INTÉRIEUR DES ORATOIRES
Les oratoires souterrains creusés par les moines n'offraient pas à l'intérieur, comme les hypogées des anciens, la précision, la rectitude d'exécution que pouvaient produire des civilisations avancées. Les premiers religieux, au contraire, agirent comme les chrétiens des catacombes, sans plans arrêtés d'avance; et lorsque, dans le courant du moyen âge, des ermites se réunirent et se taillèrent des oratoires dans les escarpements calcaires, ils suivirent la même marche indécise. Nous avons déjà cité celui de Fontgombaud, sur les bords de la Creuse; nous indiquerons aussi les curieuses églises souterraines de Sutri , dans lesquelles on reconnaît cependant une régularité aussi exacte que pouvait le permettre un si vaste travail. La plus importante et la mieux conservée de ces deux églises appartient à un monastère voisin; dans ce monument, les autels, les bancs et les autres meubles sont ménagés, comme les piliers, dans la masse du rocher. Le style d'architecture est nul : on n'y trouve même aucune intention de moulures; si quelques parties ont été décorées, c'est par de la sculpture grossière ou par de la peinture qui ne l'est pas moins.
Lorsque les moines élevèrent auprès des grottes, ou bien au milieu de leurs cellules formant des laures, les chapelles ou oratoires isolés qui furent les premières ébauches des églises monastiques, l'intérieur, formé le plus communément d'une seule nef, offrait une grande simplicité : le bois apparent leur servait de couverture; on en voyait aussi de voûtés en berceaux. L'oratoire des Bénédictins de Cividale du Frioul est de ce nombre; des stucs, employés, comme le faisaient les Romains, pour imiter des assises de pierre ou de marbre,
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 93 étaient appliqués sur les parois intérieures : Beaufort, visitant, il y a environ un demi-siècle, la Caramanie, vit auprès du Yanar, ou feu naturel qui brûle jour et nuit sur le mont Chimeraea, et que mentionne Pline, les ruines d'une antique chapelle chrétienne : «L'intérieur, dit-il, en a été revêtu de stucs peints en compartiments de couleur rouge, blanche et jaune; on y voit des inscriptions peintes et accompagnées d'ornements curieux. Théodule, serviteur de Dieu, est une de ces inscriptions1.» Ailleurs, le marbre couvrait les murs des oratoires. Celui de Cividale était ainsi orné, suivant la chronique, « percircuitum ornatum tabulis marmoreis nonpaucis. » La décoration peinte fut aussi en usage, et plus fréquemment que tout autre mode.