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Ermitage de Saint-Jean

Nota. Les ermitages de Saint-Jérôme et de Saint-Antoine, plus éloignés dans la montagne, ont été supprimés ici pour limiter le dessin.

CELLULES, CELLM , CELLULJE.

Les lieux déserts n'offrant que rarement des cavernes habitables, les ermites en creusèrent de leurs mains et construisirent des cellules ou cabanes en pierre et en bois, selon les matériaux offerts parla contrée. Le désert de Nitrie en Egypte, auprès des lacs Natron, est dépourvu de végétation, mais il donne des gypses, des pierres calcaires r les solitaires qui s'y retirèrent ont sans doute employé ces matériaux. C'est ce qui se pratiqua partout où les mêmes éléments de construction lurent donnés par la nature.

En France, selon la tradition la plus répandue, saint Martin de Tours aurait, sous le règne de Julien, en 356 l, réuni aux environs de Poitiers, au lieu nommé Ligugé , un certain nombre de cénobites, sous d'étroites cellules construites avec des branches d'arbres entrelacées; la sienne n'offrait pas de différence avec les autres. « Ipse eo lignis contextam cellulam ha- « bebat, » dit Sulpice Sévère2. Saint Martin ayant été élevé plus tard à l'évêché de Tours, son habitation fut encore une cellule voisine de l'église. Lorsque, fatigué du séjour de la ville, il fonda le monastère de Marmoutier [majus monasterium) , sur les bords de la Loire, les religieux se creusèrent des cellules dans les roches calcaires qui bordent le fleuve, et la sienne y lut pratiquée de même. « Contigua flumini habebamus habita- « cula \ » De Moléon fait connaître que la cellule de saint Martin était si étroite, qu'un homme pouvait à peine s'y tenir debout ou couché'1. Les grottes de Marmoutier ne sont plus

Sulpice Sévère, Vita beali Martini. 2 Ibid.

1 Ibid.

De Moléon, Voyages liturgiques de France, p. n3.

aujourd'hui ce qu'elles étaient autrefois, mais certaines localités en font voir encore de bien conservées : dans le département de l'Indre, auprès du village de Fontgombaud, voisin de la ville du Blanc , existe une suite de grottes creusées par les solitaires qui donnèrent naissance à la belle abbaye de Fontgombaud. On y voit une citerne qui servait à recueillir les eaux d'une fontaine voisine, pour l'usage des ermites1.

N° 5. Grottes de Fontgombaud. Cellule unique.

N° 6. Grottes de Fontgombaud. Cellules réunies.

N° 7. Grottes de Fontgombaud.

1 Nous devons le dessin de ces grottes à M. Pernot, correspondant du Ministère. Dom Martenne décrit ces grottes. Voy. lilt. t. I, p. 17.

Telle serait l'origine des monastères en France, et quand, à ces premières habitations des pieux cénobites, succédèrent des établissements plus commodes, le nom de cella fut souvent conservé aux maisons religieuses qui avaient eu cette humble origine : ainsi, Cella Maxentii, Celle Saint-Maixent en Poitou; Cella sancti Eusicii, Celle-sur-Cher en Berri; Cella Mauriaci, en Auvergne; Cella Nova, au territoire de Toulouse, etc.

Les cellules étaient habituellement isolées; l'exemple le plus intéressant que nous puissions donner ici pour faire connaître leur forme ordinaire est la Portiuncula, située auprès d'Assise, dans l'état Romain : elle est célèbre par le séjour et la mort de saint François d'Assise en 1226. Elle occupe aujourd'hui le centre de la grande église de Sainte-Marie des Anges, construite par Vignole, pour en assurer la conservation. La cellule de saint Bernard à Clairvaux était une petite construction isolée située dans le cimetière des abbés.

N" 8. La Portiuncula.

Les cellules pouvaient être réunies en petit nombre. Nous donnons ici un plan de l'ermitage situé auprès de l'abbaye de Fontenelle, fondée au vn° siècle par saint Wandrille; il était

ARCHITECTURE MONASTIQUE. 9 derrière une chapelle consacrée à saint Saturnin , et se composait de deux cellules placées chacune au centre d'un enclos cultivé par l'ermite.

N° 9. Ermitage de Saint-Saturnin.

