FONTAINES RELIGIEUSES ET MIRACULEUSES
Des fontaines auxquelles on attribuait des propriétés particulières pour la guérison des maladies, ou pour tout autre sujet, se trouvaient souvent aux environs des maisons religieuses, dans leur enceinte ou même dans des contrées éloignées de toute habitation. Des fêtes annuelles y conduisaient les pèlerins, qui venaient y puiser ou même se plonger entièrement dans leurs eaux. On voyait de ces fontaines consacrées à la Vierge, à la Trinité ou à quelque saint honoré dans le pays.
La plus ancienne dont nous ayons trouvé la mention est la fontaine miraculeuse de Sainte-Clotilde, auprès d'un monastère de Rouen. [Acta Sanct. t. Ier, Vie de sainte Clotilde.)
Lorsqu'on devait descendre dans la fontaine, le fond était ordinairement dallé de grandes pierres sur lesquelles on gravait quelquefois des personnages; sainte Radegonde est, diton, représentée au fond de la fontaine de Caillouville, auprès de l'abbaye ^e Fontenelle. Des marches conduisaient commodément dans le bassin; des gradins pouvaient être établis autour, afin qu'un grand nombre de pèlerins pussent s'y placer en même temps. Un petit oratoire, ou même une église particulière, accompagnait ces fontaines lorsqu'elles n'étaient pas dans l'enceinte, d'un monastère.
Le bord de la fontaine pouvait présenter seulement une assise de pierres, sans moulures ni ornements; on cwnaît
des exemples d'encadrements de fontaines enrichis de sculpture, bien qu'ils ne s'élèvent pas, au-dessus du sol, plus que les bords de nos bassins de jardins publics. D'autres fontaines portaient sur leur bordure une niche élevée, destinée à renfermer une statuer il était rare, dans ce cas, qu'on omît de placer auprès des bancs pour les voyageurs et les pèlerins.
La niche du saint pouvait être accompagnée d'un autel pour dire la messe à l'époque des pèlerinages; la fontaine de Saint- Gohennoux en Bretagne, dont nous donnons un dessin, présentait à l'intérieur de l'enceinte un autel, deux sièges pour les officiants, et une suite de bancs en pierres pour placer les assistants de distinction. Le peuple se tenait autour de la fontaine, en dehors du mur de clôture.
N" blik. Fontaine de Saint-Gohennoux (Bretagne).
Enfin, d'autres fontaines sacrées offraient dans leurs dispositions mêmes l'idée symbolique de leur dédicace; on en voyait un exemple remarquable à la Trinité, (Morbihan). Elle
présentait deux enceintes : au fond de la première, où entraient les eaux, on avait construit trois niches surmontées chacune d'un pignon, pour couvrir autant de rigoles d'arrivée. L'eau passait d'abord dans un bassin ovale, autour duquel on pouvait circuler librement; de là elle coulait dans le second réservoir, entouré d'une banquette. Cette fontaine était consacrée à la sainte Trinité.
N° 545. Fonlaine de la Trinité (Bretagne).
Quelques fontaines sacrées étaient décorées seulement d'une croix placée en avant ou en arrière de la source, ou même sur un socle plongeant dans l'eau ou surmontant la cuve en pierres plates qui entourait le lieu d'où elle sortait; la ville de Guéret en montrait un exemple curieux dans le siècle der-
nier. Ailleurs, la fontaine était couverte dune voûte qu'on prolongeait en avant, afin de mettre à couvert ceux qui s'y rendaient; on en voit une à l'abbaye de Vaux-de-Cernay.
N° 546. Plan de la fontaine de Vaux-de-Cernay
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N° 547. Coupe de la fontaine de Vaux-de-Cernay.
Une fontaine d'eaux minérales auxquelles on attribuait une grande vertu, pour la gravelle particulièrement, était située devant le logis abbatial des Eschalis, en Bourgogne (D. M. t. I, p. 1 85). Entre Saremore et Simorre, abbayes du diocèse d'Auch, on voyait le tombeau de saint Céras, que traversait une fontaine miraculeuse pour les malades.
