SALLE DES MORTS. CHAPELLE DES MORTS. LAVATORIUM DES MORTS
Auprès de l'infirmerie ou du chapitre des monastères, était une chapelle des morts2. Puis, comme on le pratique aujourd'hui dans les hôpitaux, on consacrait une salle à recevoir les religieux lorsqu'ils avaient cessé de vivre; cette pièce permettait de les retirer de l'infirmerie aussitôt après le décès pour ne pas les laisser au milieu de leurs frères malades. Là aussi on les lavait avant de les mettre dans le linceul ou dans leurs habits de religieux, avec lesquels on devait les enterrer; de cette salle on les portait au chœur pour faire le 'service funèbre. La plus belle salle des morts que nous puissions citer est celle du monastère d'Ourscamp, qui existe encore et dont les dimensions et les dispositions font supposer qu'elle fut originairement construite pour servir d'infirmerie. On aurait ensuite renoncé à cet usage pour y déposer les morts3.
La grande salle des morts à Cîteaux. avait cent cinquante pieds de long. Dom Martenne dit que c'était l'ancienne infir-
1 Piganiol, Descnpi. de la France, Dauphiné, t. IV. a Dom Mari. Voyage hit. Montier-en-Der, t. I", p. 98. 1 Voir Laborde et Gueltard, Picardie.
merie et le plus beau vaisseau qu'on pût voir. (D. M. t. I, page 220.) Une croix était au milieu; on y lisait :
Hic deponuntur monachi quando moriuntur.
Hinc assumuntur anima? sursumque deferentur.
Dans la salle des morts ou dans le voisinage était le lavatorium, bassin allongé dans lequel on les lavait avant de les ensevelir ou de les vêtir pour la cérémonie funèbre ou l'enterrement. On voit dans la salle d'Ourscamp de nombreux bassins qui purent servir à cet usage. Quelquefois cette opération , dont l'origine se retrouve dans les Actes des apôtres 1 et que mentionne Sidoine Apollinaire2, se faisait dans l'église ou dans le chapitre; les cathédrales de Lyon, de Rouen, de Metz, contenaient des bassins ou lavatoires destinés aux chanoines. A l'abbaye de Cluny on rendait ce dernier devoir au religieux défunt dans un lieu voisin de l'infirmerie, sur une pierre légèrement creusée offrant à l'un de ses angles une rigole pour l'écoulement des eaux; un oreiller taillé dans la même pierre servait à placer la tête. Ce "lavatoire 3 a été gravé dans le Voyage liturgique de De Moléon\ Il fut transporté plus tard dans une chapelle voisine du chapitre, et servait à exposer le mort quand il était revêtu et lorsqu'on préparait le service funèbre.
Le lavatorium n'était pas toujours un meuble spécial pour cet usage, la fontaine du cloître ou lavabo le remplaçait souvent; dans ce cas, tous les religieux se groupaient autour, dans le même ordre qu'au chœur, pour réciter les prières pendant
' Acl. des apôtres, cliap. ix, v. 37.
2 Sid. Apollin. tib. III, epist. 3.
Petra in qua lavantur mortui traclantur ibidem sepeliendi. (Ms. Harl. io3,
4 Voyages liturgiques de France, De Moléon , 1718. Paris.
l'opération. En cas d'épidémie on ne lavait point les corps, dans la crainte de communiquer la maladie; on les portait immédiatement au cimetière.
Un meuble semblable à la pierre des morts servait, suivant un ancien usage de l'église, à placer le religieux à l'article de la mort, sur une couche de cendres ou sur de la paille. De Moléon décrit ainsi celui qu'on voyait à Cluny1: « Au milieu de la grande infirmerie, il y a encore un petit enfoncement long environ de six pieds et large de deux et demi ou trois, bordé de tringles de bois larges environ de trois pouces. C'est là qu'on mettait sur la cendre les religieux qui étaient à l'extrémité. On les y met encore, mais ce n'est qu'après qu'ils sont morts.» Ces meubles étaient quelquefois en bois, pour transporter le mourant dans telle partie du monastère où il avait exprimé le désir d'expirer. Ces lits de cendres se trouvaient chez les chartreux, les trappistes, etc.
