‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 165 sur 193 · CLOÎTRE · texte numérisé non relu

CLOÎTRE

La basilique de Théveste présente un premier cloître, indépendant de Y atrium ordinaire des basiliques paroissiales et monastiques élevées dans les premiers siècles chrétiens ; les différences qu'il offre avec cet atrium résident, i° dans sa grande étendue; 2° dans l'emplacement de ses entrées, qui sont pratiquées de manière à donner accès à l'église, sans qu'il soit nécessaire de traverser le préau dans toute sa surface ; 3° dans l'élévation du niveau des promenoirs au-dessus du sol du préau ; k° dans une orientation convenable à la retraite, sous le ciel africain.

Ces diverses considérations réunies doivent faire admettre que l'enceinte qui précède la basilique canoniale de Théveste n'était pas un atrium ordinaire, mais bien un cloître, particulièrement réservé au clergé formant le presbyterium de l'évêque. Un second cloître était établi autour de la même basilique, entre les cellules des prêtres et l'enceinte générale; là

devaient se trouver des plantations rappelant le bois sacre des temples antiques.

Le plan de la première cathédrale de Strasbourg, publié par Specklin, présente derrière le sanctuaire une cour allongée, entourée des habitations des religieux et de l'évêque, et qu'on peut considérer comme un cloître. Ce plan, trop peu détaillé, n'indique pas s'il y avait des galeries autour du préau, mais la disposition générale offre assez d'analogie avec celle qui fut adoptée plus tard pour que nous la citions ici.

Le cloître que Chrodegand, évêque de Metz, fit construire auprès de la cathédrale de cette ville, est le premier exemple que l'on puisse citer de la disposition adoptée plus tard dans presque tous les chapitres. Un plan qui date du commencement du xvme siècle, et que M. Begin a publié dans son histoire delà cathédrale de Metz, fait connaître comment l'évêque, que l'on considère à juste titre comme le fondateur des chapitres en France, le fit établir. Détruit en i 754 par le maréchal de Belle -Isle, il conserva jusqu'à cette époque ses dispositions premières, malgré de nombreux remaniements opérés dans les promenoirs. Peut-être même restait-il quelques parties du cloître de Chrodegand, car Baltus, historien de Metz, contemporain du maréchal, en décrit ainsi les constructions les plus anciennes alors : « La quatrième et dernière branche ou corridor du cloître était adossée au grenier du chapitre. Cette branche, èt environ moitié de la troisième, du côté de Saint-Pierre-le-Vieil, n'était fréquentée que lors des procès- ■ sions particulières de la cathédrale Elles étaient construites dans un goût rustique, telles, sans doute, qu'elles étaient avant la dernière construction de la cathédrale. Ces portions n'étaient pas voûtées, mais fermées par un simple mur et leur couverture, percées de petits jours serrés et en

carré long dans la partie du côté de Saint-Pierrc-le -Vieil, et cintrées dans toute la quatrième branche. » L'église de Saint- Pierre-le-Vieux datait, selon les chroniques, du temps de saint Clément ; on lisait sur la porte cette inscription du xiv° siècle :

Cy iy premier moustier de Mes ke

Saint Clément fit en l'onour de saint Pierre i'apostre, à temps que ly milliaire couroit par lxvii ans, etc.

L'évêque Chrodegand en fit une paroisse, autour de laquelle il groupa les bâtiments du cloître. «Prœterea aedificavit (monasterium) in parochia beati Stephani in pago Masilensi, in honorem beatissimi Pétri apostoli , et ditavit illud opibus magnis, monachosque ibi instituit atque sub régula sancti patris Benedicti in una charitate conjunxit. » (Paul Diac. De gest. episc. Met.) Le reste de cloître voisin de cette église, et construit d'une manière particulière avec de petits jours serrés et en carré long, semble avoir appartenu à la fondation première de Chrodegand, et donnerait une idée de l'architecture des cloîtres de chapitre au vme siècle. Ce devait être une suite de piliers ou trumeaux étroits, portant des linteaux d'une seule pierre, constructions entièrement dans le système antique, encore en vigueur dans toute la période du style latin. Le quatrième corridor, adossé au grenier du chapitre, d'architecture rustique, comme le précédent, mais percé d'arcs cintrés, datait sans doute de la période romane. M. Begin a publié le dessin d'une porte du cloître; nous y renvoyons le lecteur; elle peut faire connaître le style que devait présenter cette quatrième galerie. (Voir le plan n° 556.)

N" 556. Plan du cloître de Chrodegand, à Metz.

L'architecture romane donna de nombreux cloîtres aux cathédrales et collégiales; leurs formes variées ont été indiquées dans les Instructions relatives aux monasteria monachorum. Nous ne reproduirons pas non plus ici tout ce qui a été dit précédemment à l'égard dès cloîtres construits durant les autres périodes de l'architecture chrétienne. Toutefois, ceux des monasteria clericorwn pourraient présenter quelques particularités: ainsi, leurs dispositions étaient telles, qu'on en fortifiait direc-

tement les murailles extérieures par des créneaux, comme on le voit à Noyon, parce qu'ils n'étaient pas toujours enveloppés dans tout leur contour par des constructions élevées, ainsi que ceux des m/mastères des moines. Cette absence de grands bâtiments autour des cloîtres des cathédrales et des collégiales s'explique par la richesse des chanoines, qui, dès le xne siècle, abandonnèrent la vie commune, se firent construire des maisons particulières plus ou moins éloignées du centre, •bien que renfermées dans une enceinte générale; les habitations communes placées autour de leurs cloîtres disparurent donc; on n'y éleva plus que les salles d'assemblées, et autres dépendances indispensables au service de l'église, ou nécessaires pour réunir les provisions que fournissaient leurs propriétés extérieures.

Page 1