ERMITAGES DANS LES ROCHERS
La vie monastique doit son origine à l'Orient : saint Antoine , abbé, en est considéré comme le fondateur au IVe siècle; les persécutions de l'église et l'enthousiasme religieux en furent les causes , et bientôt des chrétiens en grand nombre imitèrent avec ardeur les premiers exemples; ils s'éloignèrent du reste des hommes pour vivre dans les lieux déserts. On les nomma moines (du mot grec fxôvoç, seul), ascètes, solitaires, ermites (d'ëpyfios, désert, solitude). Ce fut particulièrement en Egypte que la vie érémitique se répandit avec rapidité. De nombreuses grottes antiques, creusées par la nature ou par la main des hommes, servirent de retraite aux solitaires, qui se livraient à la culture et à toute sorte de travaux manuels. Une peinture grecque fort ancienne, publiée par D'Agincourt2, représente plusieurs pères du désert dans des cavernes, et travaillant à la
1 Les gravures qui accompagnent ces instructions ont été exécutées, comme celle;cles précédents volumes, sur les dessins de M. A. Lenoir.
! D'Agincourt, Histoire de l'art par les monumenls , peintures, pl. 82.
vannerie, à la serrurerie, etc. etc. L'Occident suivit cet exemple, et de nombreux solitaires y vécurent dans des grottes isolées. En France, à la fin du ive siècle, saint Honorât, habitant une caverne au cap Roux, voisin de Fréjus, fit bientôt de l'île de Lérins une seconde Thébaïde. En Italie, saint Benoît se retira dans une des cavernes du mont Thalasus, à Subiaco, états de l'Eglise : on nomme encore il sagro speco, la sainte caverne, le lieu où il vécut , ainsi que le monastère que la piété des populations environnantes fit élever en ce lieu peu de temps après sa mort.
En général, ces grottes n'ont plus aujourd'hui leur aspect primitif, parce que des constructions successives les ont plus ou moins dénaturées; nous reproduisons cependant ici l'ermitage de Saint-Aubin, situé à Saint-Germain-la-Rivière, dans le département de la Gironde, publié en 18^7 par la commission des monuments historiques, parce qu'il a conservé son aspect ancien.
N° 1. PJan de l'ermitage de Saint-Aubin.
Le plan n° 1 fait voir une grotte profondément creusée par la nature; un couloir de vingt mètres de longueur précède le réduit principal; celui-ci, divisé en trois travées par des arcs-
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 3 cloubleaux, contient dans la voûte des restes de construction de briques mêlées à du moellon, système de maçonnerie des premiers chrétiens; on en voit des détails auprès du plan, et la planche n° i les reproduit en indiquant l'aspect intérieur de ce réduit souterrain.
N° 2. Vue de l'ermitage de Saint-Aubin.
Lorsque la nature ou l'exploitation présentèrent en un même lieu plusieurs excavations souterraines, les ermites ne vécurent pas seuls, ils se partagèrent ces grottes voisines, ei purent se prêter de mutuels secours. Là déjà on entrevoit l'ori-
4 INSTRUCTIONS, gine du cœnobium, lieu disposé pour la vie commune (de koivôs, commun, et fiios, vie)1. Le tableau grec mentionné fait voir une réunion de cavernes et une chapelle dans le voisiuage; ce qui indique bien quelle fut l'origine des monastères. Une autre peinture grecque publiée de même par D'Agincourt, et tirée des œuvres de saint Jean Climaque sur la vie érémitique, montre de nombreux pères du désert vivant dans une même caverne2.
En France, comme en Orient et dans plusieurs contrées de l'Europe, ces grottes ou fissures de rochers, dans lesquelles s'étaient retirés des solitaires, devinrent célèbres au moyen âge, attirèrent d'innombrables pèlerins, et virent s'élever des monastères dont il est intéressant d'étudier les développements successifs. Saint-Antoine de Calamus, dans les Pyrénées- Orientales, la Sainte-Baume, département des Bouches-du- Rhône, en sont des exemples.
IV 3. Saint-Anloine de Calamus.
voit par leurs racines.
1 D'Agincourt, peintures, pl. 52.
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 5 M. le comte Alexandre de la Borde a publié, dans son Voyage en Espagne, un plan du Mont-Serrat, sur lequel sont tracés tous les ermitages établis dans les rochers autour du monastère; nous reproduisons ici ce plan, afin qu'on puisse juger du grand nombre d'ermites qui pouvaient s'établir dans un espace limité.
N° h- Plan du Mont-Scrral.