FERMES
Les propriétés des monastères, ainsi fixées et garanties, se couvrirent de constructions rurales ou urbaines, selon que leur position était à la campagne ou intra mnros. Parfaitement au Lait de la culture, qu'ils pratiquaient depuis l'origine de leur institution, les moines, qui ne perdirent jamais de^ue qu'elle
est la base de la véritable richesse, établirent des fermes et bâtiments d'exploitation sur toutes leurs terres. L'Europe montre de tous côtés des restes de ces constructions rurales à eux appartenant. Il suffira d'en donner un exemple pour faire connaître comment ils entendaient l'architecture simple et durable de ces édifices utiles. Nous reproduisons ici la publication faite par M. Aymar Verdier, dans la Revue d'architecture1, de la ferme de Meslay, construite par de Rochecorbon, abbé de Marmoutier, de 1211 à 1227. La ferme est située à 8 kilomètres de Tours, sur la route de cette ville à Paris, par Chartres.
N° 537. Plan de la ferme de Meslay.
Le plan général de la ferme était quadrangulaire; une partie de l'enceinte existe; le mur est soutenu par des contre-forts. La porte de la ferme A est ouverte dans une grande construc-
1 Revue d'architecture, par C. Daly, iShg, n*" i , 2 el 3.
AKCHITECTURE MONASTIQUE. 451
tion, surmontée d'un pignon au-dessous duquel sont troi^ fenêtres, dont une géminée et en arc aigu; elles éclairent une vaste salle située au-dessus de l'entrée de la ferme. (Pl. n° 538.)
N" 538 Porle de la ferme de Meslay.
Dans la cour, les écuries et les étables s'appuyaient contre le mur d'enceinte ; elles n'existent plus, mais on y voit les restes
HTun colombier C, et une magnifique grange B, divisée en cinq nefs, par quatre lignes de poteaux en bois, placés sur des dés de pierre.
V 33g. Porte de la grange de Meslay.
L'entrée, figurée à la planche n° 53g, est une porte en plein cintre, ornée de moulures dont la dernière repose sur deux têtes; au-dessus sont cinq ouvertures : savoir deux rondes, deux quadrangulaires et une aiguë. Trois fleurons, remarquables par leur composition, surmontent les angles du toit, dont les dimensions et la double pente sont déterminées par une charpente gigantesque, refaite au xvc siècle. On peut voir les. détails de cette charpente dans l'ouvrage publié par M. A. Blouet, architecte, membre de l'Institut, sous le titre de Supplément au traité de Rondelet, 18/17. (PI- 45.)
Les fleurons en pierre, sculptés dans le meilleur style du xine siècle, qui surmontent le toit de la grange, se reproduisent, à quelques différences près, au sommet de la construction qui forme l'entrée de la ferme. Nous reproduisons ici, d'après les dessins de M. Verdier, le type le plus important, celui du milieu.
N° 5/»o. Fleuron de couronnement de la porte de Meslay.
La façade postérieure de la grange, tracée au n° 54 1, est percée de trois baies, dont l'une, pratiquée entre deux contreforts, est d'une étendue considérable; elle éclaire la nef du milieu de l'édifice; les deux autres sont placées dans l'axe des premières nefs secondaires, et correspondent à celles qui, sur la façade principale du bâtiment, gravée au n° 539, sont aussi de forme rectangulaire et présentent des dimensions égales; elles servent à éclairer et à ventiler ces nefs.
N° bài. Façade postérieure de la grange de Mesia\ .
Ces principales données d'une ferme monastique sont celles qui se reproduisirent, aux exceptions près de l'art de chaque époque, dans les constructions rurales du moyen
âge.
Les moines avaient droit de pêche et de chasse : « Pari voto attribuimus eis (monachis) forestam piscationis atque venationis. » (Ducange.) En raison de ces droits, ils construisaient, pour s'assurer la conservation du poisson et du gibier, soit des enceintes garnies de tours de garde autour des viviers, soit des maisons de gardes -chasse dans les forêts. On voit à peu de distance du monastère de Marmoutier, en Touraine, les restes d'un vivier autour duquel est un mur de circonvallation; quatre tours occupent les angles.
Les grands cours d'eau ne traversant pas généralement l'en-
ceinte des monastères, et offrant cependant des forces dont les moines devaient tirer parti pour mettre en activité des usines, ils y établirent des moulins à blé , des papeteries v etc. etc.
Nous reproduisons ici deux dessins originaux, sur parchemin, qui se voient aux Archives impériales. Ce sont les moulins de Tanlay et de Saint-Quenault, l'un à blé , l'autre à papier. Ils sont représentés avant et après 1 4 68.
moulin À BLÉ.
A. La maison.
B. Chambre en laquelle coucboit le meunier.