Les religieux de Clairvaux avaient l'habitude d'aller tous les ans, après Pâques, à la fontaine de saint Bernard, située à une demi-lieue du monastère; là, étant arrivés, ils chantaient un répons de saint Bernard, le Rec/ina cœli, et mettaient chacun
au pied de la grande croix qui était auprès de la fontaine, une petile croix de bois fabriquée par eux ; ensuite ils buvaient de l'eau de la fontaine avec la main. Cette source fournissait d'eau le premier monastère et passait pour avoir été obtenue miraculeusement du ciel par saint Bernard ( D. M. t. I, p. 1 4 8 et 1 85). Le petit monastère de la Sainte-Baume offre une fontaine qui ne tarit jamais et qui possède des vertus miraculeuses pour la guérison des malades.
STATUES, CROIX, CALVAIRES SUR LES ROUTES, DANS LES FORETS, DANS LES CAMPAGNES, DANS LES LIEUX DESERTS, ETC.
Indépendamment des chapelles placées sous la dépendance des monastères, et qui, assez spacieuses pour réunir un certain nombre de fidèles, devaient être desservies par un chapelain , on voyait sur les routes, dans les forêts, sur les montagnes , de petits édicules qui ne présentaient d'autre construction qu'un massif de maçonnerie ou de pierres de taille, décoré d'une statue dans une niche. L'art y apporta parfois toutes ses ressources. On voit auprès de Bonn un de ces monuments d'un goût remarquable. (Voir la planche 548, à la page suivante.) Ailleurs c'était une statue qu'on abritait sous un dais richement décoré par la sculpture, ou un modeste toit en charpente. Le lieu où s'était reposé un saint personnage, celui où il avait fait quelque miracle, motivait parfois la construction d'un petit' monument commémoratif. On voit en Provence le saint pilier qui se rattache aux souvenirs de la Sainte- Baume; il s'élève dans un lieu écarté, voisin de la grotte où sainte Madeleine s'était retirée. Ce pilier est une colonne prismatique au sommet de laquelle la sainte est figurée enlevée par les anges, qui, suivant sa légende, opéraient le miracle sept fois par jour en ce lieu.
N° 548. Croix auprès de Bonn
Quelquefois, dans les forêts, une statue était fixée à un gro.arbre et un auvent en bois l'abritait. Elevés généralement par des particuliers pour l'accomplissement d'un vœu, ces petit: monuments de la piété de nos pères réunissaient les pèlerin: à certains jours de l'année; alors, dans les cas les plus ordi naires, un religieux du monastère le plus voisin venait présider au pèlerinage et faire aux fidèles quelques exhortations religieuses; c'est ce qui se pratique de nos jours en Italie.
Les chapelles du Chêne sont très-anciennes; Constantin éleva une église dans la vallée d'Hébron, dont on voit les ruines : on la nommait ad Quercum. La madone de la Quercia, auprès de Viterbe , est très-célèbre.
Ces petits monuments isolés doivent être conservés; il y en avait d'intéressants par leurs dispositions originales ; on voyait
encore, il y a peu d'années, sur un carrefour de trois routes, dans le département du Gard, une petite construction de forme triangulaire, offrant chacune de ses faces à l'un des chemins et mettant à couvert une croix en pierre placée au centre : ce monument datait du siècle.
N° 549- Croix couverte sur trois routes.
Des croix réunies en calvaires étaient placées quelquefois aussi dans les carrefours, dans les lieux écartés, auprès des monastères; la Bretagne en présente de très-remarquables par leur disposition générale, par l'abondance des sculptures qui les décorent; la maison religieuse située, avant i83o, au sommet du mont Valérien, auprès de Paris, avait un calvaire au pied duquel on prêchait dans les grandes solennités. Enfin, la Bretagne et quelques autres contrées, sans doute, présentaient des réunions de croix disposées en forme d'allées, entre lesquelles on venait faire des processions, auxquelles présidaient généralement des moines sortis des maisons religieuses les plus voisines.
INSTRUCTIONS. — HI. 5g
N° 55o. Allée de croix a la Trinité (Brelagnej.