A. Chapelle. B. Cclh.le-,

Lorsque les monastères furent tout à fait constitués, on vit encore des cellules de solitaires, non-seulement auprès de leur enceinte, comme celles que nous venons de tracer, mais encore il y en eut intra muros. Aux vme et ixc siècles, plus qu'à une autre époque, on voyait, dans les monastères, des religieux qui, poussés du désir d'une haute perfection, se faisaient une solitude plus étroite que celle de leurs frères; ils se construisaient une cellule dans un coin de l'enclos, un petit jardin y était annexé. Vivant là du travail de leurs mains, ils passaient leurs jours uniquement appliqués à Dieu et à eux-mêmes1. On les nommait reclus. Grimlaïc dressa jjIus tard pour eux la règle des solitaires. Les annales de France citent au nombre de ces religieux Sigobert, reclus de l'abbaye de Saint-Denis, qui fut

1 Dom Félibien, Histoire de l'abbaye de Saint-Denis , p. 38.

choisi par Charles Martel pour une négociation importante auprès du pape Grégoire III, à l'occasion des dévastations que les Lombards exerçaient sur le territoire de saint Pierre.

Des femmes vécurent aussi en solitaires dans l'enceinte de quelques monastères d'hommes; mais cette solitude était plus rigoureuse encore que celle des reclus. On murait la porte de leur cellule; une ouverture pratiquée à une certaine élévation leur donnait de l'air, et permettait de leur faire parvenir de la nourriture. Cette cellule, ordinairement adjacente à l'église, était nommée reclusoir. Si une autre femme voulait succéder à la recluse , elle devait attendre sa mort.

Dans l'ancien nécrologe de l'abbaye de Sainte-Geneviève, on lit : « Obiit piœ mémorise Hildeardis reclusa hujus ecclesiae. » La plus ancienne de ces femmes qui soit connue se nommait Basilla; son épitaphe était dans l'église de l'abbaye de Saint- Victor, auprès de laquelle elle était recluse, avant le règne de Louis le Gros. En 1268, la dame Asceline, fille de Simon d'Ement, se donna à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

On nommait cellula une petite église ou un petit monastère. Bertram, évêque du Mans, et disciple de saint Germain, fit bâtir une cellula en son honneur. « Cellulam in honore sancti » magistri sui domni Germani, Parisiacae civitatis insignis prae- « sulis, extruxit l. »

Plus tard, notamment dans l'ordre de Cluny, le nom de relia s'appliqua à tout monastère qui dépendait immédiatement d'un autre.

On donna aussi le nom de cella à une petite ferme, à une métairie appartenant à un monastère. Un religieux y résidait pour veiller à la culture, y percevoir les revenus. Quelquesunes de ces cellœ devenant considérables par des acquisitions

' Analecta , t. III, p. 109.

ou des legs , on adjoignit plusieurs religieux au cellerier, et ce fut l'origine de plus d'un monastère, lorsque l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, tenue en 817, ordonna , par le 26e article , qu'il y eût au moins six religieux ensemble1. Les métairies ou domaines ruraux qui portaient le nom de cellœ chez les bénédictins, prirent, dans l'ordre de Cîleaux, celui de grangiœ : ces dépendances des monastères étaient anciennement employées comme auberges; le religieux qui les dirigeait se nommait hospitalis f rater grangiœ. Ces fermes ou grangiœ devenaient quelquefois des résidences abbatiales, comme maisons de campagne; alors des parcs y étaient annexés.

Les métairies appartenant aux chevaliers du Temple étaient nommées piwceptoriales. On y élevait des habitations ainsi que des églises. Des membres de la communauté y étaient envoyés sous le gouvernement d'un des chevaliers dignitaires, prœceptores Templi, nommés par le grand maître, pour avoir soin des terres et percevoir les rentes sur les lieux mêmes.

De nos jours, autour des riches monastères du mont Athos, sont disséminées des cellules, petites fermes environnées de champs en exploitation. Le moine cellulaire dépend du monastère : il lui achète la cellule et le champ, mais il n'est qu'usufruitier et ne peut aliéner la propriété. Il se choisit un fils adoptif qui hérite de lui; dans le cas contraire, le bien retourne au monastère. Chaque cellule porte un nom de saint.

