CHARTREUSES
Les chartreuses furent fondées, au xiL siècle, par saint Bruno; elles étaient prieurés, comme nous l'avons dit en commençant; la règle exigeait que les religieux vécussent en anachorètes, et cependant un grand nombre d'exercices se passant en commun, il résultait de ces différences établies entre la vie des chartreux et celle «les moines ordinaires, que leurs maisons présentaient des dispositions qui réunissaient dans une même enceinte des bâtiments analogues à ceux des laures, et convenables à la vie cénobitique, puis les distribulions de quelques parties importantes des monastères. Nous rappellerons ici en quelques mots ce qu'étaient les laures, pour
faire voir combien les chartreuses eurent, à certains égards, d'analogie avec elles : on lit dans le Monasticon anglicanum ( Abendonia ) : « Monasterium Abendoniae, quod construxit' Heanœ, primus abbas ejusdem loci, taie erat:habebat in longitudine c et xx pedes et erat rotundum... in circuitu hujus monasterii erant habitacula xn et totidem capellse, et in habitacula xn ibidem manducantes et bibentes et dormientes. . . habebant juxta porta m, domum pro locutorio... diebus dominicis et praecipuis festivitatibus simul conveniebant , et in ecclesia missam celebrabant et simul manducabant. »
Sur le circuit de ce monastère, dont la forme ronde était exceptionnelle, s'élevaient douze petites maisons et un pareil nombre de chapelles; les religieux prenaient leurs repas et dormaient dans ces maisons. Un parloir était placé auprès de la porte du monastère. Le dimanche et les jours de fête, les moines se réunissaient, célébraient la messe dans l'église el mangeaient ensemble.
Ces dispositions furent à peu près celles qu'adopta saint Brunopour les chartreuses ; il ne reproduisit pas les chapelles en nombre égal à celui des maisons, mais il donna un oratoire intérieur à chaque religieux ; pour ce qui regarde les parties communes, église, réfectoire, salle de réunion, etc. il suivit la marche établie depuis l'origine du cœnobium.
Les plus grandes différences que présentaient les chartreuses avec les maisons religieuses ordinaires, consistaient d'abord dans l'immense étendue du cloître; les galeries ou promenoirs des chartreux de Paris avaient 1 3 6 mètres de longueur dans un sens et 9 1 mètres dans l'autre. La surface du préau servant de cimetière était d'un hectare environ.
Les grandes dimensions de ces cloîtres étaient»la conséquence de la construction des nombreuses cellules, ou petites
maisons isolées destinées aux religieux et qu'on établissait toutes sur un plan uniforme, sans autres communications entre elles que la galerie du cloître, et accompagnées chacune d'un jardin pour que les chartreux pussent se livrer à la culture; elles se composaient, à Paris, d'un vestibule, d une chambre à lit, d'une petite pièce servant de bibliothèque ou d'atelier, suivant le genre d'occupation du religieux. A la chartreuse de Gaillon, chaque cellule comportait une grande chambre, deux petites, une serre pour les instruments aratoires; un jardin entouré de hautes murailles l'accompagnait.
On voit en Italie de belles chartreuses; celle de Naples occupe le sommet des montagnes qui dominent le golfe et la ville; à Rome elle est établie dans les ruines des thermes de Dioclétien; d'ingénieuses combinaisons ont présidé à la disposition des maisons de religieux. Pavie présente la plus belle chartreuse qu'il y ait dans la chrétienté : elle date de la renaissance. On sait combien est célèbre celle des environs de Grenoble, et ce que renfermait de précieux monuments, de remarquables peintures-de Lesueur, la maison des chartreux de Paris, située auprès du jardin du Luxembourg.