CIMETIÈRE, ATRIUM, POLY ANDRIVM , COEMETERIUM.
L'inhumation se faisait sur plusieurs points de la maison religieuse, et, selon que le défunt était abbé, dignitaire, ou simple moine, on l'enterrait dans le chœur, dans les nefs, sous les galeries du cloître ou dans le cimetière commun. Cette dernière partie des monastères nous occupe seule ici; nous avons indiqué les autres.
En Occident les cimetières étaient généralement placés dans l'enceinte de la maison; en Orient, c'est le contraire. La place qu'ils occupèrent chez nous a été très-variable : ils furent sans doute établis d'abord dans Y atrium ou parvis de l'église abbatiale, comme cela se pratiquait pour les premières paroisses; car lorsqu'un moine défunt était enlevé de l'église pour aller
: 1 Voy. liturg. p. 1 53. Abb. de Cluny.
au cimetière, le chantre entonnait in Paradisum au parvis. Ils lurent éloignés ou rapprochés de l'habitation ordinaire des religieux, selon que la règle intérieure était plus ou moins sévère. Ainsi, chez les cisterciens, les chartreux , les carmes, les trappistes, etc. on les établissait dans le préau du cloître, et par conséquent au centre même delà circulation; dans ce cas, on peut rencontrer des inscriptions funéraires gravées sur les façades des portiques ou sur les contre-forts qui les soutiennent vers le préau.
En dehors des lieux réguliers, la place du cimetière paraît avoir été indifférente, et déterminée plutôt par la nature du sol ou son étendue que par toute autre cause; ainsi, à Sainte- Geneviève de Paris, il était autour de l'abside de l'église; à Saint-Denis, à Cantorbéry, de même. A Saint-Germain-des- Prés, le cimetière occupait le midi et l'orient du temple; dans beaucoup de lieux il était au nord.
Le plan de Saint-Gall fait voir qu'au ixe siècle on établissait les cimetières à la plus grande distance possible du centre, sur les limites du monastère. Au milieu du champ de repos, qui a la forme d'un parallélogramme entouré de murs ou de haies, on a figuré une grande croix dans une petite enceinte particulière, sur laquelle on lit:
Inter ligna soli hœc semper sanctissima crux est, In qua perpétua? poma salutis oient.
La fin de cette légende se rapporte à un grand nombre d'arbres fruitiers, disposés en allées dans toute l'étendue de ce cimetière, entre les monuments ou les caveaux d'une structure trèssimple qui devaient renfermer les dépouilles mortelles des religieux. Au milieu de ces constructions funéraires dont il est bien difficile de deviner la nature , puisqu'elles ne sont indiquées que par des parallélogrammes sans ornements, on lit :
Hanc circum jaceant defuncta cadavera fratrum , Qua radiante iterum régna poli accipiant.
Cette légende est placée dans le voisinage de la croix; auprès de chaque espèce d'arbres plantés entre les monuments funèbres, on en lit le nom ; ce sont : malarias, pommier, perarius, poirier, prunarius, prunier, pinus, pin , sorbarius, cormier, mispolarias , néflier, laurus, laurier, castanarius, châtaignier, ficus, figuier, guduniarius , cognassier, persicus, pêcher, avellenarius , noisetier, amende larius, amandier, murarius, mûrier, nugarins, noyer.
Le dessin de Cantorbéry, exécuté par le moine Eadwin , indique la place du cimetière des religieux, à l'orient, derrière l'abside de l'église; on y voit une piscine et les nombreux tuyaux qui y portaient de l'eau. Un second cimetière, destiné aux laïques, est figuré au nord du temple; l'auteur a tracé dans son enceinte une fontaine, fons in cimiterio laicoram, une pompe, calamus, et un campanile, qui était peut-être un colombier. Rien ne fait connaître dans ces cimetières comment se disposaient les sépultures.
Dom Martenne (Voy. litt. t. I , p. 99) nous apprend qu'à Clairvaux il y avait quatre cimetières différents : i° celui des moines; 20 celui des abbés; 3° un cimetière particulier aux abbés étrangers morts dans la maison; il était derrière l'abside de l'église; saint Bernard y avait sa cellule; 4° le cimetière des nobles. De cette dernière indication il résulte que, indépendamment des chapelles qui leur étaient consacrées dans les églises monastiques, les familles nobles pouvaient avoir aussi des cimetières particuliers. Quant à la bourgeoisie, elle avait de même le droit de sépulture dans les abbayes [Hist. de l'abb. de S.-Michel de Tonnerre.) Aux cordeliers de Bordeaux les juifs avaient le même privilège.