Ordinairement les cellules sont isolées; mais on en voit aussi qui forment des hameaux de sept ou huit maisons pour exploiter en commun un terrain considérable. D'autres, enfin , sont assez nombreuses pour constituer de véritables villages d'une cinquantaine de cellules; on les nomme skites , proba-

1 Fteury, Histoire ecclésiustique , liv. xlvi, n° 28.

blement de Sceté , partie de l'Egypte habitée et cultivée autrefois par les moines coptes

N° 10. Skile grecque. — Village de religieux au mont Athos.

On doit voir dans ces hameaux ou villages composés de cellules de moines, placées sans symétrie, l'origine des laures ou premiers monastères de l'Orient. Ceux de l'Occident eurent d'abord des dispositions analogues.

LAURE, "XavpCC.

L'ordre et la symétrie s'établirent bientôt dans les dispositions relatives des cellules; l'idée de les rapprocher les unes des autres, de les grouper autour d'une place commune, est due à l'Orient : c'est ce que les Grecs nommaient Xavpa, village. Toutefois, dans les laures, les religieux vivaient encore en anachorètes, chacun dans une cellule, et ne s'assemblaient que rarement. Manebantscparati, sedjunctis cellulis, dit saint Jérôme2. Les Chartreuses eurent plus tard de l'analogie avec les laures.

Saint Gérasime plaça , au milieu de la laura qu'il avait fondée dans le désert du Jourdain, un monastère où ceux qui

1 Didron, Annales archéologiques. Septembre 18A6. 5 Hieronym. Ep. c. xxu.

ARCHITECTURE MONASTIQUE, 13 se vouaient à la vie monastique priaient , s'exerçaient en commun, et se préparaient ainsi à une plus haute perfection. Quand ils y étaient parvenus, ils entraient dans les cellules séparées de la laura et devenaient anachorètes. On n'y admettait que les moines d'un âge très-avancé. Le contraire de ce que nous voyons ici avait lieu au Mont-Serrat en Espagne : le plus jeune solitaire occupait la cellule la plus éloignée du monastère, la plus voisine du sommet de la montagne et des nuages qui le couvrent presque continuellement. Lorsqu'il avançait en âge et que la mort laissait des vacances dans les cellules des autres solitaires, il se rapprochait graduellement du monastère jusqu'à ce qu'il y pût entrer1. Les cellules des anachorètes étaient placées de façon à former des rues et des impasses'2.

MANDRA , ASCETERIA , COENOBIA.

Enfin la vie commune devint la plus ordinaire pour les religieux. L'isolemeijt des solitaires était trop contraire à la nature humaine pour que le hesoin de société, la réunion des ressources communes, l'économie, les exigences de la discipline, le gouvernement des âmes, la pompe à donner aux cérémonies, et beaucoup d'autres causes, n'amenassent promptemenlles religieux à vivre en commun.

En Orient, on nomma mandra , bergerie, l'ensemble des constructions dans lesquelles on réunissait tout ce qui était nécessaire à la vie commune; le code Justinicn nomme asceteria les monastères destinés aux saints exercices de l'esprit. Nous avons dit plus haut que cœnobium signifie vie commune; ce nom, donné aux monastères, expliquait donc encore mieux

1 A. de la Borde , Voyage en Espagne.

1 Du Cange, Laura.

[Il INSTRUCTIONS.

que les précédents le but qu'on s'était proposé. On a conservé le nom de Sainte- Laure au principal monastère du mont Athos, probablement en souvenir de sa disposition première.

N° il. Plan du monastère de Sainte-Laure au mont Athos.

• Hôtes G. Réfectoire. L. Poterne.

• Catholicon. H. Cuisine. M Tour

moines d'Orient suivent tous la règle de saint Basile.

MONASTÈRE, COENOBIUM , MONASTERIUM , MONSTIER, MOUSTIER , COUVENT, CONVENTUS.

1° En Occident, on nomma cœnobium, monasterium, la maison religieuse et ses dépendances. Ces deux mots sont employés dans les anciens actes et les inscriptions. Lorsque la langue française se forma, les poètes, les historiens et les titres traduisirent monasterium par monstier, moustier.

2° Les monastères se divisaient en trois classes biendistinctes:

A. Monastères des religieux, monasteria monachorum.

B. Monastères des religieuses, monasteria sanctimoniahum.

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