‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 27 sur 193 · BAPTISTÈRE · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRE

Les premiers moines, s'étant proposé de répandre le christianisme où ils allaient s'établir, préparaient les catéchumènes

à recevoir le baptême; Sufpice Sévère, dans la vie de saint Martin, nous apprend qu'ils agissaient ainsi à Ligngé, premier monastère des Gaules; plus tard, ils eurent eux-mêmes des baptistères. La purification se faisait, chez les Juifs, dans des vases de métal : Moïse en plaça au tabernacle; au temple de Jérusalem, la mer d'airain était un vaste bassin rond. C'est pour suivre la même pensée que les premiers moines firent leurs cuves baptismales circulaires d'abord ; on les enveloppa ensuite dans les murs d'un petit édifice qui reçut la même forme : on voit de ces premières cuves figurées dans les peintures des catacombes, et quelques tombeaux sculptés des premiers siècles représentent des baptistères disposés en rond; l'un des plus curieux est sur un sarcophage que renferme l'église de Sainte-Agnès de la place Navône à Rome. Ces petits édifices étaient isolés de l'église et s'élevaient fréquemment dans Y atrium. Saint Paulin, saint Augustin, parlent des baptistères isolés; saint Grégoire le Grand ordonna en 598 à Pierre, évêque d'Aleria, de construire une basilique et un baptistère1. Saint Athanase, dans sa lettre aux orthodoxes, distingue le baptistère de l'église. Cette disposition avait été prise parce qu'on jugea que les catéchumènes n'étant point encore initiés avant d'avoir reçu le baptême, il était nécessaire de les amener à cette cérémonie avant de leur donner la libre entrée de la basilique. On voit encore à Rome, auprès de l'église monastique de Sainte -Agnès hors les murs, le baptistère circulaire que Constantin y fit construire, et qui depuis servit de sépulture à sainte Constance. La ville de Nocera de Pagani, dans le royaume de Naples, présente un très-vaste baptistère rond, converti en église sous le vocable de Sainte-Marie-Majeure; au centre est une cavité circulaire

1 Baronius, Ann.'ài'j, 554 et 555.

clans laquelle on descend par trois marches : c'était la disposition primitive pour administrer le baptême par immersion. Grégoire de Tours dit que les baptistères étaient construits en rond , et qu'au milieu était un enfoncement où l'on descendait.

On pense que les religieux adoptèrent bientôt l'octogone pour la cuve baptismale et l'édifice qui la couvrait, afin d'éviter de reproduire la forme des piscines profanes. Le baptistère situé devant l'église monastique de Torcello, dans les lagunes de Venise, est octogone.

Ces édifices étaient généralement simples à l'extérieur; l'un de ceux dont nous donnons ici des représentations gravées, est décoré de bossages; dans sa partie inférieure, une porte latine ornée de voiles accompagne cette décoration; dans une région plus élevée s'ouvrent trois fenêtres cintrées comme celles des basiliques; l'édifice est couvert d'un dôme divisé par des côtes étroites et assez distancées pour faire admettre que le sculpteur a eu l'intention de figurer du métal; un labaram surmonte cette couverture.

N0! 61 et 62 Baptistères.

ARCHITECTURE MONASTIQUE. 103 Le baptistère de Constantin à Rome donne une idée de ceux que pouvaient posséder les grands monastères : deux belles colonnes en porphyre, richement ornées de bases et de chapiteaux composites, forment le porche; des pilastres en marbre antique supportent, avec les colonnes, un entablement complet.

Ces édifices furent décorés, à l'intérieur, avec beaucoup de luxe : la peinture et la mosaïque couvraient les parois; les marbres les plus précieux étaient employés au pavé et à la décoration du bassin central dans lequel descendaient les catéchumènes. Celui du baptistère de Constantin, à Rome, est entouré de huit grandes colonnes en porphyre sur lesquelles repose un ordre plus petit supportant le toit de l'édifice. Une chapelle consacrée à saint Jean-Baptiste s'élevait souvent auprès du baptistère, ainsi que des salles de catéchumènes. L'ameublement était en harmonie avec la décoration intérieure; on peut en juger par celui de Constantin : au centre s'élevait un bassin en argent, auprès duquel une colonne en porphyre portait une fiole d'or, du poids de cinquante livres, destinée à contenir le baume. Sur le bord du bassin, un agneau en or amenait l'eau dans la cuve baptismale; à sa droite s'élevait une statue de Jésus-Christ en argent, pesant cent soixante et dix livres; au côté gauche une statue de saint Jean-Baptiste en même métal, et du poids de cent livres. Sept figures de cerf en argent, pesant quatre-vingt-trois livres chacune, fournissaient aussi de l'eau à la cuve centrale. Du milieu de l'édifice pendaient plusieurs colombes en or et en argent pour représenter le Saint-Esprit et les sacrements du Baptême et de l'Eucharistie.

La distance qui séparait originairement le baptistère de la basilique, offrant des inconvénients pour le service, on le rap-

procha au point de le faire adhérer au porche, tout en le laissant dans l'axe, devant la porte de l'église : c'est ainsi qu'il est placé à Torcello. Peu commode encore à cette place, il fut établi latéralement, dans le voisinage de la nef du nord ou du midi; enfin, en le réduisant à la cuve baptismale, on le plaça soit sous le porche, on en voit un à l'abbaye de Grotta-Ferrata, auprès de Rome, soit dans l'axe de la grande nef, comme il est sur le plan de l'abbaye de Saint-Gall, ou dans une nef latérale, ce qui eut lieu au xic siècle. Le monastère de Saint- Zénon à Vérone et beaucoup d'autres en offrent des exemples.

Page 1