Charnier. — On fit usage des charniers dans les maisons religieuses aussi bien que dans les paroisses; il est probable même que c est à elles qu'on peut en faire remonter l'origine. Le cloître et les autres localités choisies dans l'enceinte pour ]a sépulture n'offrant qu'une surface très -limitée, on dut songer à enlever les ossements desséchés pour faire place à de nouveaux morts.
En général, c'était sous les combles des promenoirs du cloître, entre les voûtes et la toiture, que se faisait le dépôt des ossements; l'abbaye de Montmartre a fourni récemment la preuve qu'on établissait aussi le charnier sous la couverture des bas-côtés de l'église. Tous les voyageurs qui vont à Rome visitent le charnier des Capucins, qui forme une chapelle funèbre entièrement décorée avec des ossements ; dans quelques églises conventuelles de l'Italie, on place des squelettes de religieux debout et en costume de moines, dans des niches disposées exprès: il y en a un exemple à Civita-Vecchia.
On voyait un caveau conservant les corps, aux Cordeliers de Toulouse; lorsqu'on y apportait de nouveaux morts on portait les anciens au charnier. (D. M. t. I, part, n, p. 48.)
Chapelles funéraires et fanaux de cimetières. ~ Dans quelques maisons religieusés le cimetière renfermait une chapelle funéraire comme on en voyait dans les cimetières publics ; ces chapelles contenaient quelquefois des tombeaux d'abbés ou de dignitaires du monastère; on en élevait même en dehors, contre les parois extérieures de 'la chapelle : il y en a un exemple à Metz, dans l'enceinte de la citadelle, qui renferme les restes d'une maison de templiers. Sous ces petits temples, on a pratiqué souvent un caveau destiné à la sépulture des religieux de distinction; le monument de Montmorillon, construit par les templiers, est de forme octogone; il s'élève sur
un grand caveau circulaire, dans lequel on trouva, dans le siècle dernier, des tombes ornées de la croix du Temple.
Nous avons dit, à la page 97, qu'une lampe était quelquefois placée à l'abside de l'église pour éclairer la crypte et le cimetière; plus tard on établit une construction spéciale pour atteindre le même but.
De simples colonnes creuses, portant des fanaux de cimetière, s'élevaient dans les monastères, aussi bien que dans les lieux de repos situés auprès des paroisses. Au Vieux-Parthenay, en Poitou, on voyait encore, il y a peu d'années, dans la partie sud du cimetière de l'abbaye, les fondations d'un fanal à présent détruit ; une rente était constituée pour subvenir aux frais d'entretien de la lampe qui y était anciennement allumée.
Ces tours étaient quelquefois assez élevées pour éclairer ceux qui se rendaient à l'église pendant la nuit ; c'est l'opinion de Mabillon, qui l'étend à tous les fanaux de cimetière [Annales Sancti Benedicti, t. VI); le célèbre bénédictin est trop absolu peut-être, parce que les cimetières étaient souvent trop éloignés de l'église pour que leur fanal pût porter sa lumière jusqu'à elle , mais il est positif aussi qu'on en plaçait de façon à éclairer simultanément le champ de repos et les abords du temple; on en voit un exemple en Angleterre.
Pierre le Vénérable, mort en 11 56, nous apprend qu'au xne siècle on faisait usage de ces fanaux dans les abbayes; il décrit ainsi celui du monastère de Cherlieu, au diocèse de Mâcon : « Obtinet médium cimeterii locum structura quaedam lapidea, habens in summitate sua quantitatem uni us lampadis capacem, quœ ob reverentiam fidelium ibi quiescentium , totis noctibus fulgore suo locum illum sacratum illustrât. Sunt et gradus, per quos illuc ascenditur; supraque 1 etc. »
1 Petrus Venerabilis, De Miraculis, lib. II.
instructions. — m 56
N° 537. Fanal de cimetière à Ciron (Indre).