‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 176 sur 193 · PALAIS ÉPISCOPAUX · texte numérisé non relu

PALAIS ÉPISCOPAUX

L'étude des édifices consacrés à l'habitation des évêques se relie à celle des chapitres, dont ils étaient les chefs spirituels et temporels. Nous avons rapporté, en commençant la première partie, ce que dit Sulpice Sévère dans la vie de saint Martin de Tours1, de l'habitation que cet évêque se fit construire auprès de son église : c'était une simple cellule, bien différente des fastueux palais qui s'élevèrent plus tard. Le plan de la cathédrale de Strasbourg, publié par Specklin, et reproduit à la page 48o, fait voir que l'évêque logeait quelquefois aussi, durant les premiers siècles du christianisme, au milieu de son clergé, dans le prcsbyterium. La basilique de Théveste nous retrace la simplicité première du monasteriiirn clericorum et le* peu d'importance qu'on donna d'abord à l'habitation du chef du clergé; mais bientôt des habitations parti-

1 Sulpice Sévère, Vila bcali Martini.

culières furent construites auprès des cathédrales, pour les évêques. L'Orient, qui présente encore aujourd'hui, à tant d'égards, la physionomie que devait avoir la chrétienté des âges primitifs, nous montre les évêques logés clans de modestes demeures, peu différentes de celles des simples particuliers. C'est là ce qui dut se passer chez nous; peut-être même doit-on en voir la preuve dans l'emplacement qu'occupaient quelques palais épiscopaux, en face et très-près de la façade des cathédrales; ils auraient nui à son effet s'ils eussent été des édifices de quelque importance.

Toutefois, la position de l'évêque, comme prince de l'Eglise, chef d'un diocèse et seigneur temporel, fut cause que son habitation offrit une étendue considérable, lorsque l'Eglise fut complètement organisée; il lui fallait réunir, en effet, dans les circonstances importantes, les curés et le clergé des paroisses sous sa dépendance, pour délibérer en conseil; ces assemblées demandaient une salle particulière, qu'on nommait Chambre du synode. Il avait aussi dans son palais une chapelle particulière, une bibliothèque, des logements pour les prêtres attachés à sa personne, pour ses serviteurs; des dépendances nécessaires, telles que cuisines, offices, écuries, etc. Placée dans l'enceinte fortifiée qui protégeait la cathédrale et le chapitre, la maison épiscopale présentait elle-même tous les moyens de défense qu'on réunissait ordinairement sur le point le plus important d'un palais. Enfin, l'évêque, jouissant de toutes les prérogatives d'un seigneur temporel, avait, dans sa demeure ou au dehors, un tribunal qu'on nommait Forum episcopi, dans lequel il faisait juger les délits contre son autorité; des prisons y étaient jointes pour punir les coupables.

Lorsqu'au xnc siècle l'affranchissement des communes vint préparer un nouvel ordre de choses, auquel plusieurs évêques

eurent la prudence de donner leur assentiment, pour éviter les luttes sanglantes, des réunions politiques se tinrent dans des évêchés ou dans leurs dépendances. On voit encore, au Puy-en-Velay> une belle construction de cette époque, qui renfermait la salle des états de la province.

Vers le même temps, la puissance ecclésiastique luttait avec avantage contre le pouvoir féodal ; ainsi l'évêque de Noyon , Hardouin de Croy, s'emparait, au xic siècle, d'une énorme tour située entre la cathédrale et l'évêché, sur le terrain même de l'église, et dont le seigneur châtelain semblait protester contre ses privilèges1. Dans l'enceinte fortifiée du chapitre de la cathédrale d'Alby, et près de l'église;, était un château féodal qui fut de même réuni à ses possessions et démoli plus tard.

Dans de nombreux palais épiscopaux de la France sont encore des ruines et quelquefois même d'importantes constructions du moyen âge; il est à désirer que ces précieux restes soient conservés. On en voit à Evreux, à Beauvais, à Quimper, h Laon, etc. Nous reproduisons à la page suivante, sous les nos 564 et 565, les deux principales façades de l'ancien évêché de Laon , l'un des mieux conservés et des plus anciens ; celui d'Evreux date du xv° siècle : il offre tout le luxe de décoration sculptée qui caractérise cette époque. A Beauvais et à Quimper quelques parties seulement sont visibles aujourd'hui. Les cathédrales ayant été construites, en général, ainsi qu'on l'a vu plus haut, sur des points originairement occupés par des forteresses romaines, les palais épiscopaux voisins de ces églises sont fréquemment basés sur des substructions dues à la période de l'occupation, pendant laquelle les Gaules furent divisées en provinces qui, pour la plupart, servirent de base à la division des diocèses.

' Danlier. Première note historique de lu description de N. D. de Noyon, p. 1 53 ; i8/j5.

N° 564. Façade de l'évêché de Laon.

N" 565. Façade inlérieurc du même palais.

Les évêques devaient se rendre dans les capitales ou préside leurs métropolitains, pour les affaires de l'Eglise; et ils possédaient dans ces villes des hôtels particuliers pour y loger. Paris renfermait de ces maisons d' évêques de diocèses éloignés.

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