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PALAIS DES PAPES

De la cellule du solitaire, du cloître ou de la maison canoniale, les hommes d'élite s'élevaient jusqu'au trône de saint

Pierre ; on peut donc terminer cet aperçu de l'art monastique par quelques détails relatifs aux palais des papes, d'autant qu'entre les rares demeures des souverains pontifes, la France possède la seule qui, par son architecture, se rapproche de l'art chrétien, étudié précédemment dans cet ouvrage.

Le 9 novembre 32 4, le pape saint Sylvestre consacrait au Sauveur la basilique de Latran, fondée par Constantin dans l'enceinte de son palais. L'empereur, quittant bientôt sa capitale, pour établir l'empire d'Orient, donna Latran et toutes ses dépendances au souverain pontife, afin qu'il y résidât ainsi que ses successeurs.

La basilique était de forme latine, c'est dire assez que le palais offrait cette architecture qui servit de transition entre l'art antique, alors dégénéré, et celui que créa la féconde civilisation de l'Occident durant le moyen âge. Les dispositions intérieures de cette première habitation pontificale devaient offrir encore de l'analogie avec les grandes demeures des souverains de Rome païenne.

Quatre siècles plus tard, Adrien Ier et Léon III faisaient des additions à ce palais, et c'était encore dans le style adopte durant les premiers siècles chrétiens, comme l'indiquent les restes du triclinium majas, qui se voient auprès de la chapelle de Saint- Laurent, aujourd'hui le Sancta Sanctorum.

Alemannus, qui décrit cette salle de festin du palais des papes, nous a transmis une portion du plan de ce palais, et tous les détails du triclinium (voir le plan n° 482).

Anastase, le bibliothécaire des papes, nous a laissé une description contemporaine, ou à peu près, des embellissements que fit faire Léon III -au palais de Latran; il s'exprime ainsi :

« Fecit Léo in patriarchio Lateranensi triclinium majus super omnia triclinia nominis sui magnitudine decoratum, po-

nens in eo fundamenta firmissima, et in circuitu laminis marmoreis ornavit, atque marmoribus in exemplis stravit, et diversis columnis tam porphyreticis quam albis et sculptis cura vasis et liliis simul positis decoravit. »

Le même auteur décrit une autre salle du palais due à Léon III; elle contenait douze absides décorées de mosaïques et de peintures; pavé en marbre, son impluvium contenait un bassin de porphyre : « Labrum in impluvio porphyreticum collocavit. »

En ajoutant à ces dépendances les chapelles intérieures, celle de Saint-Laurent était du nombre, les salles de réunion pour le clergé, une bibliothèque commencée par le pape saint Hilaire et continuée par saint Zacharie, puis la basilique agrandie et placée au vu0 siècle sous le vocable de saint Jean, on peut avoir une idée de ce qu'était l'habitation des papes durant les premiers siècles de l'Eglise.

Le palais du Vatican aurait une origine analogue à celle du précédent; donnée de même par Constantin aux souverains pontifes, la grande basilique dédiée à Saint- Pierre, disposée comme celle de Latran, et décorée dans le même style latin, y fut jointe par l'empereur. Ce fut cette architecture des premiers siècles chrétiens à Rome qui dut dominer dans les nombreuses salles du palais, tant à cette époque primitive que lorsqu'il fut modifié, à la fin du vme siècle, par Léon III; ce pape y fit construire un trichnium et des appartements analogues à ceux que lui devait le palais de Latran.

Le Vatican, entièrement reconstruit au xnc siècle, a conservé jusqu'à nos jours, dans les bâtiments secondaires, dans les cours de service, des constructions anciennes qui, parleur style, par les couronnements militaires qui les surmontent, indiquent bien que l'architecture féodale de l'Italie en fil

une citadelle répondant aux besoins d'une époque de troubles, de guerres intestines et étrangères; les souverains pontifes se maintinrent dans cette forteresse jusqu'à ce qu'ils s'éloignassent de .l'Italie pour habiter la France. A leur retour dans la capitale catholique, leur longue absence avait laissé à l'abandon et à la ruine l'habitation souveraine ; on dut songer aux réparations d'abord, puis à la reconstruction sur des plans nouveaux et plus en harmonie avec le goût et l'élégance du xvie siècle, lorsque les papes jouirent d'un calme qui leur permît d'entreprendre de grands travaux.

Le célèbre architecte L. B. Alberti commença la reconstruction du palais du Vatican sous le pape Nicolas V, Bramante Lazzari le continua, et en peu d'années il exécuta la plus grande partie des belles dispositions qu'on y remarque de nos jours. Depuis cette époque, les papes l'agrandirent sans cesse, au point d'en faire la plus vaste et la plus riche habitation de Rome: on y compte vingt-deux cours, vingt escaliers principaux, douze grandes salles, trois chapelles et plusieurs milliers de chambres. Les plus habiles architectes contribuèrent, sous Jules II et Léon X, à son embellissement; les célèbres peintures de Pérugin, de Raphaël, de Michel- Ange, de Jules Romain, et de tant d'autres artistes, en couvrent les murailles. Une bibliothèque remarquable, la plus riche collection d'antiquités païennes et chrétiennes qu'il y ait au monde, et de magnifiques jardins, en font le plus beau séjour qu'on puisse voir.

