Les portes elles-mêmes étaient des asiles; le coupable passait le bras dans l'anneau du marteau et l'on ne devait pas l'en arracher. L'asile s'étendait aussi à certaines parties de l'in-
' Archives de la Bussière, liasse Ht;
térieur des églises : en i4o5, le clergé de Saint-Méry, à Paris, fit bâtir sur les voûtes de l'édifice une chambre pour servir d'asile.
L'asile pouvait présenter une disposition particulière et s'élever en dehors de l'enceinte du monastère. On voyait encore au milieu du xvne siècle, à Vienne, en Dauphiné, auprès de l'abbaye de Saint-André-le-Bas , une plate-forme sur laquelle étaient quatre piliers élevés. On l'appelait la table ronde, et c'était un asile où les personnes qui s'y étaient réfugiées et les effets qu'on y avait transportés étaient en sûreté1.