Au commencement du xiv° siècle, les papes ayant fait d'Avignon leur nouvelle résidence, une vaste habitation dut s'y élever, pour loger eux et leur cour souveraine; mais ce déplacement du saint-siége de l'Italie en France était causé par des luttes intestines, par des guerres qui pouvaient durer longtemps encore; de plus, nos palais avaient, à cette époque,

l'aspect uniquement militaire; ce fut donc dans cette voie que Jean XXII, Benoît XII, Clément VI, etc. se placèrent, lorsqu'ils firent exécuter les grandes constructions du palais des papes à Avignon; ils en firent l'une des plus vastes et des plus fortes citadelles qu'ait produites le moyen âge.

D'énormes tours s'élevèrent aux angles principaux de l'édifice, qui fut établi auprès de la cathédrale, Notre-Dame-des- Doms, sur la partie de la ville papale la plus escarpée, la plus facile à défendre ; ces tours dominent le Rhône et tout le pays. D'immenses courtines, surmontées de mâchecoulis, relièrent entre eux les angles saillants du palais, et protégèrent les habitations ainsi que les salles dans lesquelles les pontifes recevaient aux jours solennels ; on y joignit deux chapelles : l'une au rez-de-chaussée, pour les gens, l'autre au premier étage, au niveau des appartements pontificaux. Cette dernière est due au pape Innocent VI, en i356. Ces chapelles sont grandes comme la cathédrale. Le reste du palais fut occupé par les dépendances et les logements des subalternes. De vastes cours furent ménagées au milieu de ces immenses bâtiments, pour l'aération et la facilité du service. Urbain V, en i36/i, acheva les constructions de ce palais, y établit des jardins remarquables et un puits qui pût fournir de l'eau en abondance dans une aussi grande habitation , qui ctoit bien la plus belle et la plus forte maison du monde, comme dit Froissart. Benoît XIII, Pierre de Luna, y soutint, en i3o,8, un siège mémorable, renouvelé en 1 4 1 a par Rodrigue de Luna son neveu. (Voir le plan au n° 566, ainsi que la façade, planche 567, restituée d'après un vieux dessin qui conserve la disposition des deux tourelles dont était surmontée la porte du palais; elles disparurent en 1 665 , lorsque Alex. Colonna fit l'ouvrage avancé qui protège l'entrée.)

N° 566. Plan du palais des papes à Avignon.

La roche qui porte le palais admet difficilement la culture. Clément VI fit des jardins sur les terrasses crénelées que soutiennent les voûtes supérieures. Cette belle habitation des papes, dont les principales parties sont, en général, presque entières aujourd'hui, fut décorée à l'intérieur de peintures

remarquables: quelques-unes peuvent se voir encore, malgré les nombreuses mutilations subies depuis plusieurs siècles par cet édifice, qui, mieux qu'aucun autre, donne une idée de ce qu'étaient les grandes habitations souveraines et seigneuriales du moyen âge.

Description du plan. — Benoît XII commença le palais auprès de la cathédrale, au septentrion. La tour de la Campane, voisine de la façade de l'église, et la tour de Trouillas, située au delà de son abside, datent de 1 336. Une cour dont la forme est celle d'un trapèze est enveloppée par les habitations et les dépendances que dominent ces tours; on y voit la salle du ballon, la salle brûlée; à cette dernière s'appuient les tours Saint-Jean et de l'Estrapade. A l'est de cette partie du palais, sur les rochers les plus escarpés, vers la ville, sont ménagées des cours de service, et toutes les dépendances qui étaient nécessaires dans une aussi vaste habitation. Ces détails intérieurs ont été modifiés, ainsi que les principales distributions du palais, pour en faire une caserne.

Clément VI continua les constructions; en 1 349, élever la façade occidentale située vers la place, et figurée sur le dessin gravé à la page suivante, sous le n° 567. La partie teintée en gris sur le plan, vers ce même côté, est de 1 665. En retour de cette façade, au midi, Innocent VI construisit la chapelle divisée au rez-de-chaussée en deux nefs, par des colonnes; elles furent supprimées à la chapelle haute, qui était celle des papes. Les tours de Lagache et de Saint- Laurent sont jointes à cette chapelle. Ces constructions gigantesques enveloppent une cour carrée dont la tour des Anges occirpe le côté oriental, au milieu de bâtiments secondaires; elle rappelle le donjon des châteaux féodaux. Alex. Colonna en fit abattre le sommet pour y placer de l'artillerie.

Le palais du Vatican est relié à l'église de Saint- Pierre ; celui d'Avignon communiquait avec la cathédrale, Notre- Dame-des-Doms, par un cloître roman qui n'existe plus; la basilique de Saint-Jean-de-Latran s'est élevée dans le palais donné par Constantin à saint Sylvestre; elle est le premier entre tous les temples de Rome et de la chrétienté, Ecclesiarurn urbis et orbis mater et caput, parce qu'elle est le siège du souverain pontife, en sa qualité d'évêque de Rome; autour de lui habite un nombreux clergé : on voit ici, au sommet de la hiérarchie sacerdotale, la pensée du presbytcrinm fondé par saint Augustin.

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